Chapitre 54
NOUS AVONS ESSAYÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Abood
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◈ Le Champ de bataille de Friedrich
Chapitre 54 : La reconquête de la Forteresse d’Ostburg (3)
Ce fut le signal de l’assaut.
Sans perdre les précieuses secondes de confusion qui régnaient chez l’ennemi, les fantassins jaillirent des chariots bâchés. Friedrich, qui s’était fait passer pour le cocher, se redressa et saisit l’arbalète qu’il avait déposée près du siège.
« Ouvrez grand la porte ! Encerclez-la ! Tenez cette position à tout prix ! »
Aujourd’hui, Friedrich n’était pas le stratège d’Oliver : c’était lui qui commandait ce détachement. Il cria de toutes ses forces, sauta du siège du cocher et courut vers l’arrière du chariot.
Yurika le suivit de près. Elle arracha son épée au chevalier qu’elle venait d’abattre et se plaça sur son flanc pour le protéger pendant qu’ils se repliaient. À mi-chemin, elle retira son casque.
Le casque avait été façonné pour une autre tête. Lorsqu’elle l’enleva, le rembourrage qu’elle avait utilisé pour combler l’espace tomba au sol, et ses longs cheveux noirs se déployèrent librement dans les airs.
« Ne les laissez pas ouvrir la porte ! Tuez-les tous ! »
« Que quelqu’un aille chercher des soldats ! L’ennemi a pénétré dans la forteresse ! »
Bien sûr, les troupes ducales n’allaient pas rester les bras croisés. Une chevalière sur les remparts, probablement leur commandante, aboya ses ordres ; une voix qui semblait être celle de son aide lui répondit. Les autres chevaliers et les soldats expérimentés, qui commençaient enfin à comprendre la situation, se mirent eux aussi à crier des ordres.
Alors même que l’ennemi se mettait en mouvement, un soldat se rua sur Friedrich, tentant de le transpercer de sa lance. Yurika réagit au quart de tour et lui lança son casque. Le soldat tressaillit ; Friedrich pointa son arbalète et pressa la détente.
Après avoir abattu un ennemi, tous deux avancèrent jusqu’à l’entrée, où leurs camarades formaient rapidement une ligne défensive en demi-cercle.
Friedrich, Yurika, Oliver, Gunther, Yarg et vingt fantassins se retrouvaient déjà encerclés par des troupes ennemies deux fois plus nombreuses.
« Tuez-les ! Massacrez-les tous et refermez complètement la porte ! Ces quelques vermines ne peuvent quand même pas… ! »
Il n’acheva pas sa phrase. Un vieux soldat grisonnant chargea, mais Yurika le tua sur-le-champ. Visiblement sans savoir qu’elle venait d’abattre un chevalier quelques instants plus tôt, l’homme s’était approché avec une confiance excessive, la méprisant à cause de son jeune âge et de son apparence. Il n’eut même pas le temps de se défendre correctement : sa lame lui trancha net la gorge.
Dans une autre direction, un groupe de soldats ennemis se rua sur eux.
« Gardez la formation ! Compensez notre infériorité numérique par le positionnement ! Défendez vos postes et ne leur cédez pas un pouce de terrain ! »
Oliver aboyait ses ordres tout en combattant aux côtés des autres, frappant de son épée depuis l’intérieur de la formation.
Avec une vingtaine d’hommes, ils avaient tout juste de quoi former un demi-cercle autour de la porte. Tant que chacun protégeait son voisin, ils n’avaient à affronter de front qu’à peu près autant d’ennemis qu’ils étaient eux-mêmes.
Certes, les ennemis étaient plus nombreux dans la forteresse, mais ils n’étaient pas tous postés à la porte ouest. En fait, comme s’ils avaient anticipé une attaque du Régiment Ferdinand, la plupart des troupes ducales semblaient avoir été placées du côté est.
Même à présent, des soldats sortis en trombe de leurs baraquements après avoir entendu l’alarme s’apprêtaient à se ruer vers la porte est, persuadés que le Régiment Ferdinand avait lancé l’assaut. Ce ne fut qu’après avoir été redirigés vers l’ouest que certains s’arrêtèrent, désorientés, retardés par le désordre ambiant.
Cette brève confusion lors de leur redéploiement rendait le déséquilibre des forces moins fatal qu’il aurait pu l’être, du moins pour la défense. Ils n’avaient pas besoin d’une victoire totale. Il leur suffisait de tenir la porte, encore à demi fermée, jusqu’à ce qu’elle soit ouverte et que la cavalerie puisse entrer. L’opération serait alors un succès.
Quelques soldats qui ne participaient pas à la formation poussaient de toutes leurs forces contre la porte, l’ouvrant centimètre par centimètre. Pendant ce temps, les troupes ennemies approchaient de plusieurs côtés, mais hésitaient devant la formation compacte qui leur barrait la route.
Friedrich ne l’avait pas prévu, mais les deux chariots garés tant bien que mal devant la porte s’avéraient maintenant être une véritable aubaine. Comme ils occupaient une grande partie de l’accès, les chariots bâchés empêchaient l’ennemi de charger en masse.
