Chapitre 10
NOUS AVONS ESSAYÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Abood
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◈ Le Champ de bataille de Friedrich
Chapitre 10 : L’invasion des bandits (2)
« Parfait ! On a coupé la queue de ces salauds de bandits ! C’est un succès total ! »
« Imbécile ! Ne t’arrête pas maintenant ! Continue à lancer ! »
Juste à côté de la porte sud, au deuxième étage d’une auberge donnant sur la rue principale, un groupe d’hommes du coin criait en observant les bandits par les fenêtres.
Et cette auberge n’était pas la seule. Dans chaque bâtiment qui bordait la rue principale, quelques hommes s’étaient postés sur les toits ou les balcons du premier étage.
Il y avait aussi des femmes parmi eux. Elles auraient pu rester cachées avec les enfants, les vieillards ou même les malades, mais elles avaient décidé de se lever et de se battre.
« Ça y est, c’est allumé ! Lancez ! »
Une femme d’âge mûr, intrépide, approcha une lampe de la mèche pour l’allumer et donna le signal. Son mari, un fermier, lança une bouteille par la fenêtre.
La bouteille était remplie d’alcool — pas de vin ou de bière ordinaires, mais d’un spiritueux distillé, coûteux et très fort. Une mèche de tissu dépassait du goulot ; son extrémité était déjà enflammée.
La bouteille décrivit un arc et atterrit en plein milieu des rangs ennemis. Pris au piège, sans aucune issue, les bandits n’avaient nulle part où fuir. Elle frappa l’un d’eux en pleine tête et se brisa. L’instant d’après, les flammes jaillirent.
Le bandit malchanceux, embrasé de la tête aux pieds, poussa un hurlement déchirant et se tordit au sol. Tout près, d’autres furent aspergés par les flammes qui se répandaient et hurlèrent de terreur.
Les bouteilles se succédèrent dans la longue ligne des bandits. Chacune faisait naître de nouvelles flammes.
« Ha ha ha ! Voilà, continuez ! Regardez-les brûler ! »
« Ça, c’est la précieuse réserve de spiritueux distillés de l’intendant ! »
« Un verre coûte des centaines de slones. Quelle façon luxueuse de frapper ! Prenez ça ! »
Cette réserve d’alcool coûteux provenait de la cave située sous la demeure de l’intendant Hermann, qu’il avait abandonnée en fuyant Volga.
Même la bouteille la moins chère de cet alcool valait une semaine de salaire pour un journalier. Hermann en constituait la collection depuis l’époque de son père, l’ancien intendant. Ce n’était pas pour la boire : la collection était devenue son passe-temps.
Friedrich, qui avait parfois travaillé pour Hermann et souvent discuté avec lui, connaissait l’existence de cette réserve. Il savait aussi, grâce à ses lectures, que les spiritueux distillés brûlaient bien et qu’on pouvait s’en servir comme d’une arme.
La collection, accumulée pendant des décennies par Hermann et son père, comptait plus de cent cinquante bouteilles. À présent, elles n’étaient plus que des bombes incendiaires. Elles s’envolaient des fenêtres et des toits, puis éclataient en flammes dans la rue, en contrebas.
« Tss, j’ai déjà lancé les deux miennes. »
« Ça ne veut pas dire que tu peux te reposer. Plus de bouteilles ? Alors, lance des pierres. »
Chaque habitant n’avait qu’une ou deux bouteilles. Une fois celles-ci lancées, les gens arrachèrent des morceaux de pierre au pavage de la place et les jetèrent à leur tour.
・・・・・・
« Chef ! Qu’est-ce qu’on fait ? Ils sont en hauteur, on ne peut même pas riposter correctement ! »
« Si ça continue, on va tous y passer ! »
« … Avancez. On va foncer tout droit dans la rue principale ! »
Leur retraite était déjà coupée, les flammes des bombes incendiaires leur barrant le chemin du retour. Il ne leur restait qu’à avancer vers la place centrale et à abattre ceux qui les y attendaient. Au corps à corps, contre des civils, ils avaient encore de bonnes chances.
