Chapitre 42
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Abood
Discord :<a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://discord.com/yT4GsFAYRf"> </a><a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a><a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://discord.com/yT4GsFAYRf">
</a>
◈ Le Champ de bataille de Friedrich
Chapitre 42 : Nouvelle recrue (1)
« Au fait, la nouvelle de ton adoption par le comte Hosenfeld fait pas mal parler les habitants. Elle semble s’être propagée par l’intermédiaire des membres de notre régiment et de leurs relations parmi la noblesse. »
Quelques jours après la réception au château royal, alors qu’il attendait sur le terrain d’entraînement du quartier général militaire, Friedrich entendit Oliver lui dire cela.
« … Quelles rumeurs circulent ? »
« Au début, pendant une semaine ou deux, seuls les faits semblent s’être répandus : comment tu as prétendu à tort être le fils illégitime de Monseigneur en réprimant des bandits, et comment il a reconnu ton talent. Puis, comment tu t’es distingué lors de la récente bataille avant d’être adopté par Monseigneur. »
Friedrich posa la question avec une légère inquiétude. Oliver lui répondit en touchant la cicatrice sur sa joue, une blessure permanente reçue lors de la bataille précédente qu’il avait pris l’habitude de frôler de temps à autre.
« … Et ensuite ? »
« Depuis quelques semaines, les gens ont commencé à y mêler leurs propres suppositions farfelues. On s’étonne parfois que tu aies été orphelin ; d’autres doutent qu’un type comme toi soit vraiment digne de succéder à un héros, voire s’en moquent. Certains vont même jusqu’à dire : “C’est louche qu’un garçon aussi doué ait été orphelin. Peut-être qu’il est bel et bien le fils illégitime du héros, après tout.” »
« Pff… Ils racontent vraiment n’importe quoi, hein ? »
Friedrich ne put retenir un sourire amer.
Même si la « propagande » royale promise par la princesse héritière Claudia venait à se répandre, elle changerait peut-être un peu les ragots des habitants, mais il ne fallait pas s’attendre à un effet immédiat.
« Ne t’en fais pas. C’est dans la nature des rumeurs. Si elles deviennent trop extrêmes, la Maison Hosenfeld ou la famille royale prendra sans doute des mesures. »
« … Tu as raison. On ne peut rien y faire, pour l’instant. Au bout du compte, il me suffit de progresser et d’accomplir des exploits à la hauteur de ma position. »
« Voilà qui est mieux. »
Oliver lui tapota familièrement l’épaule tandis que Friedrich poussait un discret soupir.
Même après l’adoption de Friedrich par la Maison Hosenfeld et l’annonce officielle de son nouveau statut d’héritier de Matthias, rien n’avait changé entre eux.
À vrai dire, après avoir surmonté tant de crises et survécu ensemble à des situations où leur vie ne tenait qu’à un fil, ils s’étaient encore rapprochés, nouant cette camaraderie sans façons qui unissait de véritables compagnons d’armes.
« Hé, Friedrich, on dirait qu’ils arrivent. »
En entendant la voix de Yurika à côté de lui, Friedrich se tourna dans la direction qu’elle indiquait. Oliver regarda lui aussi de ce côté.
Gregor et plusieurs chevaliers conduisaient des dizaines de soldats sur le terrain d’entraînement, où Friedrich et les membres du Régiment Ferdinand les attendaient.
« … Ce sont les recrues ? »
« De là où nous sommes, ils n’ont pas l’air complètement désespérants. Surtout pour des hommes issus de l’unité d’instruction. »
« Ouais, ils n’ont pas l’air totalement bons à rien. Tant mieux. »
Friedrich, Oliver et Yurika observèrent les nouvelles recrues et échangèrent leurs impressions.
Lors de la récente bataille dans les plaines du Nord, le Régiment Ferdinand avait perdu trente-huit hommes. Une vingtaine d’autres avaient été grièvement blessés et n’avaient eu d’autre choix que de quitter le front : certains avaient perdu un membre, d’autres en gardaient des séquelles permanentes.
Malgré sa victoire, le Régiment Ferdinand avait subi des pertes sans commune mesure avec celles de ses précédentes escarmouches contre le Royaume d’Arelia. On avait donc puisé dans les unités d’instruction pour remplacer les hommes tombés au combat.
Pour l’heure, rien n’indiquait qu’Arelia préparait un mouvement d’envergure. Ses forces armées totales, en comptant l’armée royale et celles des nobles, s’élevaient à environ vingt mille hommes. Mais ce chiffre incluait les troupes défendant les terres historiques du royaume, ainsi que celles chargées de maintenir l’ordre dans les territoires annexés. Les forces qu’Arelia pouvait réellement déployer pour une invasion à l’est étaient estimées à environ huit mille hommes, issus de l’ancien Royaume de Loire et du Royaume de Myurei, auxquels s’ajoutaient des renforts du centre du pays.
