Chapitre 75
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Abood
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◈ Le Champ de bataille de Friedrich
Chapitre 75 : Retour au pays (2)
Friedrich et les autres arrivèrent bientôt devant l’entrée principale de l’église, qui donnait sur la place. Bruno se tourna alors vers les habitants rassemblés.
« Très bien, tout le monde ! À partir de maintenant, c’est l’heure des retrouvailles en famille ! Ne dérangez plus Friedrich et Yurika ! On se disperse ! »
En entendant ces paroles de celui-là même qui avait réuni la foule, Friedrich et Yurika échangèrent un regard et étouffèrent un rire. Les habitants, apparemment d’accord avec Bruno, rentrèrent docilement chez eux ou reprirent le chemin de leur travail.
« Eh bien, Friedrich… et toi aussi, Yurika. Avant de partir, pensez à leur dire encore au revoir, d’accord ? »
« Compris. Merci pour tout, Bruno. »
Tandis que Bruno s’éloignait, Friedrich se tourna vers l’église.
À cet instant, les portes s’ouvrirent et sœur Alma, âgée, apparut. Elle était sans doute venue voir ce qui causait tout ce remue-ménage à l’entrée de l’église. En apercevant Friedrich et Yurika, elle s’immobilisa un instant, puis ouvrit de grands yeux, stupéfaite.
« Oh, Friedrich ! Yurika ! »
« Cela fait longtemps, sœur Alma. »
« Nous sommes venus vous voir. »
Friedrich sourit avec douceur tandis que Yurika rayonnait en prenant la parole à son tour.
« Oh, comme vous avez grandi ! Vous voilà devenus de beaux adultes… Je suis si heureuse que vous soyez venus. »
Alma descendit les marches de pierre devant l’entrée et s’approcha d’eux. Sa voix était chargée d’émotion tandis qu’elle les détaillait de la tête aux pieds, dans leurs uniformes militaires. Les bras grands ouverts, elle les attira contre elle. Friedrich lui rendit son étreinte, et Yurika s’y jeta comme une enfant innocente.
Un doux sourire adoucit le visage d’Alma, et elle dégageait une chaleur pleine de tendresse. Elle était bien différente de la femme qu’ils avaient connue deux ans plus tôt.
Peut-être était-ce parce qu’ils n’étaient plus ses élèves, qu’elle devait guider. Ou peut-être le changement venait-il avec l’âge. Friedrich sentit une pointe d’amertume, mêlée à la joie de ces retrouvailles.
« Alma. Que s’est-il passé là-bas… Oh, mais c’est Friedrich et Yurika ! »
Le vieux prêtre apparut à son tour. Chef de l’église et tuteur légal des orphelins, il les avait autrefois recueillis. Friedrich et Yurika furent ravis de le revoir.
« Entrez tous les deux. Racontez-nous tout ce qui vous est arrivé depuis votre départ de Volga. »
À l’invitation d’Alma, Friedrich et Yurika franchirent les portes de l’église. Ils étaient revenus dans la maison où ils avaient passé leur enfance.
・・・・・・
Ce jour-là, Friedrich et Yurika passèrent des heures à bavarder avec Alma, le vieux prêtre, les autres religieuses et les orphelins. Ils avaient bien envoyé des lettres pour donner de leurs nouvelles, mais rien ne valait une conversation animée en face à face.
Friedrich et Yurika furent ceux qui parlèrent le plus. Pour les habitants de Volga, qui menaient une existence paisible, leurs récits de soldats dans l’armée royale, au cœur de journées tumultueuses, étaient passionnants.
Quand la conversation en vint aux batailles, les orphelins se délectèrent de leurs récits héroïques, tandis que les religieuses les écoutaient avec inquiétude. Le visage d’Alma, en particulier, se teinta d’une légère tristesse.
Ils dînèrent avec tout le monde, puis passèrent la nuit dans les chambres d’amis de l’église. Le repas modeste était bien simple, comparé à la vie dans la demeure qu’il menait désormais dans la capitale royale, mais le partager avec des visages familiers rendit chaque bouchée bien meilleure.
Le lendemain matin, ils jouèrent avec les orphelins et les aidèrent à entretenir le jardin de l’église. Ce fut un moment paisible et précieux, comme s’ils avaient retrouvé leur enfance.
Par égard pour l’intendant, un vassal direct du vicomte de Dofen, ils furent invités à déjeuner chez lui. Ensuite, ils firent le tour de la ville pour saluer leurs vieilles connaissances. Leurs anciens clients et les commerçants qui les avaient connus accueillirent chaleureusement ces « orphelins devenus Friedrich et Yurika », désormais des personnes respectables.
Certains paysans propriétaires leur offrirent même des sacs remplis de légumes cultivés sur leurs terres, tandis qu’un pâtissier pragmatique insista pour leur faire goûter ses nouvelles douceurs. Quand Friedrich en loua le goût, le propriétaire rayonna et déclara qu’il les vendrait sous le nom de « La douceur que même Friedrich, le héros de Volga, trouve délicieuse ».
