Chapitre 34
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Abood
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◈ Le Champ de bataille de Friedrich
Chapitre 34 : La bataille du col de montagne (3)
« L’ennemi approche ! »
Le commandant des archers cria depuis la forêt. Friedrich et les autres se retournèrent et virent une trentaine de soldats de l’arrière-garde ennemie s’avancer dans les bois, décidés à éliminer les derniers embusqués.
Tandis qu’ils peinaient à gravir la pente escarpée et boisée, la moitié des assaillants furent abattus par les flèches avant d’arriver au contact.
Mais les quinze autres se ruèrent en avant et fondirent sur les archers.
Bien que tous les soldats réguliers d’Edelstein fussent entraînés au combat rapproché, les archers ne faisaient pas le poids face à des chevaliers ou à des fantassins. Pour ne rien arranger, ils avaient cédé leurs armures de rechange aux paysans enrôlés, se retrouvant ainsi dangereusement exposés.
Contraints de se battre au corps à corps avec une protection minimale, les archers se trouvaient dans une situation désespérée.
« C’est le commandant ! »
« Si on l’abat, la victoire est à nous ! Tuez-le !! »
Plusieurs soldats ennemis franchirent la ligne des archers et remontèrent la pente droit vers Friedrich.
« Atten… ? »
Le visage de Friedrich se crispa lorsque leurs regards, chargés d’une hostilité meurtrière, se braquèrent sur lui. Son armure de cuir légère et son manteau noir, l’équipement habituel d’un officier d’Edelstein, avaient attiré leur attention. Posté à l’écart du front pour observer, il avait été pris pour un commandant.
Une méprise qui allait lui coûter la vie.
« Reste derrière moi. »
Yurika, vêtue d’une armure de cuir semblable à la sienne, s’avança, l’épée dégainée, pour protéger Friedrich, puis se jeta sur le premier assaillant.
« Quoi… ?! »
Le combat fut réglé en quelques instants.
Le premier soldat avait sous-estimé la jeune femme qui lui barrait la route et, probablement épuisé par l’ascension, réagit trop lentement. Son épée lui échappa des mains lorsque Yurika para son coup ; désarmé, il ne put rien faire quand sa lame lui transperça le ventre.
« Putain ! »
Le deuxième assaillant ne se laissa pas surprendre, mais manquait de talent. Lorsqu’il frappa à l’horizontale, Yurika se baissa sans effort et lui faucha les jambes.
« A-attends, pitié… »
Sa supplication resta inachevée. L’épée de Yurika s’abattit avant qu’il ait pu se relever et lui fendit le crâne découvert, son casque ayant roulé au loin pendant sa chute.
« Raaaaagh ! »
Un troisième soldat se rua aussitôt sur Yurika. Plus habile que les deux précédents, il portait des coups précis. Elle ne se laissait pas dominer, mais peinait à en finir rapidement avec lui.
Tandis que ce troisième adversaire la retenait, les deux derniers contournèrent le groupe pour s’approcher de Friedrich.
« La tête du commandant est à nous ! »
Le premier soldat découvrit ses dents dans un rictus féroce. Son crâne rasé était balafré, son visage encadré d’une barbe hirsute et ses muscles semblaient taillés dans la pierre. Un vétéran aguerri. Friedrich se tourna tout à fait vers lui, le visage tendu.
Puis le regard de l’ennemi s’abaissa vers les mains de Friedrich, qui apparaissaient sous son manteau. Une arbalète chargée, pointée à hauteur de la hanche.
« Hein… ? »
Friedrich pressa la détente avant que la surprise du soldat ait pu s’estomper.
À bout portant, le carreau lancé à grande vitesse ne lui laissa aucune possibilité de se défendre ou d’esquiver : il lui traversa la poitrine sans pitié.
Sur le champ de bataille, il n’y avait pas de règles. Malgré sa lenteur au rechargement, l’arbalète était une arme d’une puissance inégalée, et venait d’abattre un adversaire bien supérieur en habileté comme en expérience.
« Merde !! Espèce d’enfoiré !! »
Le dernier ennemi, un soldat plus jeune, chargea, le visage déformé par la rage.