Même ces huit mille hommes devaient être répartis sur un vaste territoire, puisqu’il leur fallait surveiller non seulement Edelstein, mais aussi le Royaume de Novakia. Pour ce qui était des forces immédiatement disponibles, Edelstein n’était donc nullement dépassé.
À moins qu’Arelia ne procède à une conscription désespérée de civils dans d’autres régions ou que Novakia, leur adversaire commun, ne s’effondre soudainement, Edelstein ne courait pas de danger imminent.
Mais la guerre était imprévisible. Même si la situation semblait stable, nul ne pouvait savoir comment elle évoluerait dans quelques mois. C’était précisément pour cela qu’il était essentiel que le Régiment Ferdinand réorganise ses forces tant qu’il en avait encore le loisir.
« Alors, commençons les formalités d’accueil. »
Sur ces mots, Oliver s’avança vers les chevaliers et les soldats qui attendaient, et leur ordonna de se rassembler à l’avant. Friedrich et Yurika gagnèrent le centre du terrain d’entraînement.
Gregor se hâta de rejoindre Matthias, le salua et lui fit son rapport.
« Monseigneur, j’ai amené cinquante-cinq soldats de remplacement issus de l’unité d’instruction afin de renforcer le Régiment Ferdinand. »
« Bien joué, Gregor. Fais-les se ranger ici, devant nous. »
« Tout de suite ! »
Gregor aboya ses ordres aux recrues ; sa voix porta sur tout le terrain tandis que les nouveaux soldats formaient un rang bien droit. En les regardant se mettre en place, Friedrich fit remarquer à Gregor :
« Ils ont l’air en assez bonne condition physique, mais leur entraînement semble un peu léger. »
Gregor lui répondit en observant les rangs, les sourcils froncés.
« N’oubliez pas qu’ils n’ont été affectés à l’unité d’instruction qu’au printemps dernier. Ils ont moins de six mois d’expérience. »
Friedrich commençait tout juste à s’habituer au ton formel que Gregor employait avec lui.
« Le capitaine de l’unité d’instruction m’a dit qu’ils avaient au moins pu leur enseigner les bases de la coordination en unité et un minimum de discipline. Pour le reste, il nous a demandé de les former en les intégrant au régiment comme nouvelles recrues. »
« … La discipline ? »
« Ne pas dégainer contre un camarade qu’ils n’aiment pas. Ne pas massacrer les prisonniers qui se sont rendus. Ne pas piller ni s’en prendre aux civils, même ennemis. Ce genre de leçons. »
À ces mots, Friedrich afficha un air franchement consterné.
« S’ils avaient besoin qu’on leur apprenne tout ça… »
« Ce sont d’anciens mercenaires. Et pas des hommes issus de compagnies réputées, où règne une vraie discipline : ce sont plutôt des types qui auraient tout aussi bien pu être des bandits. Le capitaine m’a dit qu’en cherchant des recrues capables d’être rapidement prêtes au combat, ils étaient forcément tombés sur beaucoup d’hommes de ce genre. Pour être franc, c’est inquiétant. »
Friedrich acquiesça au commentaire à voix basse de Gregor, l’air partagé.
Il n’avait lui-même que peu d’expérience militaire et se demandait s’il saurait vraiment diriger des recrues qui comprenaient à peine ce qu’était la discipline — si tant est qu’elles la comprennent.
« Il faut savoir s’y prendre avec des hommes comme eux. Mais si tu comprends comment les employer et que tu t’y prends bien, ils deviendront des soldats fiables. »
Friedrich se retourna alors vers Matthias.
« Savoir s’y prendre ? »
« Exactement. L’essentiel, c’est de ne pas les laisser te prendre de haut. »
Matthias sourit et hocha la tête en direction de son fils adoptif, qui penchait légèrement la tête en réfléchissant.
« Les officiers ont la vie de leurs soldats entre les mains. C’est pourquoi les soldats ne leur témoignent pas de respect simplement en raison de leur rang ou de leur statut, surtout quand il s’agit d’anciens mercenaires. Ces hommes viennent d’un monde où les forts font la loi et où ceux qu’on sous-estime se font éjecter de leur position… Tu devras travailler dur pour gagner leur respect sans te laisser rabaisser, et établir avec eux une vraie relation de confiance. Les débuts sont particulièrement importants. »
« … Je vois. »
Friedrich répondit par un sourire ironique.
・・・・・・
Les recrues rassemblées et les membres du régiment se tenaient au garde-à-vous. Matthias monta sur l’estrade en tant que commandant de régiment, entouré de ses officiers : Gregor, son adjoint, les commandants de bataillon et, à l’extrémité de la ligne, Friedrich.
« Recrues, vous avez de la chance d’intégrer l’armée royale après moins de six mois de formation : c’est une exception due à la guerre. Mais comprenez bien ceci : vous n’êtes pas encore des soldats accomplis. Vous n’êtes plus des mercenaires. Vous êtes désormais des soldats du royaume. Soyez-en fiers et consacrez-vous à votre devoir. »
Matthias commença d’une voix calme, mais incontestablement autoritaire, tout en les passant en revue. Son regard parcourut leurs rangs, et le poids de ses paroles se posa sur eux comme une armure.