Après avoir pris cette décision, Georgk donna l’ordre. Ses hommes partirent tous à la course. C’étaient des mercenaires aguerris, vétérans de quantité de batailles. Dès qu’ils recevaient un ordre, ils agissaient sans hésiter.
« Bon sang… Qu’est-ce que c’est que cet endroit… »
À la tête de la charge, Georgk jura entre ses dents.
Il ne pouvait pas prétendre avoir été complètement pris au dépourvu, mais s’attendre à une telle résistance de la part des habitants d’une ville perdue était insensé.
Ce n’était censé être qu’une petite bourgade rurale. Tous ceux qui étaient en mesure de se battre auraient déjà dû être éliminés. Et l’intendant n’avait pas la réputation de savoir rassembler les gens en temps de crise. Alors, pourquoi étaient-ils préparés, avec des tactiques aussi efficaces et des armes aussi redoutables ?
Pour organiser des civils sans entraînement, sans expérience militaire ni instruction, leur donner des ordres clairs en si peu de temps, préparer le combat et mettre un plan pareil à exécution, il fallait quelqu’un qui connaisse bien la guerre, sache prendre des décisions rapides et possède un pouvoir de persuasion presque surnaturel.
Un noble aguerri au combat séjournait-il ici ? Rien d’autre ne pouvait expliquer la situation.
Georgk continua d’avancer, se faufilant sous la pluie d’attaques tandis que des questions sans réponse tournaient dans sa tête. Il n’avait pas le temps de regarder derrière lui. Il ne pouvait qu’espérer que le plus grand nombre possible de ses hommes parviendrait à traverser la rue principale.
Il finit par franchir le déluge d’attaques qui s’abattait depuis les bâtiments bordant la rue et déboucha sur la place.
La place était sans doute le seul endroit de la ville dont le sol avait été entièrement pavé. Plus de la moitié des pierres avaient été arrachées, probablement pour servir de projectiles.
Et, sur la place, une formation en demi-cercle les attendait. Une cinquantaine d’hommes se tenaient en demi-lune, armes à la main, prêts à les affronter.
Certains tenaient encore des bombes incendiaires, tandis que d’autres serraient des lances improvisées, faites de couteaux attachés au bout de perches en bois. On avait aussi transformé en armes des outils agricoles, comme des houes et des bêches. Beaucoup de ceux qui les brandissaient avaient l’air effrayé ou anxieux. Certains tremblaient visiblement des jambes.
Ce n’étaient pas de vrais soldats. Georgk le vit aussitôt. Ces hommes n’avaient jamais connu le véritable combat. Il se retourna pour vérifier derrière lui. Une trentaine de ses hommes avaient survécu. Leurs effectifs avaient fondu, mais cela suffirait.
S’ils perçaient la ligne au bon endroit et désorganisaient la formation, entraînant les défenseurs dans un corps à corps, ces pauvres hères tremblants tomberaient comme des mouches. Si les choses tournaient ainsi, la victoire leur appartiendrait.
« Hé hé. Vous êtes nombreux à avoir réussi à passer. »
Alors que Georgk réfléchissait à la suite, quelqu’un s’avança depuis le centre de la formation en demi-cercle.
C’était un jeune homme. Il avait de remarquables cheveux cramoisis et les yeux rouges. Il semblait encore adolescent. Dans sa main droite, il tenait une bombe incendiaire allumée. À ses côtés se tenait une jeune femme armée d’une épée.
« … C’est toi qui commandes ? »
Qui était-ce ? Bien trop jeune pour être l’intendant de la ville. Ses vêtements ne ressemblaient pas non plus à ceux d’un noble. Peut-être le fils d’un des chevaliers qui avaient mené l’expédition punitive à l’origine ?
Georgk le fixa d’un regard noir, mais le garçon ne manifesta aucune peur, du moins en apparence. Il soutint son regard sans ciller, les lèvres étirées en un sourire.
