Chapitre 8
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Abood
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◈ Le Champ de bataille de Friedrich
Chapitre 8 : Préparatifs de bataille (2)
« Au fait, Yurika. C’est quoi, cette épée ? »
« Je l’ai trouvée là-bas. On dirait que quelqu’un l’a sortie de la demeure de l’intendant, mais comme personne ne savait vraiment manier une épée, ils l’ont probablement abandonnée. »
L’épée que Yurika avait récupérée tandis que Friedrich regardait ailleurs portait les armoiries de la Vicomté de Dofen.
En temps normal, l’intendant Hermann aurait dû la mettre à l’abri en pareille situation. Mais puisqu’il avait failli à son devoir, Yurika était en droit de s’en servir.
« Mais, Yurika, tu ne sais pas vraiment manier une épée, si ? »
« Hé hé hé. Peu importe. Même si personne ne m’a appris, je peux me débrouiller avec un truc comme ça, à l’instinct. »
Sur ces mots, Yurika fit tournoyer l’épée. Ses gestes, étonnamment gracieux et assurés, ne trahissaient aucune maladresse. Difficile de croire qu’elle tenait une épée pour la première fois.
« Eh bien, tu te débrouilles plutôt bien. »
« Je te l’avais dit, non ? Fufufu. Avec ça, je pourrais me battre à tes côtés pour de vrai. »
Avec un sourire enjôleur, Yurika s’avança devant Friedrich.
Elle jeta l’épée à terre, libérant ses deux mains. De la gauche, elle attira Friedrich contre elle ; de la droite, elle lui releva légèrement le menton, jusqu’à ce que leurs fronts se touchent.
Leurs visages étaient si proches que leurs nez se frôlaient presque, et le sourire de Yurika emplissait le champ de vision de Friedrich.
« … Tout le monde nous regarde. »
« Et alors ? Qu’ils regardent. »
Le souffle de Yurika effleura la joue de Friedrich tandis qu’elle parlait.
Comme ils avaient toujours été inséparables, les habitants de Volga jetèrent un coup d’œil au couple enlacé, mais ne dirent rien.
« Hé, Friedrich. »
Yurika murmura doucement son nom et prit sa main gauche.
Elle retroussa la manche de sa chemise — ces manches longues qu’il portait toujours, même en été —, dévoilant son bras mince et pâle, ainsi que la cicatrice qui y persistait.
La cicatrice était longue et fine. La peau, légèrement plus claire à cet endroit, formait un creux discret. On aurait dit qu’on lui avait arraché un morceau de chair avant que la plaie ne cicatrise.
« C’est moi qui t’ai fait cette cicatrice, et pourtant tu m’as acceptée. C’est pour ça que je t’aime. C’est pour ça que je te protégerai, quoi qu’il arrive. Tu es toujours resté à mes côtés, alors je ne te quitterai jamais. Tu le sais, hein ? »
« …… »
Friedrich lui sourit à son tour.
Il avait rencontré Yurika pour la première fois à l’âge de cinq ans. Alors qu’il aidait les religieuses à cueillir des plantes médicinales dans la forêt voisine de Volga, il l’avait découverte, cachée dans le tronc creux d’un arbre, en train de ronger le cadavre d’un écureuil.
À en juger par l’état de ses vêtements, elle avait probablement été abandonnée dans la forêt depuis une semaine environ. Friedrich se souvenait qu’Alma le lui avait dit.
Elles échangèrent à peine quelques mots ; tout ce qu’elle parvint à lui dire, c’était son nom, Yurika, et son âge : sept ans. Friedrich resta près d’elle. Il ne se rappelait plus ce qui lui était passé par la tête à l’époque.
Quelques semaines après que Yurika eut été recueillie comme orpheline, une des religieuses s’approcha d’elle avec des ciseaux, dans l’intention de lui couper les cheveux. Yurika réagit violemment et se débattit avec acharnement. Quand Friedrich tenta de la calmer, elle lui mordit le bras et lui arracha un morceau de chair.
Les dents d’une enfant de sept ans ne pouvaient certes pas causer de blessure grave, mais les religieuses s’inquiétaient davantage de son comportement.
Elles doutaient qu’une enfant pareille puisse survivre en société. Avant qu’elle ne se fasse davantage de mal ou n’en fasse aux autres, avant qu’elle ne devienne incontrôlable, peut-être valait-il mieux, par miséricorde, la renvoyer auprès de Dieu.
En entendant cette discussion grave entre les jeunes religieuses, Friedrich piqua pour la première fois de sa vie une colère noire.
Accroché à Yurika, bouleversé et terrifié, il hurla et pleura plus fort que jamais, suppliant qu’on la laisse rester et promettant de prendre soin d’elle. Il continua ainsi toute la journée.