« C’est tout. Bienvenue au Régiment Ferdinand. »
« Saluez le commandant de régiment ! »
La voix de Gregor retentit, et les recrues saluèrent d’un seul mouvement.
Leur salut était loin d’être parfaitement synchronisé, mais le respect qu’ils vouaient au commandant de régiment ne faisait aucun doute. Après tout, ceux qui avaient délibérément choisi de s’engager dans l’armée du Royaume d’Edelstein ne pouvaient ignorer Matthias Hosenfeld, le héros vivant du royaume.
La cérémonie d’accueil du régiment terminée, on commença à répartir les cinquante-cinq nouveaux venus dans leurs unités respectives.
« Ceux qui ont moins de trois ans d’expérience comme mercenaires, par ici ! Cessez de traîner ! »
« Ceux qui savent manier l’arc, rassemblez-vous ici ! »
Sans avoir la rapidité et la précision attendues de soldats royaux, les recrues se déplaçaient tout de même avec bien plus d’efficacité que de simples conscrits.
« Y en a-t-il parmi vous qui savent combattre à cheval ? Avancez si c’est le cas. »
Oliver lança cet appel. Plusieurs recrues se rassemblèrent en réponse.
« Nous allons d’abord évaluer vos compétences. Toi, commence. »
Oliver examina ensuite les talents d’équitation de chacun, un par un.
Il vérifia leur assiette en selle, leur maîtrise des rênes, leur capacité à lancer leur monture au galop, à manier une arme à cheval et à toucher leur cible d’un seul coup depuis leur monture.
Au terme de ces évaluations techniques, Oliver ne jugea qu’une seule des recrues présentes apte à servir dans la cavalerie.
« Recrue, quel est ton nom ? Où as-tu appris à monter et à manier les armes ? Pourquoi t’engager dans l’armée royale ? »
« Gunther, monsieur. Mon vieux était un ancien mercenaire, alors il m’a appris à monter et à manier les armes. Je suis le troisième fils d’un fermier et je n’ai aucune terre à hériter, alors j’ai quitté la maison pour devenir mercenaire. J’ai fait partie de quelques petites bandes, mais j’ai rencontré une femme et maintenant, on attend un enfant. Je me suis dit que j’allais m’installer dans ce royaume et devenir un vrai soldat. »
La recrue Gunther était bâti comme un ours. Plus imposant encore qu’Oliver, pourtant bien charpenté, son corps gigantesque était couvert de muscles qui évoquaient des montagnes. Son visage avait quelque chose d’aussi redoutable qu’un ours en colère.
« Recrue Gunther, veux-tu devenir chevalier ? »
« Si quelqu’un comme moi en a la possibilité. »
« … Très bien. »
Gunther répondit sur un ton quelque peu provocateur, ce à quoi Oliver réagit par un sourire en coin.
« Pour le moment, nous avons besoin de tous les cavaliers compétents que nous pouvons trouver. Je vais t’intégrer à mon escadron comme écuyer. Tu seras au plus bas de la hiérarchie de la cavalerie, traité comme un simple soldat, à ceci près que tu auras le droit de monter. »
Lors de la bataille précédente, trois chevaliers avaient péri au sein des forces principales et du détachement. Deux des postes pouvaient être confiés à des remplaçants issus de la noblesse, mais le dernier restait vacant. On avait donc décidé de choisir comme écuyer toute recrue prometteuse. Comme le chevalier Noela avait été tuée, Oliver avait reçu l’autorisation de choisir un écuyer pour son propre escadron.
« La force seule ne suffit pas à faire de toi un chevalier. Si je te juge digne de le devenir, je te recommanderai moi-même au comte Hosenfeld. Compris ? »
« Compris. »
Gunther répondit sans détour, et Oliver hocha la tête d’un air satisfait.
« Je suis le chevalier Oliver Falke. Ravi de travailler avec toi, Gunther… Hé, qu’est-ce qu’il y a ? »
En entendant Oliver se présenter, Gunther fronça les sourcils. Oliver lui lança un regard perplexe, ce qui poussa Gunther à parler, le visage toujours crispé par le mécontentement.
« Non, je croyais que vous étiez… Attendez, non, c’est vous, le seigneur Friedrich, le fils adoptif du comte Hosenfeld ? »
Oliver eut un petit rire en l’entendant.
« Non, je ne suis qu’un chevalier ordinaire. Friedrich, c’est… enfin, le type aux cheveux cramoisis, là-bas. »
« Hein ? »
Oliver désigna Friedrich, qui passait justement près d’eux. Celui-ci s’arrêta et se retourna.
« … Ce gringalet serait le fils adoptif du héros Matthias Hosenfeld ? »
Les yeux de Gunther s’écarquillèrent. Son expression trahissait l’incrédulité, ainsi qu’une pointe d’agacement.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>