Chapitre 25
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Abood
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◈ Le Champ de bataille de Friedrich
Chapitre 25 : Ordre de déploiement
« Il manque encore d’expérience, mais c’est un jeune homme perspicace. Il peut sembler peu fiable au premier abord, mais vu la façon dont il a réprimé les bandits, il est évident qu’il sait trouver le courage nécessaire quand la situation l’exige… Est-ce lui qui doit vous succéder ? »
Friedrich ayant quitté la pièce, Claudia posa la question sans se lever de son siège.
« Je ne peux pas encore l’affirmer avec certitude. Cependant… je crois qu’il en a le potentiel. »
Matthias répondit en prenant lui aussi place.
Un serviteur, qui se tenait discrètement à l’écart, posa du thé devant eux, puis se retira en silence.
« Je vois. Espérons donc que ce potentiel s’épanouisse. Vous avez jadis payé un lourd tribut pour le royaume. En considération de vos sacrifices, la famille royale est prête à vous apporter toute l’aide et tout le soutien possibles. Nous pourrions, par exemple, favoriser sa nomination à un poste convenable, si cela s’avérait nécessaire. N’hésitez pas à demander quoi que ce soit. »
« Je vous remercie de votre sollicitude, Votre Altesse. Toutefois… pour ce qui le concerne, l’aide ou l’intervention de la famille royale ne sera pas nécessaire. »
« …Je suppose que cela signifie que s’il ne peut pas faire ses preuves par lui-même, il n’a aucun avenir ? »
Claudia esquissa un sourire légèrement ironique. Matthias lui rendit un sourire discret et acquiesça.
« Soit. Pour le moment, nous nous abstiendrons d’agir en sa faveur… Passons maintenant au véritable motif de ma convocation. »
Lorsque Claudia changea de sujet, l’atmosphère de la pièce sembla se tendre.
« Nous avons reçu des nouvelles de nos espions en poste au Royaume d’Arelia. Leur armée a commencé à se mobiliser. Cette fois, les effectifs sont considérables. Outre l’un de leurs régiments réguliers, ils semblent vouloir faire appel aux forces privées de certaines maisons nobles. »
À cette annonce, Matthias ne changea pas d’expression et ne bougea pas d’un pouce.
Le régiment, unité tactique conçue par le roi Sigismund Edelstein, s’était révélé si efficace que les nations voisines avaient adopté ce système.
À l’est, le puissant Empire de Rigald avait réorganisé certaines de ses unités d’intervention rapide en régiments. Le Royaume de Loire, jadis voisin occidental d’Edelstein, avait lui aussi adopté cette structure souple de taille moyenne. Même après sa conquête par le Royaume d’Arelia, sept ans plus tôt, l’ancienne armée de Loire avait conservé son organisation régimentaire.
Depuis l’annexion de Loire, Arelia ne cessait de provoquer des escarmouches le long de la frontière orientale d’Edelstein.
Trois ans auparavant, Arelia avait même déployé un régiment entier dans les plaines de Beiral, poussant l’armée du Royaume d’Edelstein à se tenir prête au combat. Si Arelia mobilisait aujourd’hui plus d’un régiment, ce serait sa plus grande offensive à ce jour.
« Tout ce que nous savons avec certitude, c’est qu’il y a des mouvements de troupes. Quant à leur objectif, il reste inconnu. S’ils s’approchent des plaines de Beiral, il s’agira probablement d’une nouvelle démonstration de force. Mais s’ils se dirigent vers les plaines du Nord… cela pourrait annoncer le début de véritables hostilités. »
Les Royaumes d’Edelstein et d’Arelia étaient séparés par la barrière naturelle des monts Yudit, qui marquaient leur frontière. La chaîne comptait toutefois plusieurs cols et passages étroits, ainsi que deux brèches où le relief s’ouvrait sur des plaines. La plus vaste, au sud, était connue sous le nom de plaines de Beiral ; la plus petite, au nord, s’appelait simplement les plaines du Nord.
Les plaines de Beiral étaient défendues par le Régiment Hildegard, dont les conscrits pouvaient être mobilisés sur-le-champ. La forteresse d’Arnsberg, essentielle à la défense de la frontière, s’y trouvait également. Une force d’à peine un millier de soldats ne pouvait s’en emparer. Par conséquent, si les troupes d’Arelia s’approchaient par cette direction, il était peu probable qu’il s’agisse du début d’une offensive de grande ampleur. Telle était l’analyse de Claudia.
