Chapitre 57
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Abood
Discord :<a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://discord.com/yT4GsFAYRf"> </a><a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a><a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://discord.com/yT4GsFAYRf">
</a>
◈ Le Champ de bataille de Friedrich
Chapitre 57 : Que faire des prisonniers
La conspiration du prince Konrad Edelstein et du duc Ernst Bachstein ne faisait désormais plus aucun doute. Le prince Konrad était bel et bien un traître, qui avait trahi à la fois la famille royale et le royaume.
Plusieurs chevaliers capturés lors de la reprise de la Forteresse d’Ostburg avaient témoigné que leur objectif ultime, dans cette rébellion, était de s’emparer du trône.
À la réception de ce rapport, transmis par un faucon messager, Claudia ne réagit pas tout de suite. Elle garda le silence, les yeux baissés, tandis qu’une lourde atmosphère s’installait dans le bureau de la princesse héritière.
« … J’ai besoin d’un moment de solitude. Que tout le monde sorte, s’il vous plaît. »
« À vos ordres. »
Lorsque Claudia murmura son ordre, le capitaine Gustav Eichberger, de la Garde royale, lui répondit. À son signal, les aides ministériels qui avaient assisté à la transmission du rapport quittèrent la pièce en silence.
Après s’être assurée que Gustav était sorti et avait refermé la porte, Claudia s’adossa à son fauteuil et poussa un profond soupir, les yeux levés vers le plafond.
« …… »
Elle s’était préparée à recevoir une telle nouvelle. Pourtant, elle avait aussi espéré que le rapport démentirait l’implication de Konrad. Elle l’avait souhaité de tout son cœur.
Elle aurait tant voulu que ce soit vrai : que Konrad ait été trompé et contraint par le duc de Bachstein, actuellement retenu prisonnier dans son duché. Qu’une fois secouru, son cher petit frère revienne auprès d’elle. Elle l’avait espéré si désespérément.
Mais cet espoir n’était désormais plus permis. Konrad était devenu un rebelle.
« C’est… impossible. Pourquoi ? Pourquoi as-tu fait une chose pareille, Konrad… »
Le visage enfoui dans ses mains, Claudia murmura ces mots d’une voix déchirée par la douleur.
Waltrude Edelstein, fondatrice du Royaume d’Edelstein, était née roturière. Partie de rien, elle était devenue l’épouse d’un noble, puis la cheffe de sa maison, et enfin la mère de la nation. Elle avait déclaré : un pays, c’est son peuple. Le peuple n’existe pas pour le pays ; c’est le pays qui existe pour le peuple. Le peuple ne sert pas la famille royale ; c’est la famille royale qui est soutenue par le peuple.
Les souverains doivent être les gardiens de leur peuple.
Konrad voulait usurper le trône. Pour y parvenir, il s’était allié au Royaume d’Arelia ; sous son règne, Edelstein deviendrait un État fantoche, ou, au mieux, un vassal d’Arelia.
Ce serait le peuple qui en souffrirait. La noblesse aurait peut-être pu survivre en se soumettant à Arelia et en préservant son statut et sa fortune, mais les gens du peuple auraient subi le plus lourd des fardeaux. On leur aurait arraché leur paisible existence, et des jours cruels les auraient attendus.
Et ils n’auraient pas eu à supporter que de lourds impôts. Tôt ou tard, les soldats et les habitants d’Edelstein auraient pu être contraints de se battre et de mourir pour satisfaire les ambitions d’Arelia, à l’image des soldats et du peuple de l’ancien Royaume de Loire, désormais forcés de participer à l’invasion d’Edelstein.
Voilà pourquoi ils ne devaient jamais céder au Royaume d’Arelia. Tant qu’il resterait la moindre chance de protéger le pays et son peuple en combattant, ils devraient se battre. La famille royale d’Edelstein, descendante de la mère fondatrice Waltrude, avait le devoir de protéger les habitants de ces terres.
Pourtant, Konrad avait trahi la famille royale et le peuple. Il n’était plus question de se défendre…
En tant que souveraine, je dois protéger la nation et son peuple. Je dois vaincre nos ennemis, les capturer et les juger, qu’il s’agisse des armées étrangères qui ont envahi le pays ou des traîtres qui les ont invitées.