Impossible de recharger. Friedrich abandonna l’arbalète, dégaina son épée et se prépara à affronter son adversaire. Son visage se crispa davantage tandis qu’il s’efforçait de retrouver son équilibre. Il inspira et expira rapidement pour calmer ses nerfs. Ce n’était que sa deuxième bataille, mais la première fois qu’il levait une arme contre un ennemi.
À présent, seuls sa lame et le bras qui la tenait pouvaient le protéger. L’ennemi s’approchait, affichant ouvertement ses intentions meurtrières. C’était la réalité.
« Meurs !!! »
Friedrich leva sa propre lame pour parer le coup du soldat.
L’acier heurta l’acier dans un fracas dur et retentissant. Ce n’était pas le bruit sourd des épées de bois utilisées pour s’entraîner, ni celui des armes émoussées, mais le son mortel de l’acier véritable. Le choc remonta le long de son bras et secoua tout son corps
La force du choc fit reculer les deux combattants d’un pas.
Tandis que l’ennemi se préparait à porter une nouvelle estocade…
… Yurika frappa.
Elle avait déjà éliminé son troisième adversaire et arriva dans le dos du soldat, hors de son champ de vision. Sa lame brilla et lui transperça la gorge avant qu’il ait pu réagir.
« Ghh… !? »
Le soldat s’effondra dans une gerbe de son propre sang, les yeux écarquillés par la stupeur, sans jamais comprendre d’où venait l’attaque.
À ce moment-là, la dizaine d’ennemis qui avaient pénétré dans les bois avaient tous été abattus par les archers ou s’étaient repliés vers le col. Malgré leur armure plus lourde, les soldats réguliers d’Edelstein n’auraient pas perdu un combat au corps à corps contre une force deux fois moins nombreuse.
« Friedrich, ça va ? »
« Ça va. Et toi, tu n’es pas blessée ? »
« Tout va bien~ ! Je suis juste contente que tu sois sain et sauf. »
Friedrich parvint à sourire devant le visage de Yurika, maculé de sang, et son large sourire.
Pendant ce temps, la bataille faisait rage le long du col de montagne.
Oliver, qui avait mené la charge en personne, venait d’abattre un autre soldat ennemi quand il leva les yeux et croisa le regard d’un chevalier adverse. C’était le commandant qui avait chevauché à la tête de son détachement jusqu’à ce qu’une flèche fasse tomber son cheval. La qualité de son armure trahissait un noble de haut rang.
Ce commandant venait lui aussi de tuer l’un des hommes d’Oliver. Leurs visières dissimulaient leurs expressions, mais leurs regards se croisèrent avec une netteté parfaite.
Chacun reconnut son prochain adversaire.
« Je suis le chevalier Oliver Falke ! Je vais prendre ta tête ! »
« Baron Vincent Alanbure ! Essaie donc, gamin ! »
La voix qui lui répondit n’avait décidément rien de jeune. Oliver connaissait le nom des Alanbure, autrefois illustre parmi la noblesse de Loire.
Vincent leva son épée avec l’intensité d’un prédateur. Oliver frappa le premier.
Son premier coup était une feinte destinée à pousser Vincent à se découvrir. Comme prévu, celui-ci leva son épée pour dévier la lame d’Oliver.
Oliver pivota aussitôt le poignet pour enchaîner, mais Vincent para le coup de la seule main gauche, protégée par son gantelet.
L’acier avait arrêté la lame, mais le choc aurait dû le faire chanceler. Pourtant, Vincent tressaillit à peine et reprit sa garde, les deux mains sur son épée.
Ils échangèrent encore plusieurs coups. Oliver était moins habile et moins expérimenté, mais l’âge de Vincent et la fatigue accumulée depuis le début du jour faisaient pencher la balance de l’endurance en sa défaveur.
Les mouvements de Vincent commencèrent à ralentir légèrement. Oliver saisit l’ouverture, fila sur la gauche et visa le flanc, protégé par une cotte de mailles moins résistante.
Pourtant, Vincent esquiva complètement le coup. Il avait réussi à éviter la lame, alors qu’elle était venue de près de l’angle mort que lui imposait son casque.
L’instinct d’un chevalier vétéran ? Tandis qu’Oliver, stupéfait, vacillait, Vincent bondit sur lui, mettant tout son poids et sa masse cuirassée dans l’assaut, propulsé par une puissante poussée du pied droit.