Même le vieux prêtre, qui laissait d’ordinaire aux religieuses le soin des orphelins, vint les rejoindre. Après que tous eurent solennellement juré devant Friedrich, au nom de Dieu, de veiller encore quelque temps sur Yurika, celui-ci finit par se calmer.
Dès lors, Friedrich ne quitta plus Yurika, pas même un instant. Au fil du temps passé ensemble, elle redevint peu à peu une enfant de son âge. Les longues heures partagées et leur lien étroit rapprochèrent leurs cœurs et les menèrent jusqu’à aujourd’hui.
« Je serai là où tu seras, et je ferai tout ce que tu feras. Pour toujours. »
« … Oui. »
Ils échangèrent quelques mots et des sourires, puis leurs lèvres se rapprochèrent.
Alors que les lèvres douces de Yurika touchaient celles de Friedrich, soudain…
« Vous êtes vraiment en train de faire ça, là, maintenant ? »
Une voix exaspérée retentit derrière eux et Friedrich se figea.
Mais Yurika ignora l’interruption et posa tout de même ses lèvres sur les siennes.
Après un baiser qui sembla lui voler jusqu’à son souffle, Friedrich se retourna, le visage grave.
« … Sœur Alma. Mon père. »
Alma, la mère adoptive de Friedrich, venait d’assister à son baiser passionné avec Yurika. Elle poussa un soupir exaspéré, tandis que le vieux prêtre, à ses côtés, esquissait un sourire entendu.
La situation était gênante. Friedrich le pensait, mais il semblait que l’agacement d’Alma et du prêtre portait sur tout autre chose.
« Friedrich, tu t’es mis dans un sacré pétrin. »
« Tu as vraiment fait fort, en prétendant être de la noblesse… »
Le vieux prêtre parla d’un ton calme, toujours avec son léger sourire, tandis qu’Alma soupirait sans retenue. Tous deux savaient évidemment que Friedrich n’était pas le fils illégitime d’un noble.
On racontait que, dix-huit ans plus tôt, Alma avait recueilli le bébé Friedrich, déposé dans un panier par des marchands itinérants. Elle et le prêtre avaient examiné avec soin le panier et le linge dans lequel il était enveloppé, mais rien ne permettait d’établir son identité.
« … Je suis désolé. Sur le moment, je n’ai trouvé aucun autre moyen. »
« Ce qui est fait est fait. Nous comprenons que tu aies dit cela parce que tu voulais sauver tout le monde. »
« La peine encourue pour avoir prétendu à tort être apparenté à un noble est fixée par le chef de la maison noble dont tu as usurpé le nom. En l’occurrence, il s’agit du comte Hosenfeld, célèbre héros. Comme tu n’as pas menti pour ton profit personnel, il y a une chance qu’on se montre clément. Le prêtre et moi plaiderons en ta faveur… si tu survis, bien sûr. »
Le visage exaspéré d’Alma s’adoucit en un sourire bienveillant.
« Friedrich, si Volga et nous tous sommes sauvés, ce sera grâce à toi. Que Dieu vous protège tous les deux. »
Comme toujours, Alma pria pour Friedrich et Yurika. Le vieux prêtre se joignit à elle.
« … Merci, sœur Alma. Mon père. »
Reconnaissant pour les prières de sa mère adoptive et de son ancien tuteur, Friedrich les remercia du fond du cœur.
・・・・・・
Un peu plus tard, le ciel commença à s’éclaircir.
« Des bandits ! Les bandits sont là ! »
« Il y en a probablement entre soixante et soixante-dix ! Ils devraient bientôt arriver à la porte sud ! »
Deux hommes rapides, postés en éclaireurs à l’extérieur de la porte sud, se précipitèrent sur la place.
À cette nouvelle, tous les regards se tournèrent aussitôt vers Friedrich.
« Je m’attendais à en affronter une centaine ; ils sont donc moins nombreux que prévu. Et ils sont en retard, en plus. On a veillé toute la nuit pour rien. »
Pour dissiper la tension qui montait, il lança rapidement une plaisanterie.
Que la foule y vit un signe d’assurance ou un soulagement, les visages se détendirent. Certains éclatèrent même de rire.
« Bien. Tout le monde, terminez vos préparatifs et prenez vos positions. »
Friedrich prit un air calme et lança ses ordres.
« Tout ira bien. Si nous suivons le plan que j’ai imaginé, nous gagnerons à coup sûr. Après tout, c’est le fils du héros qui vous le dit. Faites-moi confiance. »
Sa promesse était téméraire, mais l’assurance de sa voix lui donnait du poids. Les habitants de Volga répondirent avec enthousiasme, poussant tous d’une seule voix des cris d’encouragement.
À leur réaction, Friedrich sourit intérieurement.
À vrai dire, il s’étonnait lui-même de pouvoir enchaîner les mensonges avec autant d’aplomb.
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