Chapitre 43
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Traducteur : Abood
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◈ Le Champ de bataille de Friedrich
Chapitre 43 : Nouvelle recrue (2)
« … Ce gringalet est le fils adoptif du héros Matthias Hosenfeld ? »
Gunther ouvrit de grands yeux, l’incrédulité — et même une pointe d’irritation — se lisant sur son visage.
« Hé, une seconde ! C’est quoi son problème, à celui-là ? Une simple recrue qui se permet de parler comme ça à mon Friedrich ? »
Yurika manifesta ouvertement son hostilité, tandis que Friedrich, à ses côtés, se contenta d’esquisser un léger sourire, sans paraître troublé. Cette réaction même dut déplaire à Gunther, car son expression s’assombrit davantage.
« Bon sang, cette plaisanterie va trop loin. Ce type, qui sourit bêtement avec une femme à son bras, serait l’héritier du héros que j’admirais ? … Quelles combines as-tu utilisées pour te faire une place ? »
À ces mots, Friedrich conserva son sourire, mais ses yeux se plissèrent brusquement.
Il savait bien qu’il n’avait ni l’allure ni la prestance d’un homme imposant. La déception de la recrue était compréhensible, et il ne lui en aurait pas tenu rigueur.
Mais insulter sa détermination, son choix d’hériter de la succession de Matthias après avoir fait ses preuves au combat et dans l’adversité, et pire encore, entendre Yurika réduite à « une femme à son bras » ? Ça, il ne pouvait pas le tolérer.
« Tu ne manques pas de culot, recrue. Comment t’appelles-tu ? »
« Hein ? »
Friedrich s’avança jusqu’à Gunther et lui posa la question. La recrue le toisa d’un air menaçant, mais Friedrich ne broncha pas, même face à ce visage assez terrifiant pour faire défaillir les hommes les plus faibles.
Au fond, se dit Friedrich, cet homme colossal qui lui faisait face n’était pas différent de Bruno : il avait déjà tué. Bruno ne lui avait jamais fait peur, et Friedrich avait désormais lui aussi ôté des vies. Il n’avait aucune raison de craindre cet homme.
Il n’éprouvait pas la moindre peur. Il était seulement agacé par les complications que cela risquait d’entraîner. Une situation pénible, rien de plus.
« Je vois… C’est donc ça, être sous-estimé… »
Friedrich pencha la tête d’un air contrarié et marmonna pour lui-même.
En tant qu’héritier de la Maison Hosenfeld, il pouvait certes contraindre cette recrue à s’excuser ou à obéir en invoquant l’autorité de Matthias. Mais cela n’aurait servi à rien. Un fils adoptif incapable de commander aux nouvelles recrues sans se cacher derrière le prestige de son père adoptif ne serait jamais reconnu par quiconque comme le véritable successeur du héros Matthias.
« Mettons les choses au clair, une par une. D’abord, cette femme est la chevalière Yurika, une vassale de la Maison Hosenfeld, affectée à la garde rapprochée du quartier général du régiment et chargée de ma protection personnelle. Elle n’est pas là parce qu’elle a un faible pour moi, mais parce qu’elle est forte. Plus forte que toi, probablement. »
« …… »
« Si tu en doutes, tu peux toujours vérifier. Ici même. Tout de suite. »
Friedrich lança ces paroles à Gunther, dont l’aura devenait de plus en plus meurtrière, puis jeta un coup d’œil à Yurika. Elle lui adressa un grand sourire et hocha la tête.
« Alors, recrue ? Tu peux te dégonfler, si tu veux. »
« Certainement pas. Allons-y. »
À peine Gunther eut-il craché ces mots à Yurika que le chevalier vétéran Yarg, qui avait dû entendre leur échange, arriva avec deux épées de bois : une grande et une fine. Il tendit la première à Gunther et la seconde à Yurika.
La nouvelle que Yurika allait affronter la recrue en combat d’entraînement se répandit aussitôt dans le terrain d’exercice. Des chevaliers accoururent pour assister au spectacle, bientôt suivis par des soldats, et une foule grandissante se forma autour des futurs adversaires.
« Ça prend une tournure plus sérieuse que prévu. »
Friedrich fit cette remarque, et Oliver haussa les épaules.
« Ce n’est pas plus mal, au fond. Cette recrue se distingue des autres, autant par sa carrure que par son attitude. Si Yurika rabat son caquet, ça fera une bonne leçon pour tout le monde. Et pour lui, ce sera une expérience précieuse. »
Friedrich se tourna vers Matthias, qui croisa son regard et hocha la tête d’un air légèrement exaspéré. À côté de lui, Gregor haussa brièvement les épaules.
Ils semblaient tous deux quelque peu agacés, mais ne s’opposaient manifestement pas au combat d’entraînement. Friedrich prit cela pour un accord tacite, leur rendit leur signe de tête, puis reporta son attention sur Yurika.
Les spectateurs formaient déjà un cercle autour d’elle et de Gunther. Au centre de l’espace dégagé, ils se faisaient face, épées de bois en main, tandis que Yarg se tenait entre eux en arbitre.