Entre les deux chariots, Gunther tenait presque seul la ligne.
« GAAAHHHH !! CREVEZ, BANDE DE SALAUDS !! »
Armé d’une épée aussi massive que sa carrure imposante, Gunther la maniait d’une seule main avec une facilité déconcertante. Les soldats ennemis qui tentaient de passer entre les chariots étaient soit broyés sous ses coups sauvages, soit repoussés par sa furieuse attaque, pareille à une tempête.
Certains essayaient de le piquer avec leurs lances pour profiter de leur plus grande portée, mais Gunther parait chaque estocade avec le bouclier qu’il tenait de l’autre main. Ses attaques étaient désordonnées et féroces, mais sa défense, solide et inébranlable. Un style de combat qui mettait en valeur tout son talent.
Friedrich avait toujours pensé que, si Gunther se retrouvait un jour en première ligne à frapper de son arme de simples soldats, personne ne pourrait lui tenir tête. Sa prédiction s’était réalisée : Gunther combattait désormais comme un démon déchaîné.
« Archers ! Prenez les murs et les toits ! Abattez ceux qui ouvrent la porte ! »
Alors que leur mission semblait sur le point de réussir, les forces de Bachstein prouvèrent qu’elles n’étaient pas à prendre à la légère. La commandante ennemie, cette chevalière qui avait donné le premier ordre, cria de nouveau. En réponse, les archers de l’armée ducale se mirent à tirer depuis les hauteurs.
Une pluie de flèches s’abattit, et deux soldats occupés à ouvrir la porte s’effondrèrent sur place.
Pour ne rien arranger, la confusion initiale des défenseurs commençait à se dissiper. Les ennemis arrivaient de plus en plus nombreux, et le déséquilibre des forces devenait écrasant. Aussi serrée fût-elle, leur formation ne pourrait tenir éternellement face à une telle supériorité numérique. Les défenseurs reculaient peu à peu, et les soldats commençaient à tomber, frappés par les épées, les lances et les flèches ennemies.
« Que quelqu’un atteigne le mécanisme de la porte ! Porteurs de boucliers, couvrez-les ! C’est la vie ou la mort, il n’y a pas de troisième option ! »
« Tout le monde, reculez de deux pas ! Resserrez les rangs ! »
Oliver et Friedrich crièrent chacun leurs ordres, leurs voix perçant le chaos. Le chevalier Yarg et un autre soldat se précipitèrent vers la porte, désormais entrouverte, tandis que plusieurs porteurs de boucliers accouraient pour les protéger. Tous reculèrent d’un même mouvement et la formation combla ses brèches.
L’assaut ennemi s’intensifia. Les camarades de Friedrich se battaient désespérément pour tenir la ligne, s’agrippant à leurs positions avec une détermination farouche. Les flèches sifflaient, les cris de colère résonnaient et les râles des mourants retentissaient. Les armes s’entrechoquaient en tombant au sol, tandis que des gerbes de sang fusaient dans les airs.
Friedrich ne se contentait pas de crier des ordres : il combattait lui aussi. Depuis l’intérieur du demi-cercle, il tendit la corde de son arbalète, y plaça un nouveau carreau et tira. Il visa les archers ennemis postés en hauteur, les harcelant pour les obliger à baisser la tête.
Tout autour de lui, Yurika filait à travers la mêlée. Sur un champ de bataille aussi resserré, les prouesses d’un seul combattant pouvaient faire pencher la balance. En attaquante mobile, elle fonçait vers les points les plus faibles de leur ligne et abattait les soldats ennemis en un clin d’œil.
Oliver maniait désormais un arc et couvrait les soldats qui s’efforçaient encore d’ouvrir la porte. Né dans une famille noble et élevé pour devenir chevalier, il s’était entraîné depuis l’enfance à manier autre chose qu’une épée.
En rechargeant son arbalète, Friedrich balaya les alentours du regard. Ils avaient abattu un bon nombre d’adversaires, mais leurs propres pertes s’alourdissaient rapidement. La ligne ne tiendrait plus très longtemps, peut-être quelques secondes encore. Un côté de la porte était ouvert, mais l’autre… Y arriveraient-ils à temps ?
C’est alors que Friedrich aperçut une vague d’ennemis se ruer sur l’aile gauche de leur formation. À leur tête se trouvait la chevalière, la commandante ennemie en personne, qui chargeait avec plus d’une douzaine de soldats. Elle jouait le tout pour le tout dans cette attaque, espérant briser leur formation d’un seul coup décisif.
« Gunther ! »
Ils étaient allés trop loin pour perdre maintenant. Cette pensée brûlait dans l’esprit de Friedrich tandis qu’il appelait Gunther. Le colosse se retourna et leurs regards se croisèrent un instant. Friedrich désigna d’abord le groupe ennemi qui approchait, puis la caisse du chariot derrière eux.
