Chapitre 94
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Abood
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◈ Le Champ de bataille de Friedrich
Chapitre 94 : Gagner du temps (2)
« À L’ATTAQUE ! »
L’ordre venait de Friedrich, qui attendait avec ses chevaliers, cachés sur le flanc gauche de l’ennemi. Aussitôt, lui et onze chevaliers de l’armée royale surgirent derrière les arbres et les broussailles.
L’ennemi ne s’était pas attendu à une embuscade. Peut-être était-il trop concentré sur sa progression et avait-il baissé sa garde. Les chasseurs qui se trouvaient à l’extrémité de la formation dévisagèrent les chevaliers, stupéfaits de les voir surgir juste devant eux. Certains n’eurent même pas le temps de dégainer avant d’être abattus.
« L’ennemi attaque ! Ils nous prennent à revers ! »
Un soldat parvint à avertir ses camarades, mais ce fut là son dernier acte. Un instant plus tard, la lame de Yurika lui trancha la gorge et il s’effondra.
De l’autre côté de la route, sur le flanc droit, le chaos éclata également. Chester et ses onze chevaliers impériaux lancèrent une embuscade simultanée depuis la forêt opposée.
Dans la confusion, l’ennemi tenta de dégainer ses machettes et de se mettre en formation, mais il était encore loin d’être prêt. Repoussés vers la route par les chevaliers lourdement armés qui les chargeaient de toute leur force, les soldats peinaient à tenir leur position.
Leur réaction fut plus lente que prévu. Aussi coriaces que fussent les chasseurs du nord, il semblait que même eux ne pouvaient échapper à la fatigue d’une progression aussi longue.
À l’inverse, les chevaliers de l’armée royale combattaient avec une ardeur proche du désespoir.
Gregor déploya tout son art de l’épée, considéré comme le meilleur du régiment, et abattit les ennemis désorientés les uns après les autres. Sa technique surpassait de loin celle des chasseurs, dont les talents au combat variaient malgré leur endurance.
Oliver, quant à lui, combattait en parfaite coordination avec les hommes de part et d’autre de lui. Ensemble, ils repoussaient l’ennemi avec une avance solide et disciplinée qui ne laissait aucune ouverture.
Gunther mettait à profit son gabarit colossal et sa force brute pour tenir l’ennemi à distance sans difficulté. Un soldat tenta de se faufiler au milieu de ses moulinets furieux, mais échoua : la lame lui fendit le torse en deux, et le haut de son corps fut projeté en arrière dans une gerbe d’entrailles.
Yurika était plus rapide encore que les soldats ennemis, pourtant légèrement équipés. Elle frappait avec la précision et la détermination d’une lame nue. Se baissant, elle entailla la cheville d’un soldat et lui trancha l’articulation.
Alors qu’il s’écroulait vers l’avant, elle lui enfonça son épée dans le visage et lui creva un œil. L’homme hurla et roula sur le sol, désormais hors d’état de nuire. Elle le laissa là et se tourna aussitôt vers le suivant.
Friedrich, placé tout à l’extrémité gauche de la formation, combattait prudemment pour éviter de se séparer de Yurika. Il ne cherchait pas à porter de coups mortels, se concentrant sur la défense pour gagner du temps. Tandis que l’ennemi le tenait en respect, Yurika, qui venait d’abattre son adversaire, s’approcha par-derrière et décapita l’homme aux prises avec Friedrich.
Face à l’assaut furieux des chevaliers de l’armée royale, les attaques ennemies atteignaient rarement leur cible. Revêtus d’une lourde armure de métal, les chevaliers détournaient les coups de machette avec leurs heaumes ou les encaissaient sur leurs cuirasses et leurs gantelets. Même Yurika, pourtant légèrement protégée pour une chevalière, était presque intouchable : les coups ne l’atteignaient tout simplement jamais.
Surpris par l’embuscade, les rangs ennemis se disloquèrent. Ceux qui se trouvaient plus loin à l’intérieur ne pouvaient pas rejoindre le combat, et leur supériorité numérique ne leur servait plus à rien. Bien qu’ils ne fussent que vingt-deux sur les deux flancs, les chevaliers tinrent l’ennemi en échec et le coincèrent sur la route étroite entre les bois.
・・・・・・
« Gardez votre calme ! Ils sont peu nombreux ! Écrasez-les sous le nombre et abattez-les un par un ! »
Au milieu de ses hommes désorientés, Ivar aboya ses ordres.
Mais donner des ordres était plus facile que les faire exécuter. L’ennemi portait une armure complète de métal. Et, comme on pouvait s’y attendre de chevaliers, ses hommes étaient très bien entraînés.
