Chapitre 74
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Abood
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◈ Le Champ de bataille de Friedrich
Chapitre 74 : Retour au pays (1)
Une fois la rébellion menée par le prince Konrad Edelstein et le duc Ernst Bachstein écrasée, et leur sort réglé, le travail de la famille royale et de l’armée royale ne prit pas fin pour autant.
Jusqu’alors, la défense et la surveillance du corridor d’Elzass et de la frontière avec le Royaume de Novakia avaient été entièrement confiées au duché de Bachstein. Mais, avec la dissolution du duché, la famille royale d’Edelstein devait désormais défendre seule l’ensemble de ses frontières occidentales et septentrionales.
Des rapports d’espions infiltrés dans le Royaume d’Arelia indiquaient que le gros de son armée de l’Est avait commencé à préparer une offensive en direction du Royaume de Novakia. Le Royaume d’Arelia semblait réorienter ses opérations militaires dans cette direction.
Cela dit, baisser la garde aurait été une grave erreur. Avec l’annexion du duché et l’immense redéploiement militaire en cours, le Royaume d’Edelstein ne pouvait se permettre de paraître vulnérable aux yeux de ses ennemis.
Dans ces circonstances, le Régiment Ferdinand fut temporairement transféré de la capitale royale au secteur nord de la zone frontalière occidentale.
L’objectif était de montrer que les défenses des frontières avec Arelia et Novakia restaient solides. Si un pays voisin tentait quoi que ce soit, une force de réaction rapide de la taille d’un régiment interviendrait aussitôt. Pour que le message soit clair, le Régiment Ferdinand fut stationné dans la région sans mission particulière : il devait simplement être là.
Afin d’alléger la charge des domaines nobles qui accueillaient le régiment, les fantassins et les archers furent cantonnés dans des villes ou des villages, par compagnies ou par pelotons. Les escadrons de cavalerie furent divisés en équipes de cinq hommes, dispersées et affectées aux patrouilles frontalières ainsi qu’au transport des dépêches entre les unités.
Pour servir de centre à tout ce dispositif, le quartier général du régiment fut installé dans la capitale de la Vicomté de Dofen, choisie parce qu’elle se trouvait exactement à mi-chemin de tous les lieux importants.
Pour Friedrich et Yurika, c’était une ville qu’ils avaient visitée à maintes reprises. Un lieu chargé d’histoire. Y passer l’été, à présent, était un concours de circonstances aussi étrange qu’inattendu. Peu après le début du cantonnement, le commandant de régiment Matthias leur accorda trois jours de permission.
Comprenant ses intentions, Friedrich et les autres prirent la route de leur ville natale, Volga.
« Regarde, Friedrich. Je la vois.
— … C’est si nostalgique. On dirait que cela fait une éternité qu’on a franchi cette porte pour partir. »
Depuis la capitale du vicomte, Volga était accessible en une journée de marche, mais il ne fallait qu’une demi-journée à cheval pour un petit groupe. Partis le matin, ils aperçurent leur ville natale dans l’après-midi, et Friedrich murmura ces mots.
Nous étions en été. Friedrich et Yurika avaient quitté Volga depuis moins de deux ans.
Et pourtant, ces années avaient été les plus intenses, les plus bouleversantes et les plus tumultueuses de leur vie. Après tout ce qu’ils avaient traversé, revenir ici éveillait en eux une profonde émotion.
« Pour être honnête… je crois que je suis un peu nerveux.
— Hé hé, pas la peine. Entrons fièrement dans la ville, comme il se doit pour un retour au pays, d’accord ? »
Yurika rit et talonna son cheval. Friedrich la suivit, un sourire en coin aux lèvres.
・・・・・・
En journée, la porte de la ville restait ouverte, gardée par un seul homme, exactement comme avant leur départ.
Le soldat des forces de la Vicomté de Dofen posté à la porte partit en courant prévenir l’intendant et son supérieur dès qu’il comprit que l’un des chevaliers de l’armée royale qui arrivait n’était autre que Friedrich Hosenfeld. Sa réaction frôlait l’exagération.
Né sur ce territoire et désormais héritier du héros vivant du royaume, Friedrich avait attiré bien des regards dans la capitale du vicomte. Même le vicomte de Dofen, autrefois si inaccessible, l’avait accueilli chaleureusement aux côtés de Matthias.
Il semblait que cette attention l’avait suivi jusqu’à Volga. Non… ici, elle était peut-être encore plus forte. Un peu gêné, Friedrich mit pied à terre et franchit la porte aux côtés de Yurika.
Ils venaient à peine de s’engager dans la rue, menant leurs chevaux par la bride, qu’ils tombèrent sur une silhouette familière.
« … Bruno ? »
Friedrich ne reconnut pas tout de suite le jeune homme devant lui.
Bruno, qui laissait autrefois pousser ses cheveux en bataille et se pavanait avec des vêtements savamment négligés, avait désormais les cheveux coupés court et soigneusement coiffés. Sa chemise était entièrement boutonnée et son pantalon bien serré à la taille par une ceinture. Il avait tout du citoyen sérieux et travailleur.
Tandis que Friedrich le dévisageait, à moitié interloqué, Bruno ouvrit lui aussi de grands yeux en le reconnaissant.
« F-Friedrich… monsieur ! »
« Hé, du calme, Bruno ! Arrête ça ! »
Bruno posa soudain un genou à terre, comme s’il allait s’incliner jusqu’au sol. Friedrich tendit aussitôt le bras pour l’en empêcher.
« Tu n’as pas besoin d’en faire autant. Traite-moi comme avant…
— Pas question ! Tu es noble, maintenant !