« Écoute bien, recrue. Même avec des épées de bois, les coups directs sont interdits. Je ne sais pas comment on s’entraînait là d’où tu viens, mais dans l’armée du royaume, les règles sont les mêmes pour tous. On nous paie pour risquer notre vie au service de la couronne, pas pour la gaspiller dans des blessures inutiles. »
« Compris. »
Gunther acquiesça docilement aux consignes de Yarg.
De toute évidence, cet homme décidait s’il devait obéir aux autres en fonction de leur apparence. Si quelqu’un avait l’air d’un vrai chevalier, il l’écoutait sans poser de questions. Comprenant cela, Yurika afficha un sourire narquois, sans la moindre crainte.
Elle était résolue à lui faire reconnaître, s’il le fallait par la force, qu’elle-même et Friedrich, qu’elle aimait, méritaient son respect.
« Bien. Que le combat commence ! »
« RAAAAAAAH ! »
À peine Yarg eut-il donné le signal que Gunther poussa un rugissement bestial et abattit son épée de bois.
La seule violence de son cri de guerre aurait fait fuir un soldat ordinaire. Pourtant, malgré le poids de son épée de bois, qui exigeait une force considérable, il la maniait avec une facilité déconcertante. Son assaut furieux, telle une tempête déchaînée, ne parvint pas à acculer Yurika.
L’épée toujours baissée, Yurika n’avait même pas besoin d’esquiver : les coups de Gunther ne l’effleuraient pas. Tout au plus le souffle de ses moulinets faisait-il légèrement onduler ses longs cheveux noirs.
« … Il se bat en ne comptant que sur son physique. Il a dû apprendre tout seul. Il a dit que son père était un ancien mercenaire. »
« Alors soit son père n’était pas très doué à l’épée, soit lui-même n’a pas retenu grand-chose de son enseignement. L’un ou l’autre. »
Friedrich et Oliver échangèrent ces observations en suivant le combat.
Les attaques de Gunther étaient lourdes et dévastatrices, mais cette force même les rendait amples et lentes. Sur la ligne de front, avec une arme démesurée et sa carrure exceptionnelle, il aurait peut-être été inarrêtable. Mais dans un duel singulier contre un combattant aguerri ? Il était clairement dépassé.
Et Yurika, dont l’agilité était la plus grande force, était précisément l’adversaire qu’il ne fallait pas lui opposer. Il ne pouvait pas tomber plus mal.
Yurika continuait d’esquiver sans effort le déchaînement de Gunther, avec une grâce désinvolte, et allait jusqu’à sourire. Son attitude, comme si elle s’amusait à laisser un enfant jouer, ne faisait qu’exaspérer davantage Gunther, dont la frustration se lisait sur le visage.
« Bon sang ! Arrête de te moquer de moi et bats-toi sérieusement ! »
« Heu ? Si je m’y mettais vraiment, tu serais mort en quelques secondes. Ce serait dommage, non ?! »
Avec un sourire intrépide, Yurika passa à l’attaque sans presque annoncer son mouvement.
« Qu— ?! »
Pris de court par ce brusque coup horizontal, Gunther eut tout juste le temps de ramener son épée pour parer.
L’attaque de Yurika était si légère que l’épée que Gunther tenait prête à frapper frémit à peine au contact. Mais dès qu’il s’en rendit compte, Yurika lança déjà son coup suivant. Une estocade ascendante le força à bondir en arrière pour l’éviter.
« … Il se défend mieux que je ne le pensais. Mais combien de temps tiendra-t-il face à Yurika ? »
« Elle n’est encore qu’à moitié sérieuse. Si elle décidait d’en finir, elle pourrait le battre quand elle le voudrait. »
Friedrich et Oliver échangèrent ces mots tout en observant le combat.
Gunther faisait preuve d’un talent défensif surprenant. Malgré son gabarit imposant, il maniait son épée avec une dextérité inattendue et la déplaçait habilement pour se protéger. Pourtant, même ainsi, il ne faisait pas le poids face à Yurika.
Peut-être était-ce parce qu’elle avait livré sa première véritable bataille après un entraînement rigoureux, ou parce qu’elle avait pris ses résolutions aux côtés de Friedrich ; toujours est-il que Yurika avait franchi un nouvel obstacle en tant que chevalière, et que son talent était désormais plus affûté que jamais. Elle avait toujours possédé un don naturel pour le maniement du corps, et ses attaques se distinguaient par des mouvements préparatoires réduits au minimum. Mais, ces derniers temps, elle avait même appris à dissimuler son intention meurtrière.
Au combat, deux éléments permettent d’anticiper les mouvements de l’adversaire : les gestes préparatoires qui précèdent une attaque et l’intention meurtrière émise par tout être combattant. En réduisant ces deux indices au minimum, Yurika rendait ses frappes presque impossibles à lire pour ceux qui lui faisaient face.
Contraint de se défendre sans relâche et visiblement à bout, Gunther finit par se faire balayer les jambes et s’écrasa sur les fesses. Avant qu’il ait pu réagir, la pointe d’une épée de bois se retrouva devant son visage ; Yurika avait arrêté son estocade à la perfection, conformément aux règles. Pour tous les témoins, l’issue ne faisait aucun doute.
Notes de bas de page :
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