Chapitre 177
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Traducteur : Nemui
Éditeur : Nemui
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◈ Le Champ de bataille de Friedrich
Chapitre 177 : Les mauvaises nouvelles tombent sans prévenir
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Après la victoire, Cecilia ordonna de déplacer le camp devant les portes de Cuanca, tandis qu’elle-même pénétra dans la ville à la tête de cinq cents hommes placés directement sous ses ordres. Elle rejoignit les cinq cents soldats du détachement qui était entré par le port, puis entreprit d’occuper Cuanca.
Alors qu’elle se dirigeait vers le manoir de la famille du vicomte Lucatti afin de le réquisitionner et d’en faire son quartier général, le commandant de l’unité qui avait déjà commencé à prendre le contrôle des lieux la salua.
« Beau travail. Où est le vicomte Lucatti ? »
« À notre arrivée, il s’était suicidé avec son épouse. Ils ont trois héritiers en tout, mais ils sont encore jeunes ; nous les avons donc placés en résidence surveillée pour le moment… Le vicomte et son épouse ont également laissé un testament. Ils y déclarent que, puisque la rébellion relève de leur responsabilité en tant que seigneurs, ils demandent qu’en échange de leur vie, leurs héritiers et leurs vassaux soient épargnés et leur peuple protégé. »
« … Je vois. »
Après avoir entendu le rapport du commandant, Cecilia baissa les yeux un bref instant.
Il s’était soulevé par conviction et, une fois vaincu, avait voulu assumer toute la responsabilité en donnant sa vie. Jusqu’au bout, il avait cherché à protéger ceux qui dépendaient de lui. Une attitude digne du respect dû à un noble. Aux yeux de la famille royale d’Arelia, le vicomte Lucatti était un traître, mais il n’avait au moins pas été un lâche.
Le roi actuel, Samuel Arelia, avait fait de la clémence le principe de son règne. Les héritiers du vicomte Lucatti ne pourraient probablement pas conserver leur titre de noblesse, mais leur vie et leurs moyens de subsistance immédiats seraient assurés.
« Traitez les dépouilles et les héritiers avec le plus grand égard. Toute violence envers les vassaux et les domestiques est également formellement interdite. »
« Oui, madame. »
Après avoir donné ses ordres au commandant, Cecilia entra dans une pièce qui semblait avoir été le bureau de Dionisio Lucatti et poussa enfin un soupir.
Un peu plus tard, son aide de camp Rose, qui s’était occupée d’autres tâches, vint lui faire son rapport.
« La résistance à l’intérieur des remparts a cessé et l’ordre est maintenu. Nous déplorons une centaine de morts supplémentaires et environ deux cents blessés. Du côté ennemi, le bilan définitif devrait s’élever à cinq cents morts, et à peu près autant de blessés. La plupart des prisonniers sont des soldats réguliers et des mercenaires… Il semble qu’un nombre considérable de miliciens aient abandonné leurs armes et fui hors de la ville, ou se soient mêlés aux habitants. Devons-nous agir conformément à vos ordres précédents ? »
« Oui. Puisque nous ne pouvons pas les distinguer des autres habitants, inutile de les poursuivre. Cela montrera aussi aux autres armées rebelles qu’elles ne seront pas punies si elles cessent de résister. Laissez-les partir. »
« À vos ordres. »
À l’ordre de Cecilia, Rose répondit par une révérence polie. Ses gestes et le rythme de sa voix rappelaient beaucoup son oncle Celestin.
« … Il ne nous reste qu’à intercepter l’armée de Yorgos. Continuons à tout surveiller de près. »
« Oui. La victoire vous reviendra sans aucun doute, madame. »
Rose acquiesça. Ses yeux rappelaient eux aussi ceux de l’ancien aide de camp de Cecilia.
