Chapitre 73
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Abood
Discord :<a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://discord.com/yT4GsFAYRf"> </a><a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a><a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://discord.com/yT4GsFAYRf">
</a>
◈ Le Champ de bataille de Friedrich
Chapitre 73 : Festin de la victoire (2)
La fête battait son plein et, à mesure que le vin coulait, les chevaliers se détendaient et se laissaient aller toujours davantage. Dans un coin de la taverne, certains s’affrontaient dans un concours de boisson endiablé, affirmant que leurs libations et leurs réjouissances étaient offertes aux morts.
« … Gah ! Beurk ! N-non, j’abandonne ! »
« Quoi, tu abandonnes déjà, Gunther ?! »
« Pour un grand gaillard, tu ne tiens pas beaucoup l’alcool ! »
Gunther éloigna sa bouche de la coupe et s’affaissa, les jambes flageolantes. Les chevaliers autour de lui le huèrent et le taquinèrent. De l’autre côté de la table, Yurika, qui venait d’avaler une nouvelle rasade de vin, affichait un air triomphant et savourait les acclamations.
« Bon sang, Yurika, être une bête à l’épée et à la boisson, c’est vraiment injuste… »
« Franchement, elle ne tient même pas si bien que ça l’alcool. »
« Exactement. Toi, tu es juste le parfait petit buveur. »
« Tu as gagné ta place à cette fête grâce à tes exploits sur le champ de bataille, la bleusaille ! Le moins que tu puisses faire, c’est mettre un peu d’ambiance ! »
Malgré leurs taquineries, les vétérans aidèrent gentiment Gunther à se relever en le tenant par les bras, l’installèrent sur une chaise et veillèrent à ce qu’il boive un peu d’eau.
Pendant ce temps, Yarg, qui supervisait le concours de boisson, promena son regard dans la salle pour en jauger l’ambiance.
« Bon, alors, qui se lance ensuite ? »
« Commandant Rüdiger ! Écrasez-les ! »
« Montrons-leur de quoi notre bataillon est capable ! »
« D-d’accord… Comptez sur moi. »
Poussé par les encouragements de ses capitaines de compagnie, Rüdiger s’avança vers la table. À la vingtaine, il commandait déjà un bataillon d’infanterie, mais n’était pas réputé pour bien tenir l’alcool.
« Et pour nous, ce sera la capitaine Romilda ! »
« Montrez à ces fantassins ce que valent les archers ! »
À ces mots, Romilda, commandante du bataillon d’archers, s’avança sans un mot. Dans toute l’armée royale, elle passait pour l’une des plus redoutables buveuses. La rumeur était même parvenue aux oreilles de la princesse héritière Claudia, qui l’avait évoquée lors d’une réception officielle réunissant des officiers.
« Non, c’est de la triche ! »
« Eh bien, le commandant du deuxième bataillon d’infanterie abandonne avant même le début du combat ? »
Romilda provoqua Rüdiger, dont le visage pâle ne lui laissait plus aucune échappatoire. Bientôt, résigné, il saisit la coupe de vin remplie à ras bord.
« Un duel entre commandants de bataillon, hein ? Ça va être le grand affrontement de la soirée. On parie ? »
« Ne raconte pas de bêtises. Qui miserait alors que l’issue est évidente ? »
Un autre chevalier balaya aussitôt la proposition de Yarg.
« C’est vrai. Alors… que le concours commence ! »
Tandis que débutait le combat perdu d’avance de Rüdiger, une conversation plus sérieuse se tenait à une autre table. Friedrich se trouvait au centre du cercle.
Le vin l’ayant délié, Friedrich discourait longuement et exposait aux chevaliers réunis autour de lui ses théories solidement étayées. Le groupe se composait surtout de chevaliers de son âge ou plus jeunes, dont quelques recrues récemment enrôlées après l’écrasement de la rébellion. Elles assistaient au festin ce soir-là pour faire connaissance et être accueillies.
« — Voilà pourquoi, outre une organisation flexible des bataillons, il est tout aussi essentiel de disposer d’un système logistique solide, soutenu par des unités dédiées et des bases de ravitaillement réparties en divers endroits. C’est précisément ce qui fait la force de l’armée du Royaume d’Edelstein.