Habitués à combattre en formation, ils se déplaçaient en parfaite coordination et ne se laissaient jamais isoler. Leurs mouvements concertés rendaient difficile de les abattre un à un, comme Ivar l’exigeait.
Certains chasseurs étaient armés d’arbalètes ou d’arcs, mais, au milieu du chaos de l’embuscade, recharger une arbalète prenait du temps. Les flèches tirées à travers les interstices entre leurs alliés se révélaient pour la plupart inefficaces, interceptées par les boucliers ennemis ou déviées par les armures.
Si les chasseurs avaient été frais, ils auraient mieux combattu. Mais la fatigue, ajoutée à la soudaineté de l’embuscade, les avait pris au dépourvu. Ils peinaient à se réorganiser.
Malgré tout, ils étaient encore près de cinq fois plus nombreux que l’ennemi. On ne pouvait pas les retenir indéfiniment.
« C’est chargé ! Dégagez la ligne de tir ! »
Acht, qui se tenait près d’Ivar, leva son arbalète et cria. Il visa et tira.
Un des chevaliers impériaux qui attaquaient sur le flanc droit reçut le carreau en pleine poitrine et s’écroula.
Les arbalètes prêtées par la famille royale d’Arelia avaient assez de puissance pour percer même les armures de métal, selon la distance et l’angle de tir.
Ils en possédaient plus de dix. Peu savaient les manier aussi bien qu’Acht, mais leurs tirs suffisaient malgré tout à perturber la coordination des chevaliers ennemis.
Pendant ce temps, les chasseurs qui se regroupaient au sein de la formation commencèrent à repousser l’ennemi plus efficacement qu’au début de l’embuscade. Leurs attaques gagnaient en efficacité et en maîtrise.
Aussi furueux que fût l’élan ennemi, aussi solides que fussent leurs armures, ils restaient largement inférieurs en nombre. S’ils parvenaient à les écraser ici, il ne leur resterait plus qu’à reprendre la poursuite de leurs véritables cibles.
À cette pensée, Ivar tourna les yeux vers l’avant et aperçut plus de vingt chevaux de guerre sans cavalier qui dévalaient la route au galop, droit sur eux.
« … Bon sang. »
Le juron échappa instinctivement à Ivar. Certains autres chasseurs remarquèrent eux aussi la masse lancée vers eux.
« Des chevaux arrivent ! Bougez ! »
« Écartez-vous ! Dans la forêt, vite ! »
Des cris retentirent, mais beaucoup étaient encore aux prises avec l’ennemi et n’avaient pas remarqué le chaos qui se déchaînait sur la route. Pire encore, les chevaliers ennemis leur barraient le chemin des bois des deux côtés, leur coupant toute retraite.
Repoussés sur la route entre les bois par l’embuscade, les chasseurs se retrouvaient maintenant face à la charge des chevaux de guerre affolés, des tonnes de muscles et de sabots s’abattant sur eux comme une vague gigantesque.
・・・・・・
Tandis que l’embuscade stoppait l’avancée ennemie, plusieurs chevaliers firent sortir les chevaux qu’ils avaient cachés dans la forêt. Ils frappèrent les flancs des bêtes du plat de leurs lames pour les affoler, puis les lancèrent au galop sur la route, droit sur les troupes ennemies coincées là.
C’était la stratégie imaginée par Friedrich.
Une charge de cavalerie directe n’aurait pas suffi. L’ennemi, léger et mobile, aurait simplement pu se disperser dans les bois. Et si la charge ne l’avait pas anéanti d’un seul coup, il aurait pu se regrouper et attaquer par-derrière. Pire encore, il aurait pu rompre le combat et se lancer à la poursuite de Melinda et de Claire.
Ils avaient donc choisi de mettre pied à terre, d’attaquer l’ennemi des deux flancs et de repousser les soldats dispersés sur la route. Il ne leur restait alors qu’à déchaîner la masse et l’élan des chevaux sur le centre de la formation.
Dans l’ensemble, le plan avait fonctionné. Quelques chevaux n’avaient pas réagi comme prévu et certains avaient bifurqué dans les bois. Mais plus d’une douzaine avaient dévalé le chemin dégagé, droit sur les rangs ennemis.
Quand des chevaux de plus de cinq cents kilos s’écrasaient sur une foule d’hommes à pied, impossible d’en sortir indemne. Des cris éclatèrent. Des appels désespérés résonnèrent. Les rangs ennemis sombrèrent dans le chaos.
Même les soldats ennemis juste devant la ligne de Friedrich, qui étaient en plein combat, se retournèrent, stupéfaits par le tumulte qui éclatait derrière eux.
Friedrich ne laissa pas passer cette occasion.