— Je ne vais pas obliger un roturier à s’agenouiller dans la rue sous prétexte que je suis l’héritier d’une maison noble ! Et puis, je n’ai été qu’adopté… S’il te plaît, comporte-toi normalement. Si tu y tiens, prends ça pour un ordre direct. »
Bruno le regarda d’un air complètement désemparé. Son regard sautilla d’un côté à l’autre avant qu’il ne se décide enfin à parler.
« … Ça ne te dérange vraiment pas ?
— Non. Je t’en prie. »
Qu’on lui témoigne pareille déférence et qu’on le traite avec cette raide politesse réservée aux nobles lui donnait franchement la nausée. Que Bruno l’ait compris ou non, il finit par céder.
« Bruno, toi aussi, tu peux me traiter comme avant, d’accord ?
— … O-Ouais, d’accord. »
Yurika, qui avait été son ennemie jurée, lui adressa un doux sourire et lui parla. Bruno répondit avec raideur. Friedrich remarqua que son regard glissait brièvement vers l’épée à sa taille.
Elle avait été adoubée chevalier, avait combattu sur de vrais champs de bataille et portait désormais une arme de qualité. Aux yeux de Bruno, elle devait passer pour une redoutable « femme-monstre ». Même s’ils ne finiraient probablement plus par se battre comme autrefois, il était facile d’imaginer qu’elle l’impressionnait toujours autant.
Tandis qu’ils discutaient tous les trois, de plus en plus de passants se mirent à les remarquer.
Dans cette petite ville rurale, l’uniforme d’un officier de l’armée royale détonnait. Quant au jeune chevalier aux cheveux écarlates, impossible de se tromper sur son identité. Dès que les gens comprirent qu’il s’agissait de Friedrich, les chuchotements se répandirent.
« Dis, Friedrich. Puisque tu es de retour à Volga, tu vas à l’église ?
— Oui. C’est la principale raison de mon retour.
— A-Alors, laisse-moi te montrer le chemin !
— … Merci. Puisque tu le proposes, j’accepte. »
À vrai dire, Friedrich n’avait pas besoin d’un guide dans un endroit qu’il connaissait comme sa poche, mais il accepta sans hésiter la proposition de Bruno.
« Bon, alors, en route ! Hé, tout le monde ! Friedrich Hosenfeld est de retour en héros ! Friedrich est revenu ! »
La proclamation tonitruante de Bruno, tandis qu’il se mettait en marche, agita encore davantage la foule. À mesure que la nouvelle se répandait, les curieux accouraient, attirés par le tumulte grandissant.
Friedrich sourit en silence, devinant les véritables intentions de Bruno : montrer à tous qu’il était en bons termes avec le héros de leur ville natale, désormais célèbre.
« Au fait, Bruno, tu as beaucoup changé, non ? Comment dire… On dirait que tu as pris les choses au sérieux.
— Hein ? Oh… ouais. Tu sais que l’unité chargée de réprimer les bandits a été décimée, et qu’un tas de notables de la ville sont morts, pas vrai ? Parmi eux, il y avait mon cousin, l’héritier de la branche principale de ma famille.
Alors, avec la maison principale dans une situation aussi délicate, je n’avais plus vraiment le loisir de faire le pitre. C’est pareil pour les gars qui traînaient avec moi. Ces temps-ci, on se retrouve rarement pour faire les idiots. »
Bruno se gratta la tête, l’air un peu gêné.
Friedrich se souvint qu’on lui avait dit, bien longtemps auparavant, que la famille de Bruno était composée de fermiers métayers, tandis que la branche principale, des fermiers propriétaires, possédait pas mal de terres.
« Ils m’ont dit que si je devenais sérieux, que je travaillais dur et que j’étudiais, ils feraient de moi l’héritier de la maison principale. Alors, c’est ce que je vise maintenant. Je m’y donne à fond… Mais si je m’en sors pour m’occuper des terres, la lecture, l’écriture et les chiffres, c’est encore une autre paire de manches.
Tu sais bien que je n’ai jamais été une lumière. Mais bon sang, Friedrich, toi, tu t’occupais de toutes ces lettres et de tous ces chiffres comme si de rien n’était. C’est vraiment impressionnant. »
« … Je vois. Toi aussi, tu fais de ton mieux, hein ? »
La bataille contre les bandits n’avait pas seulement bouleversé leur propre vie : elle avait aussi chamboulé celle de Bruno. C’est ce que se dit Friedrich en adressant au jeune homme un sourire discret.
Pendant ce temps, les habitants du coin étaient toujours plus nombreux à se rassembler autour d’eux tandis qu’ils avançaient. Quelques visages familiers interpellèrent Friedrich, qui leur répondit sans difficulté.
Même Yurika, autrefois considérée comme une étrangère et tenue à distance, se faisait désormais aborder par plusieurs habitants. Et, à la surprise générale, elle leur répondait avec aisance. L’ancienne Yurika n’aurait jamais su faire cela.
On aurait vraiment dit un retour triomphal. Au milieu du vacarme et de l’enthousiasme de cet accueil chaleureux, Friedrich et Yurika descendirent la rue.
Les regards tournés vers eux étaient empreints de respect. D’admiration. D’envie. Autant de sentiments que Friedrich n’aurait jamais imaginé susciter autrefois, quand on le méprisait si souvent parce qu’il était un paria. À présent, cette chaleur et ces éloges lui faisaient du bien. Vraiment du bien.
En tant que soldat et héritier d’un héros vivant, Friedrich connaissait sa position et son devoir. Malgré tout, avancer dans la rue en uniforme, sa cape flottant au vent, sous le regard des habitants, et se sentir vu et honoré lui faisait du bien.
Il n’avait pas l’intention de dissimuler cette joie. Et il n’en avait pas honte. Car le respect que lui témoignaient spontanément les habitants était la seule récompense accordée à ceux qui consacraient leur vie à la nation et à son peuple.
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