Chapitre 2 494
Remerciements bonus à TheGhanianPrince <3
Trois années passèrent, et Sylas ne bougea pas d’un pouce.
Pendant trois ans, les seuls sujets qui accaparèrent son attention furent le cadavre de Cheri, l’Omnimous et le Sceau de Mort. Il ne se préoccupa ni des affaires de la Terre, ni des mouvements des différents Paradis, ni même des conséquences du massacre des innombrables Créateurs de Runes. Une seule chose l’intéressait et, tant qu’il n’aurait pas épuisé toutes les méthodes à sa disposition, il n’avait pas l’intention de laisser quoi que ce soit d’autre s’en mêler.
Il y avait très longtemps que Sylas ne s’était pas consacré à une tâche avec une telle détermination, et encore plus longtemps qu’il ne l’avait pas étudiée aussi minutieusement.
Il ne se contenta pas d’étudier les Gènes de Cheri pour passer à autre chose après en avoir compris les fonctions superficielles. Il sépara chaque filament, examina chaque relation et revint sur chaque impasse apparente jusqu’à en comprendre précisément la raison. Lorsqu’une méthode échouait, il ne l’abandonnait pas. Il étudiait l’échec en lui-même, déterminait lesquelles de ses hypothèses étaient erronées, puis reprenait l’expérience depuis le début.
L’Omnimous se révéla inestimable à cet égard.
La Maîtrise des Runes permettait à Sylas de comprendre la structure du corps de Cheri à travers la Trame de la Réalité, tandis que l’Omnimous abordait cette même structure sous un angle entièrement différent. Il comprenait les liens entre les lois physiques et leurs interprétations par l’Éther, ce qui permettait à Sylas de comparer deux interprétations d’une même existence et de faire apparaître des détails qu’aucune méthode n’aurait pu révéler seule.
Mais même cela ne suffisait pas.
Les Nethum formaient un Clan qui avait passé d’innombrables générations à perfectionner sa Lignée, et les protections dont il avait entouré ses descendants ne pouvaient pas être défaites à la légère, même avec une compréhension supérieure.
C’est pourquoi Sylas se mit à créer des copies.
Au début, il se contenta d’utiliser sa Maîtrise des Runes pour reconstruire le corps de Cheri, Trait après Trait, jusqu’à ce qu’une imitation presque parfaite repose à côté de l’original. Il se servit ensuite de l’Omnimous pour les comparer, à la recherche de différences que ses propres sens auraient pu manquer.
La première copie fut décevante.
Bien que sa structure physique parût identique, des milliers de petites divergences se dissimulaient dans les couches profondes de ses Gènes. Certaines provenaient de la façon dont l’Éther interagissait avec le corps reconstruit ; d’autres, de relations qui ne semblaient reposer sur aucun fondement physique.
Sylas détruisit le clone et recommença.
La deuxième fut meilleure, puis la troisième. Lorsqu’il en fut à la centième, les divergences n’étaient déjà plus qu’une fraction de ce qu’elles avaient été.
Mais Sylas n’était pas satisfait.
Il continua à créer des copies, ne modifiant parfois qu’un seul Trait de Rune d’une itération à l’autre, et reconstruisant d’autres fois des parties entières du corps pour vérifier si une autre approche donnerait un résultat plus fidèle.
À mesure que sa compréhension s’approfondissait, le Sceau de Mort prenait une importance croissante.
Il ne se limitait pas à examiner les Gènes présents dans le corps de Cheri. Il pouvait atteindre les possibilités mortes qui les avaient précédés et repérer les branches évolutives abandonnées, les mutations qui n’avaient pas survécu et les structures qui n’avaient existé que pour disparaître sous le développement de quelque chose de plus grand.
Pour Sylas, chaque possibilité, abandonnée ou non, constituait une nouvelle manière de comprendre ce qui avait façonné la personne étendue devant lui.
Il pouvait reconstruire une forme antérieure d’un Gène, la comparer à sa forme actuelle, puis étudier les changements précis survenus entre les deux. Et s’il comprenait ces changements suffisamment bien, il pouvait commencer à prévoir les autres formes qu’aurait pu prendre ce Gène dans d’autres circonstances.
Le nombre d’expériences augmenta.
À la fin de la première année, le laboratoire était devenu un lieu où d’innombrables copies du corps de Cheri étaient créées puis détruites. Chaque itération rapprochait Sylas d’un degré de précision qui lui aurait autrefois paru impossible.
Il finit par atteindre une précision de 99,99 %.
Sylas examina le résultat pendant un long moment.
La divergence restante était si infime qu’en temps normal, il l’aurait jugée insignifiante. Mais il ne reconstruisait pas Cheri pour créer un corps fonctionnel et, lorsqu’il s’agissait d’un mécanisme aussi complexe qu’un Verrou génétique, la moindre différence pouvait représenter un immense fossé dans sa compréhension.
Combien de fois avait-on entendu dire qu’on partageait tant de gènes avec un singe ? Ou même avec une banane, d’ailleurs. Dans ce monde bien plus complexe, cet écart de 0,01 % pouvait faire toute la différence entre une race de rang F et une race de rang S.
Plus important encore, il commençait à soupçonner que cette divergence ne pouvait pas être corrigée par la seule Maîtrise des Runes.
C’est alors qu’il tourna son attention vers la Vipermancie.
Sa Profession avait atteint le grade légendaire depuis longtemps, et les changements qu’elle avait subis donnaient à Sylas accès à des méthodes d’examen des Gènes bien plus poussées que celles permises par la Création de Runes conventionnelle.