« Maintenant ! Repliez-vous ! »
À vingt-deux contre près d’une centaine d’ennemis, il était évident qu’ils ne pouvaient pas tous les éliminer. À l’ordre de Friedrich, les chevaliers de l’armée royale rompirent aussitôt le combat et s’enfuirent.
Sur le flanc opposé, Chester et les chevaliers impériaux firent de même et dévalèrent la pente. Un peu plus loin que les ennemis désorientés, juste avant la lisière, les deux groupes se regroupèrent en gardant plusieurs dizaines de mètres de distance avec l’ennemi.
Friedrich croisa brièvement le regard de Chester. Tous deux acquiescèrent légèrement, confirmant sans un mot qu’ils étaient indemnes.
Les trois chevaliers qui avaient lancé les chevaux contre les lignes ennemies les rejoignirent alors. Le groupe se déploya rapidement sur deux rangs en travers de la route : les chevaliers lourdement armés et les porteurs de bouclier devant, ceux dont l’équipement était plus léger derrière.
À ce stade, ils avaient subi cinq pertes : trois chevaliers impériaux et deux chevaliers de l’armée royale.
Tandis qu’il s’empressait de préparer la suite de son plan à l’arrière, Friedrich surveillait l’ennemi du coin de l’œil.
Une charge de chevaux sans cavaliers ne pouvait pas durer éternellement. Elle avait plongé l’ennemi dans le chaos, mais les dégâts physiques restaient limités. Même après les pertes du corps à corps et de la charge, il semblait rester plus de soixante soldats ennemis prêts à combattre.
Et ils se remettaient sur pied plus vite que prévu.
Les restes de la troupe ennemie, qui s’étaient regroupés et avaient repris leur élan, poussèrent leur cri de guerre et se ruèrent vers eux. Dans un affrontement de face, ils conservaient un net avantage numérique. Leur assurance était manifeste : ils se croyaient déjà vainqueurs.
Puis, une dizaine de chasseurs ennemis en tête de la charge trébuchèrent et s’écroulèrent tous en même temps.
La raison était simple : une corde tendue en travers de la route.
Une extrémité était attachée à un arbre au bord du chemin ; l’autre courait à travers la forêt jusqu’au côté opposé.
Jusqu’au passage du groupe de Friedrich, la corde était restée lâche au sol, cachée sous des feuilles et de la poussière. Juste avant l’arrivée de l’ennemi, l’un des chevaliers tira dessus de tout son poids.
Les soldats ennemis, qui chargeaient en fixant les chevaliers alignés devant eux, ne remarquèrent pas la corde tendue à hauteur de genoux. Lancés à pleine vitesse dans la descente, ils s’emmêlèrent les pieds et chutèrent dans une posture presque comiquement indigne.
Les soldats qui les suivaient, brusquement bloqués par la chute de leurs camarades, durent s’arrêter dans la panique. Ceux qui se trouvaient plus loin s’immobilisèrent à leur tour, mettant soudain fin à toute la charge.
Parmi les malchanceux qui étaient tombés, l’un s’enfonça sa propre machette dans le torse pendant sa chute et mourut sur le coup. Les autres ne s’étaient cogné que le visage ou la poitrine contre le sol et s’employaient maintenant à récupérer leurs armes et à se relever.
Dans ce moment de confusion, le chevalier qui avait tiré sur la corde, Yarg, surgit des arbres et courut rejoindre la formation principale où ses camarades l’attendaient, prêts au combat.
« Espèce d’enfoiré ! »
« Quel genre de lâche pose des pièges pareils ?! »
« Vous vous foutez de nous ?! »
Furieux d’être tombés dans un piège aussi ridiculement simple, les soldats ennemis lui lancèrent des couteaux, des pierres ramassées au sol, et même des flèches et des carreaux d’arbalète. Yarg courut pour sauver sa peau.
Le premier rang s’écarta pour lui ouvrir un passage. Il s’y engouffra en glissant et reprit sa place à l’arrière.
« Bon sang ! Plus jamais ça ! »
« Bien joué. Je suis heureux que vous soyez revenu sain et sauf. »
Friedrich accueillit les récriminations de Yarg avec un léger sourire, puis se retourna vers l’ennemi. Grâce à une simple corde empruntée au village de Kelra et à la course risquée de Yarg, ils étaient parvenus à stopper l’ennemi à courte distance.
« Lancez-les ! »
À l’ordre de Friedrich, les chevaliers réagirent aussitôt. Le premier rang posa un genou à terre et s’abaissa. À l’arrière, plusieurs chevaliers lancèrent droit sur la formation ennemie les sacs grossiers qu’ils transportaient.
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