Elles s’étaient donc emparées du point de débarquement de l’armée de Yorgos Caruna. Si Yorgos et ses hommes arrivaient sans avoir eu vent de leurs mouvements, Cecilia les intercepterait. Même s’il découvrait leur manœuvre et tentait de changer de lieu de débarquement, déplacer une armée importante à la suite d’un brusque changement de plan mettrait inévitablement ses hommes à rude épreuve. Si elle frappait alors qu’ils s’efforçaient encore d’établir une tête de pont, elle pourrait attaquer l’armée ennemie sans opposition, au moment où elle serait le plus vulnérable.
Un peu plus tôt, elles avaient également reçu un rapport annonçant que les renforts du Royaume d’Edelstein, l’armée menée par le comte Friedrich Hosenfeld, son frère de sang, étaient entrés dans la région de Caruna. Elle ne pouvait pas encore crier victoire, mais tout avançait sans encombre et la situation leur était indubitablement favorable.
Compte tenu de la situation financière désastreuse de la famille royale d’Arelia, c’était un excellent résultat. Cecilia espérait de tout cœur que les choses continueraient à se dérouler comme prévu jusqu’au bout.
……
Un calme relatif régna pendant quelque temps.
Cecilia laissa les officiers et les soldats se reposer, tout en veillant à ce qu’ils puissent se mettre en marche au moindre ordre. Elle disposa ses troupes de façon à intercepter l’armée de Yorgos et déploya des éclaireurs le long de la côte, afin qu’ils puissent réagir immédiatement à l’approche d’une flotte.
Pour ce qui était des autres armées rebelles, des rapports venus de divers endroits de la région de Caruna signalaient que cinq armées au total s’étaient soulevées, chacune comptant de plusieurs centaines à environ mille hommes. Elles avaient toutes commencé à se déplacer depuis l’intérieur des terres, à une certaine distance de la ville portuaire de Cuanca.
Les renforts du Royaume d’Edelstein avaient apparemment rencontré et affronté une force d’environ mille cinq cents hommes peu après leur entrée dans la région de Caruna. Cette force s’était constituée par la jonction de deux armées rebelles relativement importantes. Les autres armées rebelles, qui rassemblaient un peu plus de mille hommes en tout, s’étaient dirigées vers l’ouest de Caruna et devaient s’y regrouper.
L’armée d’Edelstein avait attiré plus de la moitié des forces rebelles restantes ; on pouvait donc dire qu’elle remplissait pleinement son rôle de renfort. Même si les autres rebelles se regroupaient, ils ne formaient que de petites bandes sans chaîne de commandement organisée et ne représenteraient pas une menace sérieuse. De plus, l’endroit qu’ils avaient choisi pour se rassembler était mal situé ; ils ne s’approcheraient donc probablement pas de l’armée de Cecilia avant un certain temps.
Il ne leur restait qu’à se concentrer sur l’interception de l’armée de Yorgos, qui approcherait bientôt. Cecilia se sentit soulagée : la situation militaire était presque aussi favorable qu’elle l’avait espéré.
Peu après, une mauvaise nouvelle vint piétiner ce soulagement.
« Madame ! Un rapport urgent de la région de Faro ! »
Rose se précipita dans le bureau de Cecilia et reprit la parole sans même avoir le temps de la saluer.
« Une flotte que l’on croit appartenir à l’armée de Yorgos Caruna a attaqué la ville portuaire d’Elcmar, sur la côte ouest de la région de Faro ! Elle aurait déjà débarqué et occupé la ville ! »
« … Ainsi, cette possibilité existait. »
À l’annonce de la mauvaise nouvelle, Cecilia répondit avec l’expression de quelqu’un qui venait de goûter à quelque chose d’amer.
Si l’armée de Yorgos choisissait la région de Faro comme point de débarquement, elle pourrait prendre pied dans l’ouest du continent de Ludna sans être gênée par l’armée de la famille royale d’Arelia, qui l’attendait dans la région de Caruna. Faro avait autrefois été un petit pays peu peuplé, et ses villes portuaires étaient également modestes ; même en cas de résistance, il serait donc facile d’en occuper une.