C’est le devoir de la princesse héritière. C’est aussi la responsabilité qui m’incombe, à moi qui n’ai pas su guider comme il le fallait mon cher petit frère.
Après avoir pris quelques profondes inspirations, Claudia releva le visage. La faiblesse qui l’avait envahie quelques instants plus tôt avait complètement disparu.
« Vous m’avez fait attendre. Entrez tous. »
À l’appel de Claudia, la porte du bureau s’ouvrit aussitôt. Gustav fit rentrer sa suite.
En voyant le changement chez Claudia, ils ne dirent rien. Tous comprenaient que ce n’était ni le moment ni le lieu pour parler.
Les aides se rangèrent devant Claudia, et un silence tendu envahit la pièce.
« Ce rapport contient aussi une excellente nouvelle. Nous avons la chance d’avoir repris la Forteresse d’Ostburg. N’est-ce pas, Gustav ? »
« En effet, Votre Altesse. L’ennemi comptait sans doute se servir de la Forteresse d’Ostburg comme tête de pont pour avancer en territoire royal. Sa reprise va l’obliger à revoir ses plans en profondeur. Grâce aux efforts du Régiment Ferdinand, nous avons gagné un temps précieux. »
Gustav répondit calmement à la question de Claudia.
« Nous ne pouvons pas nous permettre de gâcher ce répit. Nous poursuivrons les préparatifs de rassemblement et ferons de la Forteresse d’Ostburg notre point de ralliement. Notre armée s’en servira comme tête de pont pour envahir le duché de Bachstein… Puis nous chasserons les troupes d’Arelia qui ont envahi nos terres et vaincrons le duc de Bachstein et le prince Konrad, ces traîtres. »
En qualifiant de « traîtres » tous ceux qui avaient trahi la couronne, y compris son propre petit frère Konrad, Claudia fit monter encore d’un cran la tension dans la pièce.
« Ma décision de prendre moi-même la tête de l’armée n’a pas changé. La nouvelle de la trahison du prince Konrad ne tardera pas à se répandre dans le château et la capitale. Pendant mon absence, je devrai compter sur vous, mes ministres. Puis-je vous confier le maintien de l’ordre ? »
« Bien sûr, Votre Altesse. Partez au combat sans la moindre inquiétude et rendez la justice que la famille royale se doit de faire respecter. »
Cette réponse solennelle venait d’Helmut Dahlmeier, marquis et ministre des Finances. Plus haut fonctionnaire civil du royaume, c’était un bureaucrate sérieux, assez strict, parfois difficile et susceptible, mais indéniablement compétent.
Les autres aides acquiescèrent aux paroles d’Helmut.
« Voilà pourquoi je m’en remets à mes plus proches collaborateurs. J’ai confiance en vous tous. »
Claudia s’exprima d’un air satisfait, puis congédia les aides. Seul Gustav resta, prétextant qu’il avait des questions à discuter concernant les opérations à venir.
Une fois les autres partis, Claudia marqua une brève pause, puis reprit la parole.
« Ne confiez l’enquête sur les nobles de la cour qu’aux gardes royaux en qui vous avez le plus confiance. »
Gustav accueillit l’ordre sans laisser paraître la moindre émotion.
« Tous ceux qui se trouvent au château ne sont pas des traîtres. Sinon, mon père et moi aurions déjà été empoisonnés ou assassinés dans notre sommeil. Mais j’ai du mal à croire que Konrad ait pu, à lui seul, entretenir secrètement des contacts avec le duc de Bachstein et mener à bien ses projets de trahison tout en gardant le secret jusqu’à présent. Mon frère n’a tout simplement pas cette finesse-là. Il a probablement un ou deux complices. Ces gens tenteront soit de renseigner Konrad sur nos déplacements, soit d’attendre le bon moment pour fuir. »
« Je vais m’en occuper sans tarder. »
« Bien. Je compte sur vous. »
・・・・・・
Le lendemain de la reprise de la Forteresse d’Ostburg, en fin de matinée, alors que le soleil montait dans le ciel :
Sur la route, à quelques heures de marche au nord-ouest de la forteresse, on avait aligné les prisonniers capturés dans l’armée du duché de Bachstein.