« Seigneur Hosenfeld, qu’en pensez-vous ? »
« …Si cela se termine par une simple démonstration de force, ce sera le meilleur résultat possible. Toutefois, Arelia a achevé la conquête du Royaume de Myurei il y a deux ans. À ce stade, il est peu probable qu’elle tourne ses regards vers le nord, au-delà des montagnes, ou vers l’ouest et le sud, de l’autre côté de la mer. Il ne lui reste donc qu’une direction où porter ses ambitions : le Royaume d’Edelstein. Il est tout à fait possible que ces mouvements annoncent une offensive de plus grande ampleur. »
Matthias exposa son analyse avec calme.
La famille royale d’Arelia avait commencé à nourrir des ambitions territoriales sous le règne du précédent roi, mais celles-ci n’avaient fait que s’intensifier sous le monarque actuel. Peut-être à cause de son jeune âge, le roi d’Arelia se montrait encore plus ambitieux que son prédécesseur et, pire encore, c’était un tacticien de talent. Sous son règne, le royaume avait peu à peu conquis et annexé une petite nation après l’autre.
Une dizaine d’années plus tôt, peu après son accession au trône, il avait annexé deux petits royaumes de l’ouest. Il avait pris le Royaume de Loire sept ans auparavant, puis conquis le Royaume de Myurei, au nord, deux ans plus tôt. En comptant aussi les invasions menées sous le règne de son prédécesseur, le Royaume d’Arelia, qui n’était à l’origine qu’une nation de taille moyenne comptant moins d’un million d’habitants, était devenu une grande puissance de plus de deux millions et demi d’âmes.
Pour ne rien arranger, la politique d’occupation du roi actuel était redoutablement efficace.
Il apaisait les familles royales et les grands nobles des territoires conquis en leur permettant de conserver une part de leurs richesses et de leurs privilèges, à condition qu’ils se soumettent sans résistance. Leurs enfants étaient ensuite mariés à des membres de maisons nobles proches de la famille royale d’Arelia, ce qui revenait à les prendre en otage. Pendant ce temps, la population était accablée d’impôts, dont les recettes et les ressources affluaient vers le gouvernement central d’Arelia. Ainsi, le roi prenait rapidement le contrôle des territoires annexés tout en renforçant le cœur du royaume.
Sur le plan géographique, le Royaume d’Arelia était désormais encerclé au nord par une vaste chaîne de montagnes, et à l’ouest comme au sud par la mer. Les terres glaciales au-delà des montagnes et les royaumes insulaires de l’autre côté de la mer étaient difficiles à envahir, même pour un roi aussi habile que celui d’Arelia.
Dans ces conditions, ses prochaines cibles d’expansion ne faisaient aucun doute : à l’est ne se trouvaient que le Royaume d’Edelstein et le Royaume de Novakia. Au vu de l’ambition insatiable du roi, Matthias jugeait tout à fait possible qu’Arelia se mette à avancer vers l’est avant même d’avoir pleinement consolidé son contrôle sur les anciens territoires de Myurei.
« À cela s’ajoute la récente affaire des bandits. C’est le roi d’Arelia qui les a délibérément poussés à agir. L’ampleur de l’incident était trop limitée pour qu’on puisse parler d’une véritable offensive, mais le fait qu’Arelia, en tant que nation, orchestre de telles opérations secrètes laisse penser qu’une attaque de grande envergure n’est peut-être pas loin. »
Claudia, qui avait écouté l’analyse de Matthias en silence, acquiesça.
« Je partage votre avis. Mon père et les ministres sont du même avis… Le Régiment Hildegard ne peut pas quitter les plaines de Beiral. Mais si les forces d’Arelia avancent vers les plaines du Nord, il nous faudra les intercepter avec une force équivalente. Le Régiment Ferdinand sera donc déployé. Il s’agit d’un ordre officiel, donné au nom de mon père, Sa Majesté le roi Sigismund Edelstein. »
Le Régiment Hildegard constituait la pierre angulaire de la défense de la région la plus cruciale. Le Régiment Albrecht était le dernier rempart chargé de protéger le cœur du royaume. Quant au Régiment Ferdinand, il servait de force d’intervention rapide et devait assurer la défense mobile des zones frontalières.
Chargé de remplir pleinement ce rôle, Matthias acquiesça aussitôt avec résolution.
« Vous pouvez compter sur nous. En tant que soldat du royaume, j’accomplirai mon devoir. Et je vous en fais le serment : nous protégerons les terres du royaume. »
« Je compte sur vous. Après tout, vous êtes le héros vivant du royaume. »
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