Encore déséquilibré par son estocade manquée, Oliver ne put pas se préparer à temps. Il s’écroula sur le dos et, lorsqu’il tenta de se relever, Vincent le dominait déjà de toute sa hauteur.
La lame du baron visait la fente étroite de la visière d’Oliver, l’ouverture qui lui permettait de voir.
Vincent hésita. Il devait croire le combat gagné.
Cette hésitation décida de tout.
La main droite d’Oliver, toujours crispée sur son épée malgré sa chute, jaillit vers le haut. La lame s’enfonça profondément dans la cuisse de Vincent, à l’endroit où l’armure cédait la place à la chair. D’un geste brutal, Oliver déchira les muscles et la peau, sectionnant une artère majeure.
Le sang jaillit de la blessure. Lorsque Vincent s’effondra à genoux, l’épée d’Oliver trouva sa gorge découverte.
« …… »
Vincent mourut sans un bruit. Son corps s’effondra comme une armure privée de son support.
Vainqueur, Oliver commença par arracher l’épée fichée dans son casque.
Quand il retira son heaume, une profonde entaille apparut sur sa joue gauche.
« Vous vous êtes bien battu, seigneur Alanbure. »
Il rendit hommage à son adversaire tombé avec toute la dignité d’un chevalier.
Lorsqu’il avait été jeté à terre, la jugulaire d’Oliver s’était desserrée et son casque avait légèrement tourné. Ce décalage lui avait sauvé la vie : au lieu de traverser sa visière, la lame avait tracé une profonde balafre depuis son nez jusqu’à sa pommette, entaillant sa chair jusqu’à l’os sans le tuer.
Si son casque n’avait pas bougé, si l’angle avait été ne serait-ce qu’un peu différent, la lame lui aurait transpercé l’œil gauche et le cerveau.
Il avait frôlé la mort. Seule une chance insolente l’avait épargné.
À cette pensée, Oliver se releva et retira le casque de Vincent. Le visage qu’il découvrit correspondait à la voix entendue plus tôt : celui d’un homme grisonnant, au crépuscule de sa vie, qui avait tout d’un guerrier aguerri.
Oliver leva son épée.
« Le baron Alanbure est tombé ! Votre commandant est mort ! »
Sa voix porta sur tout le champ de bataille. Amis et ennemis se figèrent, tous les regards rivés sur Oliver et la tête tranchée qu’il brandissait.
Un silence si absolu s’abattit qu’on aurait cru impossible qu’une bataille acharnée eût fait rage quelques instants plus tôt.
« … ! »
« Le baron est mort ! »
« Merde ! C’est impossible ! »
Les troupes aréliennes furent les premières à rompre le silence. Pas seulement les jeunes conscrits : même les soldats aguerris et les chevaliers reculèrent, visiblement sous le choc.
« R-retraite ! Repliez-vous au-delà du col ! »
Le cri d’un chevalier chevronné acheva de les faire plier. Le détachement s’enfuit vers l’ouest, certains traînant leurs camarades blessés, d’autres les abandonnant sans hésiter.
« Halte. Inutile de les poursuivre. »
Oliver arrêta les soldats qui s’apprêtaient à les prendre en chasse.
En infériorité numérique, ils risquaient l’anéantissement s’ils provoquaient une contre-attaque. Et s’enfoncer en territoire arélien avec une si petite troupe aurait été suicidaire de toute façon.
Le commandant ennemi avait été tué et ses troupes repoussées. Leur priorité était désormais de tenir le col jusqu’à l’arrivée des renforts. C’est ce calcul froid qui guida l’ordre d’Oliver.
« Vous, là-bas… chevalier ! Halte ! »
Il héla l’officier arélien qui avait donné le signal de la retraite.
« Prenez la tête du baron Alanbure. Rapportez-la à sa famille. »
« … Merci. »
Le chevalier rengaina son épée et reçut les restes de Vincent à deux mains. Après avoir vérifié qu’aucun traînard ne se trouvait dans les environs, il repartit au pas de course.
« Vous tous, vous vous êtes bien battus ! La victoire est à nous ! »
La déclaration d’Oliver déclencha des acclamations tonitruantes.
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