Ils étaient environ deux cents. Même les blessés graves avaient les mains liées avec des cordes, et les pieds attachés. Bâillonnés, ils ne pouvaient ni bouger ni parler.
Les soldats du Régiment Ferdinand qui avaient escorté les prisonniers jusque-là les déplaçaient sous les ordres du chevalier Oliver. Ceux qui étaient mal placés ou trop éloignés du groupe furent traînés et rapprochés afin de former un seul et même amas de prisonniers, autant que possible.
Peut-être irrités par ce traitement brutal, après les blessures reçues au combat la veille, certains prisonniers gémissaient ou poussaient de faibles cris.
Même en les regroupant, il était impossible de faire tenir autant d’hommes sur la seule route ; beaucoup débordaient donc sur la plaine qui la bordait.
« Chevalière Franziska, êtes-vous vraiment certaine de votre choix ? »
Friedrich, à qui l’on avait confié le commandement de cette mission, interrogea la chevalière Franziska en attendant que les prisonniers soient installés. Elle aussi faisait partie des captifs rassemblés ici.
« Vous avez commandé un bataillon et vous êtes apparentée au duché de Bachstein. De plus, même si vos blessures ne mettent pas votre vie en danger, elles sont graves. Quelqu’un comme vous pourrait sûrement rester à l’abri dans la Forteresse d’Ostburg jusqu’au jour où la justice royale serait rendue, et y vivre en paix. »
« … Non, je vous remercie de vous inquiéter pour moi, mais je ne peux pas accepter. »
L’épaule enveloppée de bandages douloureusement imbibés de sang, Franziska répondit aussitôt après que Yurika, la garde de Friedrich, lui eut retiré son bâillon.
« Je commande ce bataillon. La défaite est entièrement de ma responsabilité, tout comme le traitement infligé à mes subordonnés. À cause de ma naissance, je ne peux pas être la seule à me reposer au chaud dans la forteresse. »
En l’entendant, Friedrich esquissa un sourire amer.
« Je m’attendais à ce que vous répondiez cela. Vous êtes dans le camp ennemi, vous avez trahi le royaume, et pourtant vous êtes une chevalière admirable. Je le pense sincèrement. »
« … Être ainsi louée par l’héritier vivant d’un héros est un honneur. »
Franziska répondit avec une expression complexe.
Plus on gravissait les échelons, moins on éprouvait de haine personnelle pour l’ennemi, même en temps de guerre. Friedrich, en particulier, avait été formé dans cet état d’esprit par Matthias.
En outre, d’après ce qu’il avait appris la veille au soir, la chevalière Franziska n’avait été mise au courant de la rébellion par les chefs de son clan qu’à la dernière minute. Lorsqu’on l’en avait informée, les troupes d’Arelia avaient déjà pénétré sur leurs terres et la guerre contre la famille royale avait déjà été déclarée. Elle n’avait eu d’autre choix que de se résoudre à combattre.
Pour cette raison, Friedrich éprouvait pour elle de la compassion et un profond respect personnel.
Friedrich hocha discrètement la tête. Yurika acquiesça en silence, puis remit le bâillon de Franziska.
Oliver s’approcha à cet instant.
« Friedrich. C’est terminé. Tout le monde est en place. »
« Compris. Beau travail. Il ne reste plus qu’à le libérer. »
Friedrich hocha la tête à l’adresse d’Oliver, puis traversa le groupe de prisonniers, assis ou étendus un peu partout.
Le chevalier Roman se tenait à l’endroit prévu. Bien que Gunther l’eût projeté au sol lors du combat de la veille, il s’en était heureusement sorti sans blessure grave. Gunther montait la garde à ses côtés, et Roman restait figé, le visage tétanisé par la peur. Parmi les prisonniers, il était le seul à avoir les mains liées sans avoir les pieds attachés ni la bouche bâillonnée.
