Chapitre 135
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Traducteur : Nemui
Éditeur : Nemui
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◈ Le Champ de bataille de Friedrich
Chapitre 135 : Conseil de guerre en vue de la bataille décisive (2)
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L’écart était de cinq mille hommes tout au plus.
Dans le pire des cas, il dépassait les dix mille.
Le visage de Friedrich se durcit. Diethelm renifla, comme pour ravaler son irritation. Rebecca fronça les sourcils, tandis que Gustav, qui connaissait déjà les estimations, demeurait immobile. Les nobles venus avec Claudia ne parvenaient pas à dissimuler leur inquiétude.
À la guerre, les effectifs ne faisaient pas tout. Pourtant, un écart de cette ampleur ne pouvait être comblé par le seul courage.
Claudia rompit le silence.
« C’est une chance. »
Plusieurs visages se tournèrent vers elle, surpris.
« La population d’Arelia est plus nombreuse que la nôtre. Si la situation intérieure du royaume était stable, ils pourraient rassembler davantage de troupes. Si l’écart est aussi faible, c’est que leurs troubles internes jouent en notre faveur. »
Sa voix était ferme.
« Nos effectifs comprennent les renforts impériaux et leurs armes. Notre moral s’est renforcé depuis le couronnement sur le champ de bataille. Qui aurait pu prévoir, après la mort de mon père et de lord Matthias, que nous arriverions à la bataille décisive dans des conditions aussi favorables ? »
Personne ne répondit.
« C’est notre chance. Nous ne pourrons plus réunir une telle armée. Si nous perdons, nous ne nous en relèverons pas. Ceux qui me soutiennent le font en comptant sur la victoire. Alors nous vaincrons et écraserons les envahisseurs. »
La peur qui régnait sous la tente ne disparut pas, mais elle trouva une direction.
La discussion reprit.
Les questions essentielles étaient claires. Comment employer les renforts impériaux ? Comment utiliser la cavalerie ? Comment empêcher les conscrits de flancher ?
« Notre cavalerie comptera entre neuf cents et mille hommes, dit Rebecca. Réguliers, cavaliers nobles, mercenaires, anciens soldats de Bachstein, chevaliers à la retraite, et même des hommes capables de monter à cheval sans être chevaliers. »
« Pourrons-nous la faire intervenir plusieurs fois ? demanda un noble.
— Dans une bataille de cette ampleur, probablement pas. Si nous chargeons sans parvenir à nos fins, il sera difficile de nous regrouper. Je considérerais la cavalerie comme un atout à jouer une seule fois, au moment décisif. »
« Une attaque contre le quartier général ennemi ? »
« Si l’occasion se présente. »
Cette occasion ne se présenterait que si le front d’Arelia était attiré vers l’avant et que ses arrières se retrouvaient exposés. Le front d’Edelstein devrait combattre avec suffisamment d’ardeur pour attirer l’ennemi.
Et ce front compterait de nombreux conscrits.
« Le moral sera le problème, dit Gustav. Si les conscrits voient la ligne plier, la panique se répandra. »
« Nous pouvons placer des volontaires aguerris à la tête des pelotons, proposa Alphonse. Et les commandants devront les encourager sans relâche. »
Friedrich écouta sans dire un mot.
Dans son esprit, les pièces se déplaçaient sur la carte. Les armes impériales. L’armée ennemie, plus nombreuse. Les monts Yudit. Les villages de Loire. La position de la cavalerie. La faiblesse des conscrits. Ce qu’Edelstein pouvait faire et ce qu’Arelia s’attendrait probablement à voir.
Il avait envisagé plusieurs possibilités avant ce conseil. À présent que toutes les informations étaient réunies, elles se transformaient en plan.
Claudia remarqua son silence.
« Comte Hosenfeld, vous avez une idée. »
« Oui, Votre Majesté. »
Friedrich se leva et s’approcha de la carte.
Il commença par les principes classiques, passa ensuite aux idées inhabituelles et finit par exposer ce qui relevait de l’audace pure.
Il expliqua où placer l’infanterie, comment faire croire à l’ennemi que le front pouvait être enfoncé, comment tirer parti de la portée des archers impériaux, comment préparer l’unique charge de la cavalerie et comment exploiter la peur qui se répandrait près des monts Yudit. Il parla d’attirer l’avant-garde d’Arelia, d’ébranler ses conscrits, de briser ses rangs et, si la fortune leur souriait, de s’en prendre à Childebert lui-même.
Les nobles l’écoutèrent sans l’interrompre.
Quand Friedrich eut terminé, l’un d’eux prit enfin la parole.
« C’est brillant. Mais pour ce qui est de briser le moral des conscrits ennemis… pouvons-nous vraiment compter là-dessus ? »
Diethelm croisa les bras.
« Je comprends l’idée, mais j’ai la même inquiétude. »
Friedrich ne le nia pas.
« Rien ne le garantit. Mais comme j’ai moi-même vécu à la campagne, je comprends mieux que quiconque ici l’état d’esprit des conscrits et des villageois. Les hommes arrachés à leurs villages ne pensent pas comme des chevaliers aguerris. La peur se propage autrement parmi eux. »
Claudia promena son regard autour de la tente.
« Alors nous nous fierons au jugement du comte Hosenfeld sur ce point. »
Personne ne s’y opposa.
Rebecca reprit la parole.
« Ce qui m’inquiète, c’est le front. Pour attirer les troupes ennemies à l’arrière, il nous faudra tenir suffisamment longtemps face à leur avant-garde. Le Régiment Albrecht fera son devoir, mais nous ne pourrons pas tenir seuls toute la ligne contre une armée plus nombreuse. Si le moral lâche avant, le plan échouera. »
« C’est le plus grand pari, admit Friedrich. Nous devons remonter le moral de l’infanterie avant la bataille. Un discours de Votre Majesté à nos troupes serait utile. Chaque commandant devra aussi leur faire comprendre que la victoire est à notre portée. »
« Il existe un meilleur plan. »
Les paroles de Claudia retentirent dans la tente.
Friedrich se tourna vers elle. Tous les autres aussi.
Elle exposa son idée avec calme.
La réaction fut immédiate. Même Friedrich en fut stupéfait. Gustav s’avança d’un pas.
« Votre Majesté, c’est trop dangereux. »
« Bien sûr que ça l’est. »
« Il faut penser à votre sécurité. »
« Si nous perdons parce que nous avons privilégié ma sécurité plutôt que la victoire, alors ma sécurité n’a aucun sens. Si Edelstein perd, ma vie n’a aucune valeur. Je l’ai déjà dit : moi aussi, je suis une pièce sur cet échiquier. »
Personne ne trouva quoi répondre.
Les nobles contemplaient la jeune reine, et leurs regards exprimaient non seulement de l’inquiétude, mais aussi de l’admiration.
Friedrich comprit alors que Claudia était véritablement devenue le cœur du royaume. Non parce qu’elle avait hérité de la couronne, mais parce qu’elle était prête à risquer sa vie sur le même champ de bataille que tous les autres.
Gustav finit par baisser la tête.
« Selon vos ordres, Votre Majesté. »
Il n’y eut plus aucune objection.
Claudia contempla la carte.
« La stratégie est donc arrêtée. Passons maintenant aux détails. »
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