Gunther avait l’air d’une brute et se battait assurément comme telle, mais il n’était pas stupide. Au contraire, il avait l’esprit vif et savait prendre des décisions rapides ; il comprit aussitôt ce que Friedrich attendait de lui. Sans hésiter, il se retourna et se mit à fouiller le chargement entassé dans le chariot, à la recherche de quelque chose à lancer sur les ennemis qui approchaient.
Pour combler la brèche laissée par Gunther, Friedrich leva son arbalète et tira un carreau dans l’espace entre les deux chariots, repoussant un soldat ennemi qui s’approchait.
Seul quelqu’un d’aussi grand et fort que Gunther pouvait réussir ce qui allait suivre. Dans le fouillis du chargement, il choisit la dernière chose à laquelle on aurait pu s’attendre.
Le prisonnier, le chevalier Roman.
Solidement ligoté, Roman était resté immobile dans le chariot. Et voilà que Gunther soulevait cet adulte bien bâti et entraîné comme s’il s’agissait d’un sac de farine.
« RAAAHHHH !! »
Dans un rugissement guttural, Gunther projeta le chevalier sur l’ennemi comme un boulet de canon.
Roman, toujours ligoté, fendit les airs et atterrit en plein milieu du groupe qui chargeait. Plusieurs soldats furent renversés par l’impact, terrassés par la force brutale du projectile humain et par la surprise. Les autres trébuchèrent sur le tas de corps, leur élan brisé. La charge fut complètement stoppée.
Plus de la moitié du groupe ennemi était à terre. Les cinq ou six autres, furieux ou désespérés, se ruèrent en avant pour tenter de briser les défenses épuisées d’une ultime poussée.
« Arrêtez-les, même s’il faut y laisser la vie ! Encore un peu ! Tenez bon ! »
Oliver décocha la flèche qu’il avait déjà encochée, l’envoyant droit dans la poitrine d’un soldat ennemi qui chargeait. L’homme s’écroula en pleine course. Sans hésiter, Oliver jeta son arc, dégaina son épée et replongea dans la formation.
Grâce aux efforts désespérés d’Oliver et des soldats, la formation tint tant bien que mal, mais une brèche s’ouvrit. Un soldat ennemi se glissa à travers les rangs.
Et ce soldat n’était autre que la commandante ennemie.
« MEURS ! »
Sa cible était évidente : Friedrich, accroupi à l’intérieur de la formation, qui rechargeait son arbalète et se trouvait complètement sans défense.
Il savait qu’il n’aurait pas le temps. Impossible de recharger, pas le temps de dégainer son épée. Alors, Friedrich se prépara à encaisser le coup, levant son arbalète comme un bouclier dérisoire face à son attaque mortelle.
Mais le coup ne s’abattit pas.
Sans un bruit, Yurika s’interposa entre eux et intercepta l’attaque. Profitant de l’élan de sa course, elle porta un puissant coup de taille. À son crédit, la commandante ennemie réagit avec une rapidité remarquable et leva son épée juste à temps pour parer le coup.
« Je ne te laisserai pas tuer Friedrich ! »
« Toi ! Comment oses-tu porter l’armure de Roman ?! »
Leurs lames s’entrechoquèrent et leurs regards furieux se croisèrent. Elles s’échangèrent des paroles venimeuses au milieu du combat, puis bondirent en arrière simultanément, reprirent leur garde et se jetèrent de nouveau l’une sur l’autre.
L’acier heurta l’acier dans une succession rapide de coups. Les deux femmes croisèrent le fer à plusieurs reprises, sans qu’aucune ne prenne l’avantage. Aucun coup décisif ne fut porté.
La commandante ennemie était à la hauteur de Yurika.
Pour une commandante des forces ducales, réputées avoir peu d’expérience réelle du combat, sa technique était remarquable. Elle compensait largement son manque d’expérience par son seul talent ; son calme intrépide et inébranlable face à un véritable combat à mort prouvait qu’elle n’était pas une adversaire ordinaire.
« Yurika ! »
Friedrich cria son nom.
Sans se retourner, Yurika asséna un coup particulièrement violent, obligeant la commandante ennemie à se défendre. Profitant de cette brève ouverture, elle bondit en arrière pour mettre de la distance entre elles.
Ce ne fut qu’un instant, mais c’était suffisant.
Friedrich, qui avait fini de recharger, tira avec son arbalète.
Le carreau fila droit vers le cœur de la commandante ennemie. Mais elle pivota au tout dernier instant. Le carreau la frappa à l’épaule et elle s’effondra au sol.
« Dégagez le passage ! La charge arrive ! »
C’était la voix du chevalier Yarg qui retentissait.
Les portes étaient désormais grandes ouvertes.
Friedrich et ses hommes rompirent rapidement les rangs et se plaquèrent contre les murs, de part et d’autre de la porte, afin de ne pas gêner l’assaut imminent.
« Tenez la porte ! Arrêtez-les à tout prix ! »
Se tenant l’épaule blessée, la commandante ennemie se releva de force et hurla. Ses soldats se ruèrent en avant dans un ultime effort pour barrer l’entrée…
… mais furent balayés sans merci par la cavalerie qui s’engouffra par les portes.
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