Le Royaume d’Arelia, qui s’est étendu à l’excès en conquérant les pays voisins, ne peut pas reproduire notre modèle. Même en comptant les armées des domaines nobles, qui totaliseraient près de trente mille hommes, ce pays ne peut jamais mobiliser l’intégralité de ses forces militaires. »
Héritier de la maison Hosenfeld et déjà auréolé d’une réputation inébranlable au sein du bataillon, Friedrich était un phare d’espoir pour les chevaliers d’une vingtaine d’années. Pour ceux qui n’avaient pas encore atteint la vingtaine, il était devenu un modèle. Tous l’écoutaient avec attention.
« Tout d’abord, le Royaume d’Arelia doit affecter des troupes au maintien de ses territoires conquis et à la défense du cœur du royaume. Les forces qu’il peut déployer sur le front contre le Royaume d’Edelstein, à l’est, et contre le Royaume de Novakia sont donc limitées. C’est une notion élémentaire que tout officier comprend naturellement.
Même si le roi d’Arelia engageait imprudemment dans une offensive des troupes venues des territoires conquis ou du centre du royaume, la distance serait tout simplement trop grande. Nous aurions tout le temps de les repérer et de nous préparer pendant leur lente progression. Leur seule chance serait de nous prendre par surprise, mais c’est impossible.
Imaginez : et si la distance entre la capitale et la forteresse d’Arnsberg, à la frontière, doublait, voire davantage ? Et s’ils devaient y marcher avec plusieurs fois leurs effectifs actuels ? Sans accélérer leur progression — ou même en essayant d’aller plus vite que d’habitude — et sans le soutien d’unités de ravitaillement ni de bases le long de la route ? »
Les jeunes chevaliers qui écoutaient Friedrich froncèrent les sourcils ou plissèrent le front, chacun réagissant à sa manière.
« … J’imagine mal qu’ils puissent combattre efficacement après une telle marche. »
« Surtout, arriveraient-ils seulement jusqu’à la frontière ? »
« Impossible. Une partie des troupes prendrait du retard. Je m’attendrais à des désertions parmi les soldats du rang, voire chez les chevaliers. »
Friedrich acquiesça.
« C’est tout à fait ça. Même si le roi d’Arelia envoyait soudain des milliers d’hommes pour nous attaquer par surprise, ses forces auraient fondu avant d’atteindre la région frontalière. Il ne resterait qu’une armée décimée, qui ne pourrait tenir que très peu de temps, composée de soldats épuisés et affamés.
À vrai dire, même s’ils étaient plusieurs fois plus nombreux que nous, nous n’aurions pas à les craindre. Vous ne pensez pas que le Régiment Ferdinand, qui accourrait à la frontière, et le bataillon Hildegard, qui défend la forteresse d’Arnsberg, sauraient tenir tête à un tel ennemi ? »
À cette question, les jeunes chevaliers rirent et acquiescèrent sans hésiter.
« Depuis la chute du Royaume lutétien, aucun système n’a permis de déplacer rapidement une armée de plusieurs milliers d’hommes à travers le vaste ouest du continent de Ludna. Le Royaume d’Arelia, qui s’étend rapidement, approche désormais par son territoire et sa population de la taille des grandes puissances d’autrefois. Pourtant, il demeure instable de l’intérieur : ce n’est qu’un assemblage de régions soumises par la force.
Voilà pourquoi le Royaume d’Edelstein dispose de plusieurs avantages en matière d’organisation militaire. Nous ne devrions pas non plus souffrir d’un grand désavantage numérique. À moins que la famille royale d’Arelia n’entreprenne une vaste réforme militaire, ne mette au point une stratégie qui nous prenne complètement au dépourvu, ou que notre voisin du nord, le Royaume de Novakia, ne tombe… »
« Novakia… En superficie, le Royaume d’Edelstein n’a pas son pareil, mais pensez-vous que Novakia tiendra encore un temps ? »
« Je le crois. Certes, sa population est moindre et son armée permanente moins nombreuse que la nôtre, mais les soldats novakiens, élevés en terrain montagneux, sont coriaces individuellement. En plus, la frontière entre Novakia et l’ancien Royaume de Myurei est étroite et protégée par une solide ligne défensive, centrée sur des positions fortifiées. On ne la percera pas si facilement. »
« C’est vrai. Pour ce qui est de la défense frontalière, ils ont réussi à mettre en place une situation bien plus favorable que la nôtre. Franchement, j’en suis presque jaloux. »
Un chevalier marmonna ces mots, auxquels les autres réagirent. Les nouvelles recrues, tout juste enrôlées, écoutaient avec intérêt les propos des vétérans.
