Chapitre 2 118
Chi. Chi. Chi.
Trois blessures apparurent sur la joue de Sylas. Il tentait désespérément d'esquiver, mais il était toujours un peu trop lent.
Il tendit un doigt, tapotant l'air pour déchirer à nouveau sa formation. Mais cette fois, l'épée de Four vibra à peine.
Les images rémanentes continuaient de fleurir dans les airs, chacune décrivant une courbe d'une beauté égale. Des lignes d'argent ciselé suivaient le courant des vents. Vu d'en haut, on aurait dit que Four dessinait les pétales d'un lotus en pleine éclosion.
Elles n'auraient dû être que des illusions, elles n'étaient pas réelles. Et pourtant, comme si Sylas était un marié anticipant le dévoilement de son épouse, errant à travers les futurs potentiels qui s'offraient à lui, il pénétrait dans chacun d'eux comme s'il s'agissait de sa réalité, comme s'il était forcé de jouer chaque scénario possible.
Le monde était mis à nu. L'essence fondamentale du potentiel lui-même fleurissait de la plus belle des manières.
Une lame s'enfonça dans le ventre de Sylas et, cette fois, ce fut son propre sang qui jaillit, maculant sa chemise blanche de rouge, gâchant la procession funéraire à laquelle il était venu assister avec l'espoir de la sienne.
Le voile blanc de la mariée devint le voile noir de la veuve et le monde bascula à nouveau autour de lui. Il devint plus sombre et plus sinistre à mesure que Four retirait sa lame de son corps.
D'un coup de poignet, son sang peignit sa danse et son Éther s'assombrit en lignes noires et cramoisies.
À cet instant, Sylas réalisa que Four était l'escrimeuse la plus phénoménale qu'il ait jamais vue, et certainement la meilleure qu'il ait jamais affrontée.
Il semblait que ce fût là la véritable puissance d'un Empereur de Cristal. Vraiment fascinant.
Sylas griffa sa propre blessure, déchirant sa chemise tandis que des Runes fleurissaient autour de lui.
La Graine de Luxure s'épanouit.
L'épée de Four hésita dans les airs, une lueur de confusion apparaissant dans ses yeux. Pour une raison inconnue, elle ne parvenait plus à ressentir le flux de son attaque aussi facilement qu'à l'accoutumée.
Sylas esquiva son coup pour la toute première fois. Le monde autour d'eux explosa en cristaux de verre et en éclats de lumière émeraude.
Four sortit de sa stupeur et réagit rapidement, traçant un cercle dans les airs.
La réalité se courba à nouveau et les éclairs qui s'abattaient sur elle furent détournés, tournoyant autour d'elle avant de s'écraser au loin.
Sylas frappa le sol du pied, faisant apparaître un grand cristal de verre. Son corps pivota et il donna un coup de pied dans l'objet, l'envoyant vers Four avec une telle vitesse que le monde se courba autour de lui.
Elle leva sa lame et poussa un cri délicat en se propulsant vers l'avant.
Mais soudain, le cristal disparut. À sa place, Sylas apparut.
La Graine de Luxure n'avait eu qu'une seule utilité pour Sylas par le passé : accroître l'impact de son Charisme. Dans cette bataille, cela serait utile, mais insuffisant pour mettre fin au combat. Ce n'était qu'une pièce du puzzle.
À son niveau actuel, surtout lorsqu'elle était stimulée par la Graine de Fierté, la Graine de Luxure était capable d'autre chose.
L'illusion. Mais pas une illusion au sens classique ; une illusion très proche de celle du Mesmeryx, qui pliait la réalité exactement comme Sylas le souhaitait.
Ce n'était pas puissant, et le contrôle de Sylas était extrêmement limité, mais cela suffisait à perturber Four, ne serait-ce qu'un instant. Cependant, ce n'était que la partie émergée de l'iceberg.
Comment Sylas avait-il manifesté sa Graine de Luxure ? N'était-ce pas en subissant la pression de l'évolution si souvent qu'il en était venu à comprendre naturellement la véritable intention de la Luxure ?
Son Éther était si délicat, si innocent. Il incarnait une femme dans ses moments les plus heureux comme les plus tristes.
La Graine de Luxure déchira cette façade. Elle se moquait de l'innocence d'une femme le jour de son mariage. Elle arracha son voile, remonta sa robe et la fit plier sur un lit.
Et dans le bourbier de la Graine de Luxure de Sylas, la capacité de Four à percevoir la Volonté de son Éther chuta jusqu'à presque zéro.
Le poing de Sylas s'abattit à nouveau sur elle, lui écrasant le nez avant qu'elle ne puisse lever sa lame pour bloquer.
Il enchaîna avec un coup au ventre, puis un balayage qui lui faucha les chevilles, la faisant tournoyer dans les airs.
Four taillada l'air frénétiquement dans une vaine tentative de prendre ses distances, son Éther surgissant pour l'envelopper en guise de protection.
Sylas abattit sa griffe, des traînées d'éclairs noirs, émeraude et violets suivant l'arc de sa main dans les airs.
Chi.
Il déchira ses défenses et elle hurla en percutant le sol, l'un de ses bras volant dans les airs.
Four roula au sol et le corps de Sylas jaillit vers l'avant. Le froid glacial dans ses yeux n'avait qu'une seule intention : tuer.
La puissance de ces Empereurs de Cristal dépassait quelque peu ses attentes. Il ne s'attendait pas à être si gravement blessé par Four seule. Cependant… cela le rendait encore plus curieux de voir à quel point Trois, Deux et Un étaient puissants.
Cela le poussait aussi à s'interroger sur les méthodes des autres Paradis… et à réfléchir au genre de puissance dont il se privait avec son propre Éther.
Les pensées de Four étaient bien différentes de celles de Sylas. Alors qu'elle s'effondrait au sol, la douleur de son bras perdu n'étant surpassée que par l'horreur d'une telle perte, elle se surprit à penser à Un.
Ne disait-il pas toujours qu'il la protégerait ? Qu'il serait toujours là ? Que personne ne pourrait toucher un seul cheveu de sa tête ?
Où était-il, alors ?
Les sentiments contradictoires, les pensées de haine qu'elle éprouvait à la fois pour Un et pour Sylas fleurirent d'autant plus qu'elle blâmait Sylas de l'avoir poussée à penser une chose aussi pathétique.
Mais rien de tout cela n'avait plus d'importance.
Elle était déjà morte.
Les griffes de Sylas descendirent du ciel et, à cet instant, la beauté de Four devint plus rayonnante que le soleil, le temps ralentissant jusqu'à presque s'arrêter.