En contrepartie de la petite taille de la ville, ses réserves seraient limitées, ce qui compliquerait le ravitaillement d’une armée de cinq mille hommes si elle s’en servait comme tête de pont. Toutefois, précisément parce que le débarquement avait lieu dans la région de Faro, ce problème pouvait être résolu.
Si Yorgos pillait sans retenue dans la région de Caruna, il risquait de perdre le soutien des Carunans. À Faro, en revanche, les pillages auraient peu de conséquences, même s’ils mécontentaient la population. S’il comptait annexer la région de Faro après avoir rétabli le Royaume de Caruna, il n’avait pas à se soucier d’attiser dès maintenant le ressentiment d’un peuple qu’il finirait par conquérir de force. L’armée de Yorgos pourrait avancer en se remplissant le ventre de butin, telle une nuée de sauterelles.
Si elle débarquait avec toutes ses forces, progressait et atteignait la région de Caruna, l’armée rebelle l’accueillerait à bras ouverts. En s’alliant à elle et en ralliant d’autres mercenaires locaux, Yorgos pourrait bientôt grossir ses rangs de plusieurs milliers d’hommes.
Le prince d’un royaume disparu était revenu libérer les terres de Caruna de la famille royale d’Arelia et avançait à la tête d’une armée plus puissante que celle de cette dernière. Les Carunans qui jugeraient ses chances de victoire plus que suffisantes, rêveraient d’être délivrés de l’oppression et rejoindraient ses rangs. Si cela arrivait, son armée pourrait bientôt dépasser les dix mille hommes.
De son côté, Cecilia ne disposait plus que d’environ cinq mille cinq cents hommes, après les pertes subies lors de la bataille de Cuanca. Même si elle ralliait une partie des troupes de la garnison locale qui avaient survécu, elle n’en aurait qu’environ six mille. Quant aux renforts du Royaume d’Edelstein, ils attiraient les rebelles du nord-est de Caruna ; il leur serait donc impossible de rejoindre Cecilia avant un certain temps.
Si l’armée de Yorgos approchait, celle de Cecilia, composée pour plus de moitié de conscrits, aurait bien peu de chances de l’emporter dans une bataille rangée. Avant même le combat, la perspective d’un affrontement défavorable risquait de provoquer des défections en chaîne, et nul ne pouvait dire combien des six mille hommes resteraient.
Du point de vue de Yorgos, c’était une opération de débarquement efficace qui lui permettait de créer une situation extrêmement favorable avant d’affronter l’armée de la famille royale d’Arelia. Mais pour la mener à bien, il avait en pratique abandonné le vicomte Lucatti, qui s’était soulevé à Cuanca.
Se servir d’un noble carunan qui s’était soulevé pour lui comme d’un pion sacrifiable, débarquer sans raison valable dans une autre région et avancer en ravageant le territoire à sa guise… C’était une stratégie d’une audace et d’une brutalité insensées.
« Le prince d’un royaume disparu ne manque pas d’audace. »
« Oui. On dirait une façon de faire digne des barbares. »
Rose acquiesça, sans dissimuler son dégoût pour Yorgos, en entendant Cecilia murmurer son impression.
Esquissant un sourire narquois devant la réaction de son aide de camp, Cecilia réfléchit.
Dans cette situation, les choix qui s’offraient à l’armée de la famille royale d’Arelia étaient limités. Parmi eux, lequel était le moins mauvais ?
« … Nous nous replierons vers le nord. Là-bas, nous attendrons les renforts du Royaume d’Edelstein et nous livrerons une bataille défensive. »
La seule voie vers la victoire qu’elle pouvait entrevoir dans la situation actuelle passait par une alliance avec le héros vivant du royaume d’Edelstein.
Parvenue à cette conclusion, Cecilia prit la parole.
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