Les habitants de Volga étaient restés aussi simples et bon enfant que jamais. Pour le meilleur et pour le pire. Et Friedrich trouvait cela à la fois nostalgique et profondément réconfortant.
Les légumes et les douceurs qu’on leur avait offerts étaient trop nombreux pour qu’ils les rapportent au quartier général du régiment. Ils donnèrent donc tout à l’église.
Après cette journée passée dans la joie, le lendemain matin arriva. Afin de regagner la vicomté sans encombre, Friedrich et Yurika quittèrent Volga de bonne heure.
Une fois les préparatifs terminés, les habitants se rassemblèrent de nouveau devant l’église, sur la place, pour leur dire au revoir.
« Eh bien, Bruno. Prends soin de toi et continue à faire de ton mieux. »
« … Hé, Friedrich. »
Alors que Friedrich s’apprêtait à conclure leurs adieux en quelques mots, Bruno l’arrêta.
« Écoute… Je voulais m’excuser pour pas mal de choses. Quand on était gamins… Ouais, j’étais vraiment pénible, hein ? À traiter Yurika de “femme-monstre” et tout ça. Laisse-moi te présenter mes excuses. J’ai eu tort. »
Malgré ses mots maladroits, Bruno affichait un regret sincère. Friedrich le dévisagea, les yeux écarquillés, et se rendit vraiment compte à quel point il avait changé.
« D’accord. J’accepte tes excuses. Je te pardonne la façon dont tu m’as traité autrefois. »
« Moi aussi, je te pardonne tout, d’accord ? »
Après la réponse de Friedrich, Yurika lui emboîta le pas.
Bruno avait effectivement été quelqu’un de difficile, mais, heureusement, Friedrich et Yurika n’avaient subi que des insultes désagréables. Quand il était tout petit, Friedrich avait parfois pleuré après que Bruno lui eut pris ses goûters. Mais ensuite, même lorsque Bruno cherchait la bagarre, Yurika l’emportait toujours : ils n’avaient donc pas vraiment souffert.
À présent, Friedrich et Yurika occupaient des rangs et une position sociale bien supérieurs à ceux de Bruno. C’est avec cette grandeur d’âme qu’ils lui pardonnèrent le passé.
« Je vois. Merci… Si je deviens l’héritier officiel de la famille principale, je suis censé épouser ma cousine, c’est-à-dire la sœur de mon cousin défunt. Quand nous aurons des enfants, je veillerai à ce qu’ils ne deviennent pas aussi turbulents que je l’étais. Je ne les laisserai pas tyranniser les orphelins de l’église. »
« C’est bon à entendre. Je te souhaite de réussir dans ton travail comme dans ta vie de famille. »
« Oui. Je prierai aussi pour que tu restes en sécurité. Et je ferai en sorte de passer régulièrement à l’église. »
Ils se serrèrent la main, et Friedrich prit enfin congé de Bruno.
Ensuite, ils échangèrent quelques mots d’adieu avec d’autres connaissances, puis reçurent les salutations de l’intendant.
Enfin, ils se tournèrent vers tous ceux qui étaient réunis devant l’église. Ils parlèrent aux religieuses et aux orphelins, puis le vieux prêtre s’adressa à eux.
« Depuis votre départ de Volga, vous avez tous deux suivi votre propre chemin avec courage. Je ne m’inquiète plus pour vous… Puisse la fortune vous sourire en toute chose. Chevalier Friedrich Hosenfeld. Chevalière Yurika. »
« Nous vous sommes reconnaissants, mon père. »
Recevant les paroles du prêtre en tant que chevalier, Friedrich le salua brièvement. Yurika l’imita.
Le vieux prêtre inclina profondément la tête et recula, tandis qu’Alma s’avançait pour se placer devant eux.
« Je n’ai plus rien à ajouter. Une chose n’a pas changé : je pense à vous deux et prie pour vous chaque jour. Si vous vous en souvenez de temps à autre, cela me suffira. »
Les attirant contre elle, Alma leur murmura doucement :
« … Je prie pour qu’un jour, je puisse vous revoir tous les deux. »
Friedrich sentit le poids de l’âge dans ses paroles. Elle lui parut encore plus petite, surtout à côté d’eux.
« Nous reviendrons, Alma. »
« C’est promis. D’ici là, prenez bien soin de vous. »
Ils serrèrent Alma dans leurs bras avec douceur, puis la relâchèrent lentement.
« Du fond du cœur, merci à tous pour votre accueil chaleureux et pour nous avoir accompagnés. Eh bien… »
Après avoir prononcé ces derniers mots en chevalier de l’armée royale, Friedrich monta en selle. Yurika l’imita et, ensemble, ils quittèrent leur ville natale.
Les habitants de Volga les regardèrent s’éloigner jusqu’à ce que leurs silhouettes disparaissent au loin.
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