« À présent, chevalier Roman, j’aurais encore une faveur à vous demander. Ce sera la dernière. »
Friedrich se plaça devant Roman et prit doucement la parole pour ne pas l’effrayer. Pourtant, Roman semblait tendu et déglutit nerveusement.
« Gunther. »
« Oui, monsieur. »
À la demande de Friedrich, Gunther tira son poignard et saisit le bras de Roman.
« Ah… »
Roman blêmit, choqué par ce qu’il s’imaginait. Mais lorsque Gunther coupa les cordes qui lui liaient les mains et le libéra complètement, il regarda Friedrich d’un air perplexe.
« Euh… Qu’est-ce que… ? »
« Vous allez courir jusqu’à Remcheid, la capitale, pour rejoindre le gros des troupes du duché et demander qu’on vienne secourir les prisonniers ici. Nous vous confions cette tâche parce que nous reconnaissons vos talents de messager. »
Aux paroles de Friedrich, Roman commença à comprendre la situation.
« Le Régiment Ferdinand n’a pas les moyens de prendre en charge deux cents prisonniers à la Forteresse d’Ostburg ; nous allons donc les laisser ici. C’est une mesure cruelle, mais cette guerre est décisive pour le destin du royaume, et nous n’avons pas beaucoup de latitude pour ménager les rebelles. Vous comprenez ? »
Friedrich plissa les yeux en posant sa question. Roman hocha la tête à plusieurs reprises, le front perlé de sueur.
C’était le début du printemps, mais les nuits étaient encore froides. S’ils restaient ici plusieurs jours sans eau, sans nourriture et même sans manteaux, il y aurait certainement des morts ; les hommes indemnes eux-mêmes risquaient de ne pas survivre. Quant aux blessés graves, leur sort était scellé.
D’autres dangers les guettaient. Attirés par l’odeur du sang des blessés, des loups ou des ours pouvaient sortir de la forêt voisine. Dans ce cas, les prisonniers, incapables de se défendre ou de fuir, subiraient une mort brutale et sans appel.
Laisser les prisonniers dans un tel état était cruel, mais, au vu de leur propre situation, Roman ne pouvait pas prétendre que c’était inhumain.
« Le nombre de vos camarades qui survivront et rentreront à Remcheid dépend de vous. Plus vite vous remettrez le rapport à Remcheid, plus tôt le gros des troupes du duc pourra venir secourir les prisonniers, et plus de vies seront sauvées. Alors… courez de toutes vos forces. »
Conscient de l’importance de sa mission, Roman acquiesça, le visage fatigué mais résolu.
Friedrich lui tendit une sacoche.
« Il y a de l’eau et de la nourriture là-dedans. Servez-vous-en pour garder vos forces et le moral… Et un dernier conseil. Avant de faire votre rapport aux chefs rebelles, racontez à autant de soldats que possible que vos camarades ont été laissés sans défense dans la plaine. La nouvelle se répandra vite. À partir de là, le duc de Bachstein et les autres ne pourront plus abandonner les prisonniers. Les soldats ne le permettront pas. »
Friedrich baissa la voix. Roman acquiesça fermement en prenant la sacoche.
« Bien, chevalier Roman. Courez. »
Aux paroles de Friedrich, Roman partit comme une flèche.
Il s’élança vers le nord-ouest, sur la grande route, si vite qu’on aurait pu s’inquiéter pour lui, vu la distance qu’il lui restait à parcourir. Sa silhouette diminua rapidement au loin.
« … Adieu, Roman ! Merci pour vos services exceptionnels ! »
Saisi par cette idée, Friedrich lui cria soudain ces mots. Les rires fusèrent parmi les soldats : Gunther, Yarg et les autres chevaliers éclatèrent tous de rire. Yurika gloussa, tandis qu’Oliver esquissait un sourire vaguement exaspéré.
Jeté à bas de son cheval, coopératif pendant l’interrogatoire, projectile idéal lors de l’assaut de la forteresse, et voilà qu’il courait maintenant de toutes ses forces dans le cadre de cette nouvelle opération. Ce jeune chevalier Roman, bien qu’ennemi, avait assurément contribué de façon remarquable. Il méritait qu’on le remercie.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>