Chapitre 2 119
Sylas eut l'impression de griffer le monde lui-même, comme si Four était devenue si resplendissante et parfaite que l'univers refusait qu'on puisse lui faire le moindre mal.
Un signal d'avertissement clignotant et une onde de danger firent battre son cœur plus vite ; son corps disparut dans un éclair alors qu'une silhouette apparaissait, lui tournant le dos. Deux jeunes gens qu'il n'avait jamais vus surgirent, se plaçant comme des gardes du corps entre Four, l'homme et Sylas lui-même.
L'un d'eux portait le caractère « Trois » sur son revers, et il ne ressemblait guère à un homme. Ou plutôt, il tenait davantage de l'arbre. Des lianes et des racines s'enroulaient autour de son corps, sa tête évoquait l'épais feuillage d'un buisson, des feuilles aussi larges que son crâne retombant pour masquer ses traits ou ses yeux, s'il en avait. Il s'appuyait sur une canne très particulière qui semblait devoir être flexible, mais qui supportait tout son poids.
L'autre portait le caractère « Deux » sur son revers, et il était tout simplement colossal. Le jeune homme devait mesurer au moins dix mètres, chaque centimètre de son corps débordant d'une puissance brute et d'une force pulsante.
Son corps aurait dû être bleu, mais il était recouvert de lignes de tatouages blancs si épais et si brillants que le bleu n'apparaissait que par minuscules éclats, donnant presque l'impression que c'étaient les tatouages qui formaient sa peau, tandis que ce blanc surnaturel était son véritable épiderme.
Deux avait une barbe faite de diamants et, pour une raison inexplicable, il se tenait là, totalement nu. Enfin, son entrejambe était également recouvert d'un bouclier de diamant. Le problème, c'est qu'il était parfaitement transparent et ne laissait que peu de place à l'imagination — si tant est que quelqu'un ait voulu imaginer quoi que ce soit.
Bien que, au grand dam probable de Deux, l'imagination l'aurait certainement mieux servi. Si son membre était plus imposant que tout ce qu'un humain mâle pourrait espérer, il n'était absolument pas proportionnel à ce qu'il aurait dû être pour un colosse de sa taille, ce qui le rendait ridicule.
Malheureusement… ce n'était pas vraiment le choix de Deux, et à voir la droiture avec laquelle il se tenait et le sérieux avec lequel il protégeait le moment que Un passait avec Four dans son dos, il devint évident, en une seule pensée, de qui était le choix.
Un ne jeta pas un seul regard vers Sylas. Il soutenait délicatement la tête de Four d'une main, tout en lui versant quelque chose dans la bouche de l'autre. Il murmurait des mots doux et apaisants, comme si sa seule voix pouvait la ramener du seuil de la mort.
« … Je suis désolé d'être arrivé si tard. Blâme-moi… Blâme-moi… » répétait-il encore et encore, sa voix ne laissant transparaître aucune once de colère. Elle n'était emplie que d'une source tendre d'amour et d'affection qui se déversait en vagues constantes.
Four tendit la main, faiblement. Un instant, on aurait cru qu'elle allait caresser la joue de Un, mais sa main retomba pour agripper le col de son vêtement, l'attirant vers elle.
« Tue-le… et je t'épouserai… » dit-elle d'une voix faible.
Ses paroles sortaient dans un souffle haletant, son corps retrouvant lentement un peu de force grâce à l'élixir de guérison, mais bien moins qu'il n'aurait dû.
Un saisit doucement la main de Four et sourit. Leurs regards se croisèrent et, malgré la douceur de leurs mots, leurs yeux ne semblaient guère partager le même amour.
Four n'était pas idiote. Si Un, Deux et Trois avaient été occupés, ce n'était pas au point d'arriver avec un tel retard, ni de surgir à un moment aussi opportun.
Un, Deux et Trois travaillaient sur leur percée vers les rangs B, mais ils venaient à peine de commencer et n'étaient certainement pas encore à un stade critique. À en juger par leurs auras, ils étaient toujours bel et bien au rang C.
Logiquement, il n'y avait donc aucune raison pour qu'ils mettent autant de temps à arriver.
La seule explication possible était que Un l'avait fait exprès.
Il semblait qu'il se fût enfin lassé de ses atermoiements, et sans les aînés de Four pour la protéger, c'était la meilleure occasion qu'il aurait jamais eue pour la soumettre et l'acculer.
Cependant, la haine de Four pour Sylas brûlait bien plus intensément. Son mariage avec Un était inévitable, elle le savait déjà. Elle ne l'avait retardé que par le faible espoir de trouver non seulement quelqu'un qu'elle aimerait, mais aussi quelqu'un qui se trouverait être plus fort que Un… mais cette personne n'existait probablement pas, non seulement parce qu'elle n'aurait jamais le temps de la trouver avec Un surveillant ses moindres faits et gestes, mais aussi parce que…
Un était tout simplement insondable.
Au même rang, elle ne pouvait concevoir qu'une personne soit capable de le vaincre.
Un sourit, puis fit un signe à une femme parmi les génies qui planaient au loin. Elle s'avança rapidement et prit Four des bras de Un.
« Assurez-vous qu'aucun autre mal n'arrive à ma fiancée. »
« Oui. Oui. » répondit la femme précipitamment, n'osant pas traîner, même dans sa réponse.
Un croisa les mains derrière son dos en les regardant s'éloigner, un léger sourire aux lèvres. Puis il se tourna vers Sylas, sa présence incarnant la perfection. Beau à en couper le souffle, d'une politesse extrême, doté d'une étiquette si intouchable et royale que les plantes s'inclinaient sur son passage… ou du moins, l'auraient-elles fait s'il y en avait eu.
Alors qu'il s'avançait, dépassant les épaules de ses deux « amis » devenus gardes, son sourire s'effaça lentement jusqu'à ne laisser qu'une expression glaciale.
« Tu as fait du mal à ma fiancée —. »
Sylas détourna le regard de Un comme pour ignorer ses paroles, son regard se posant sur un point précis au loin. Lorsqu'il se tourna de nouveau, Un se tenait si près de lui que leurs nez se touchaient presque.