Chapitre 132
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Traducteur : Nemui
Éditeur : Nemui
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◈ Le Champ de bataille de Friedrich
Chapitre 132 : Visite impériale (2)
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« Nous pouvons envoyer trois mille hommes. »
Claudia ne laissa rien paraître.
Trois mille.
Pour le Royaume d’Edelstein, qui rassemblait jusqu’au dernier soldat, mercenaire, volontaire et conscrit disponible, c’était un nombre considérable. Pas de quoi décider seul de l’issue de la guerre, mais assez pour changer la physionomie du champ de bataille.
Edwin poursuivit.
« Ce ne seront pas de faibles conscrits recrutés à la hâte. Ce seront des soldats réguliers de l’Empire, entraînés et équipés par ses soins. Nous fournirons aussi les vivres et les moyens de transport. Ils passeront par la mer du Sud ; je vous demande donc de leur réserver un port adéquat et de préparer un itinéraire jusqu’au front. »
« Cela peut s’organiser. »
« Bien. Leur arme principale sera l’Arc noir. »
À ces mots, le regard de Claudia s’aiguisa.
L’Arc noir était le tout dernier arc composite fabriqué par les artisans impériaux. Sa portée efficace dépassait, disait-on, d’environ trente pour cent celle des arcs ordinaires. Ce n’était pas une arme que l’on prêtait à la légère à un autre pays.
« Vous nous prêteriez l’Arc noir ? »
« Pour cette bataille seulement. Les troupes seront commandées par des officiers impériaux, mais, sur le champ de bataille, leur emploi final sera laissé au commandant en chef d’Edelstein. Comme ce sont des archers, je suppose qu’on les placera à l’arrière, en sécurité. »
« C’est déjà une proposition généreuse. »
« Ce n’est pas tout. »
Edwin fit signe à un serviteur. On apporta un petit coffret, qu’on posa sur la table. Lorsqu’on l’ouvrit, Claudia aperçut une arme compacte, noire, nichée à l’intérieur.
Elle ressemblait à une arbalète, mais était assez petite pour tenir dans une seule main.
« Voici l’Arbalète noire. C’est un prototype fabriqué dans le même matériau que l’Arc noir. »
Claudia se pencha en avant.
« Une arbalète utilisable à cheval ? »
« C’est l’un des usages prévus. Elle est trop petite pour remplacer un véritable arc ou une arbalète ordinaire, et sa solidité laisse encore à désirer. Mais si la corde est tendue à l’avance, un cavalier peut tirer une fois d’une seule main. »
« Une seule fois. »
« La plupart du temps, une fois suffit. »
Edwin gardait un ton posé, mais la valeur de l’arme sautait aux yeux. La cavalerie possédait déjà la puissance de la charge et la mobilité. Si elle pouvait y ajouter ne serait-ce qu’une attaque à distance avant l’impact, les possibilités tactiques s’élargissaient.
« Nous pouvons en fournir cent. Ce sont des prototypes, n’en attendez pas davantage. »
Claudia contempla l’arme, puis Edwin.
« Si elle est fragile, même une arme capturée ne sera pas facile à étudier. »
« Voilà une interprétation bien malveillante. »
« Est-elle fausse ? »
« Pas tout à fait. »
Edwin sourit sans la moindre gêne.
Claudia comprenait la valeur de cette offre : trois mille archers entraînés, équipés d’armes à la portée supérieure, et cent arbalètes montées. L’Empire fournirait aussi vivres et transport. Pour un pays sur le point d’affronter un ennemi plus puissant que lui, c’était un renfort de poids.
Le prix n’en devenait que plus important.
« Je comprends l’aide que vous proposez. À présent, je dois vous demander pourquoi l’Empire peut offrir autant. Envoyer trois mille soldats réguliers et des armes perfectionnées au secours d’un allié en difficulté aurait dû susciter l’opposition de vos nobles. »
« En temps normal, oui. »
Le sourire d’Edwin se fit ironique.
« Mais cette fois, il n’y eut aucune opposition. C’est même tout le contraire. »
« Tout le contraire ? »
« Le marquis Christopher Langford et la marquise Melinda se sont démenés dans les cercles impériaux. »
Claudia cligna une fois des yeux.
« Ils ont raconté comment les chevaliers d’Edelstein avaient protégé l’ambassadeur impérial, comment les chevaliers impériaux et ceux d’Edelstein avaient combattu côte à côte, et comment une amitié s’était nouée au cours de ce voyage. L’histoire s’est répandue à une vitesse remarquable dans les salons et les réunions de la noblesse. »
Edwin porta sa tasse de thé à ses lèvres.
« La formule qui a fait mouche, c’est : “L’Empire rembourse ses dettes.” »
Claudia ne put retenir un léger souffle amusé.
« Ainsi, l’opinion publique parmi les nobles impériaux est désormais favorable à ce remboursement. »
« Exactement. Les obstacles politiques sont presque inexistants. »
C’était une bonne nouvelle, mais cela signifiait aussi qu’Edwin avait délibérément laissé faire — ou encouragé — cette ambiance. Claudia croyait presque voir le piège.
« Alors, dites-moi quel est le prix. »
« Il y a deux conditions principales. »
Edwin posa sa tasse.
« La première concerne les avantages matériels. Le fer. »
Le visage de Claudia se crispa.
Le Royaume d’Edelstein possédait de précieuses ressources en fer, mais les exportations étaient strictement limitées. Le fer était à la base des armes, des armures, des outils et de la puissance d’un royaume. Aucun souverain ne relâchait son emprise sur le fer sans raison.
« L’Empire demande au Royaume d’Edelstein d’assouplir, pour une durée déterminée, les restrictions sur ses exportations de fer vers notre pays. Quant au prix, j’espère que Votre Majesté saura faire preuve de bonne volonté. »
« De bonne volonté. »
« Une formule amicale. »
« Une formule dangereuse. »
Les conditions précises proposées par Edwin étaient dures, mais pas impossibles à accepter. Pendant dix ans, le Royaume d’Edelstein exporterait son fer vers l’Empire à un prix qui ne lui laisserait presque aucun bénéfice.
C’était douloureux. Mais si le royaume tombait, aucune politique sur le fer n’aurait plus d’importance.
« J’accepte cette condition. »
« Je m’en doutais. »
« Et la seconde ? »
Au lieu de répondre aussitôt, Edwin jeta un regard au serviteur près de la porte. Celui-ci sortit, puis revint peu après avec un jeune homme.
Il avait l’air nerveux. Son visage était doux et son maintien évoquait celui d’un homme élevé avec soin au palais impérial plutôt que sur un champ de bataille. Claudia devina qui il était avant qu’Edwin ne le présente.
« Voici Dustin Rigald, quatrième prince de l’Empire de Rigald. C’est le plus jeune fils de Sa Majesté l’empereur et il a atteint sa majorité l’année dernière. »
Dustin s’inclina profondément.
« C’est un honneur de vous rencontrer, Votre Majesté. »
Claudia lui rendit sa politesse, ayant déjà compris ce qu’Edwin allait annoncer.
Edwin prit la parole d’un ton aussi calme que s’il parlait d’affaires commerciales.
« La seconde condition est un mariage entre la Maison impériale et la Maison royale d’Edelstein. Plus précisément, le prince Dustin entrera au service du Royaume d’Edelstein comme votre consort. »
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