En particulier, il y avait l’Extraction causale.
Cette capacité ne lui permettait pas seulement d’extraire quelque chose qui existait dans le corps d’une cible. Elle pouvait suivre l’histoire du développement d’un aspect de cette existence, atteindre un potentiel encore latent et en ramener les fondations d’un niveau supérieur jusqu’à un état que Sylas pouvait exploiter.
En somme, il pouvait prendre quelque chose qui aurait dû nécessiter un niveau supérieur et en reconstruire une version plus faible, adaptée aux limites de sa puissance actuelle.
Il restait toutefois un problème.
Cheri était de rang C, ce qui la situait dans les limites de la Maîtrise des Runes et de la Vipermancie de Sylas. Mais la Lignée Nethum recelait manifestement des profondeurs qui ne se révéleraient qu’après de nouvelles évolutions.
C’étaient précisément ces profondeurs que Sylas voulait examiner.
Il pouvait s’en approcher grâce à l’Extraction causale, mais il y avait un grand écart entre comprendre qu’une chose existait et avoir l’autorité nécessaire pour la récupérer.
Il changea donc d’approche. Au lieu de continuer à reconstruire Cheri à l’identique, Sylas se mit à modifier les clones.
Il utilisa la Maîtrise des Runes pour altérer leur structure physique, introduisant des mutations de plus en plus complexes tout en préservant les parties de la Lignée Nethum qu’il voulait étudier.
Son objectif n’était pas d’améliorer leur puissance. Il voulait en faire des Serpentes. Ou, plus exactement, les rapprocher suffisamment des caractéristiques fondamentales des Serpentes pour que la Vipermancie les reconnaisse comme des cibles valides pour ses capacités les plus avancées.
C’était bien plus difficile qu’il n’y paraissait.
La Lignée Nethum possédait ses propres fondements évolutifs, et la pousser vers une race entièrement différente sans détruire les structures que Sylas voulait examiner exigeait une précision presque absurde.
La moindre erreur pouvait altérer l’histoire du développement d’un Gène et rendre complètement inutiles toutes les conclusions qu’il en tirerait ensuite.
Mais Sylas avait du temps et, surtout, il avait la patience de s’en servir.
La deuxième année s’écoula au fil des mutations qu’il expérimenta, éliminant d’innombrables itérations ratées jusqu’à produire enfin un clone dont les caractéristiques de Serpente résonnaient avec la Vipermancie sans détruire complètement ses fondements Nethum d’origine.
Il activa alors l’Extraction causale.
Le Sceau de Mort ouvrit les voies d’évolutions abandonnées, tandis que l’Omnimous consignait indépendamment les changements survenus dans le clone. Sylas suivit ces voies jusqu’à des profondeurs toujours plus grandes, se servant de l’Extraction causale pour atteindre des capacités qui auraient dû rester hors de portée avant des rangs supérieurs, puis les ramener à travers leur histoire évolutive.
Certaines s’effondrèrent dès qu’il tenta de les reconstruire, leurs fondements dépendant trop de conditions inexistantes au rang C.
D’autres résistèrent, mais seulement après avoir perdu une si grande partie de leur complexité d’origine qu’elles en devenaient presque méconnaissables.
Cela n’ennuyait pas Sylas. Il n’essayait pas de créer un Nethum de rang supérieur parfait, et il ne se souciait pas non plus de savoir si les capacités qu’il reconstruisait étaient suffisamment puissantes pour servir au combat.
Il voulait seulement les comprendre, et chaque reconstruction réussie lui apportait une information de plus que le corps original de Cheri n’aurait pas pu lui fournir.
Le processus se poursuivit pendant la troisième année. Sylas passait du cadavre original à ses innombrables variantes reconstruites, puis aux voies évolutives plus profondes que révélait le Sceau de Mort.
Parfois, il consacrait des mois à étudier une seule divergence, pour découvrir qu’elle ne menait nulle part. D’autres fois, une légère modification apportée à un clone révélait une relation entièrement nouvelle et l’obligeait à revoir des conclusions auxquelles il était arrivé plus d’un an auparavant.
Il n’hésita jamais à tout reprendre depuis le début.
Avec le temps, les expériences prometteuses se firent plus rares. Les mystères enfouis dans la Lignée Nethum restaient nombreux, et certains dépassaient même ce que sa puissance actuelle lui permettait d’aborder. Mais il avait déjà extrait tout ce dont il avait besoin pour mener à bien son projet.
Pour la première fois en trois ans, Sylas bougea.
Il se leva sans se presser, tandis que les innombrables Runes qui entouraient le laboratoire disparaissaient une à une.
Le monde n’avait jamais vraiment compris de quoi était capable un Sylas Grimblade déterminé. Il avait toujours été puissant, toujours doté d’un talent extraordinaire, mais les circonstances de son ascension lui avaient rarement permis de se consacrer longtemps à un seul objectif.
Cette fois, les choses étaient différentes.
Il avait passé trois ans à disséquer les fondements d’un Clan qui avait régné sur un Paradis entier pendant d’innombrables générations. Il ne pouvait pas prétendre en avoir percé tous les secrets, mais il en savait assez.
Sylas n’avait pas le temps d’attendre d’atteindre le rang S pour défier l’hégémon d’un Paradis.
Il allait le faire dès maintenant.
Quiconque se mettrait entre lui et sa femme le paierait au prix du sang. Les années n’avaient fait que rendre la légende de la fureur de Sylas plus terrifiante encore. Pourtant, aucun de ces gens ne comprenait encore vraiment de quoi un Sylas Grimblade en colère était capable.