« Pour les royaumes d’Edelstein et de Novakia, le soutien de l’Empire de Rigald serait sans doute le facteur décisif de la victoire. Cela dit, le simple fait de demander de l’aide nous mettrait lourdement redevables envers l’Empire.
De plus, comme l’Empire est actuellement en conflit avec le Royaume de Shival, à l’est, il lui serait difficile de combattre sur deux fronts. Nous devrions donc maintenir nos défenses frontalières, attendre la fin de ce conflit, puis chercher à former une alliance entre nos trois nations, avantageuse pour tous… »
Friedrich continua de partager les connaissances tirées de ses lectures et les théories qu’il en avait déduites. Les jeunes chevaliers lui posaient des questions et donnaient leur avis.
La conversation était sérieuse, pleine d’ardeur juvénile et même assez touchante. À la périphérie du cercle, Oliver sirotait tranquillement sa bière, l’air serein, et observait les échanges, surtout Friedrich qui se trouvait au centre.
À une table plus éloignée, au fond de la salle, Matthias et Gregor observaient eux aussi Friedrich en partageant un verre.
« … Quelle scène nostalgique. Ça me rappelle le bon vieux temps. »
« En effet. Franchement, même sans lien de sang, comment se fait-il qu’on finisse par se ressembler autant ? »
Une légère rougeur de gêne colora le visage de Matthias, fait inhabituel, tandis qu’il parlait.
Entouré de ses pairs et de ses cadets, Friedrich partageait fièrement ses connaissances et ses théories. En le voyant si jeune, parfois excessivement sûr de lui, Matthias se souvint de sa propre personne, une vingtaine d’années plus tôt. À l’époque, il faisait souvent la même chose, tenant de longs discours à Gregor, Eugen, Bartolt et aux autres chevaliers de sa génération ou plus jeunes.
Avec le recul, Matthias se disait que son auditoire avait été impressionné surtout parce qu’il était jeune et inexpérimenté, et qu’il n’avait rien dit de si nouveau ni de si remarquable qu’il eût mérité de s’en vanter.
« Il y a un certain charme à ça, non ? Boire un verre en regardant son cadet à l’œuvre, c’est plutôt agréable, tu ne trouves pas ? »
« Quelle absurdité. Ne te moque pas de ton seigneur. »
Matthias répondit avec un demi-sourire, et Gregor rit avec lui.
・・・・・・
Les officiers vétérans, Matthias compris, soucieux de leurs subordonnés, quittèrent la taverne de bonne heure. Au fil de la nuit, les autres ne tardèrent pas non plus à se disperser.
Passablement ivre, Friedrich rentra au domaine du comte Hosenfeld, accompagné de Yurika, après qu’Oliver les eut raccompagnés.
Une fois dans sa chambre, Friedrich s’assit sur le lit, et Yurika prit place à côté de lui.
« Tu es fatigué, Friedrich ? »
« … Oui. C’était amusant, mais je suis vraiment fatigué. »
Friedrich répondit en s’allongeant, la tête posée sur les genoux de Yurika. Elle lui caressa doucement les cheveux.
Une fois ce festin terminé, ils cessèrent pour l’essentiel de se recueillir sur leurs camarades tombés au combat. Chacun pouvait se souvenir des morts avec tendresse et raconter des anecdotes à leur sujet, mais le groupe n’organisait plus de commémorations collectives. Les soldats de l’armée du royaume ne regardaient pas vers le passé, mais vers les batailles à venir.
Ce soir-là, le festin tenait lieu de funérailles : des funérailles de chevaliers, animées et éclatantes.
Ils avaient une fois encore fait leurs adieux à leurs camarades. Parmi ceux qui étaient morts en réprimant la rébellion, huit chevaliers et soldats avaient péri en exécutant la stratégie de Friedrich.
Ils ne se laisseraient plus abattre. Ils ne sombreraient pas non plus dans le désespoir. Friedrich commençait à s’habituer à la mort de ses camarades. Il avait commencé à accepter leur perte comme une part de la vie.
Il s’adaptait peu à peu à la vie sur le champ de bataille.
Mêlant joie et résignation face à ce constat, Friedrich s’endormit.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>