« C’est ça. Après vous avoir fait rôtir avec tout ce feu, je pensais que vous seriez déjà tous morts. Mais vous êtes plus coriaces que prévu. Comme des cafards. »
« Espèce de petit… ! »
Ils s’étaient fait avoir par un sale gamin. Le sang monta à la tête de Georgk. Il sentit la soif de meurtre de ses hommes, qui se tendirent tous d’un coup derrière lui.
« Tuez ce morveux ! Si on l’élimine, le reste des habitants s’effondrera ! »
À ces mots, Georgk mena lui-même la charge. Ses hommes poussèrent des cris et se ruèrent derrière lui.
Épée au poing, il se précipita droit sur le commandant aux cheveux rouges, mais trébucha à mi-chemin.
« Qu’est-ce que… ?! »
Ou plutôt, le sol s’effondra sous ses pieds. Dès que son pied se posa à l’endroit où les pavés avaient été retirés, la terre l’engloutit et il s’enfonça jusqu’au-dessus du genou.
Un piège. Pas très profond, mais son pied droit heurta le fond et tout le poids de sa chute s’abattit dessus. Une douleur fulgurante lui remonta la cheville.
Il bascula en avant et s’écrasa au sol. Son épée lui échappa et glissa devant lui. Puis l’un de ses hommes, qui le suivait et n’eut pas le temps de s’arrêter, lui décocha un coup de pied en plein dos. Le soldat trébucha à son tour sur Georgk et s’effondra lourdement.
« Aaaah ! »
« Merde ! »
« Qu’est-ce qui se passe, bordel ?! »
En se tournant vers le bruit, Georgk vit ses hommes tomber les uns après les autres dans des pièges. Plusieurs fosses peu profondes avaient été creusées aux endroits où les pavés avaient été arrachés.
Le sol dénudé était inégal et couvert de terre meuble. En plus, Georgk et ses hommes avaient foncé tête baissée, le sang bouillonnant, et aucun n’avait remarqué les pièges.
La charge générale destinée à abattre le commandant aux cheveux rouges avait perdu tout son élan et s’était arrêtée. Certains étaient tombés dans les fosses. D’autres avaient trébuché sur leurs camarades. Plusieurs s’étaient arrêtés net pour éviter les pièges, mais les soldats désorientés qui les suivaient leur étaient rentrés dedans. C’était le chaos complet.
« Lancez ! »
La voix du garçon aux cheveux cramoisis retentit tandis que Georgk levait les yeux.
Le garçon avait levé une bombe incendiaire et le regardait droit dans les yeux.
« Salaud !! »
Georgk cria juste au moment où le garçon lançait la bouteille.
・・・・・・
Sur l’ordre de Friedrich, il lança la bombe incendiaire qu’il tenait droit sur le grand homme qui semblait être le chef des bandits.
Dès que les flammes eurent englouti le chef, plus d’une dizaine d’habitants armés de bombes incendiaires l’imitèrent. Ils les jetèrent dans le chaos, les unes après les autres.
« Aaaah ! »
« Attendez, arrêtez ! Non… ! »
« À l’aide ! »
Les bandits restants, pétrifiés par la confusion, furent touchés en plein mouvement. Ils furent engloutis par les flammes, l’un après l’autre. L’odeur de chair brûlée et les cris des mourants se répandirent sur la place.
Certains, par chance, échappèrent aux flammes. D’autres réussirent à franchir le mur de feu. Mais même eux ne pouvaient pas vraiment se battre. La plupart des bandits maniaient des épées ; face à un demi-cercle de lances et d’outils agricoles à long manche, ils peinaient à réduire la distance.
« Merde ! N’approchez pas ! »
« Restez où vous êtes ! Arrêtez ! Ne bougez plus ! »
Les hommes qui tenaient leurs armes criaient de toutes leurs forces pour tenir les bandits à distance. Bruno se trouvait parmi ceux qui formaient le demi-cercle, le visage crispé par le désespoir.
Avions-nous gagné ? Friedrich balaya les alentours du regard. Cette pensée commençait à peine à prendre forme quand cela arriva.
« Recule ! »
Yurika se jeta sur lui et le tira de force en arrière.
« Uoooooh ! »
Presque au même instant, les flammes devant eux s’ouvrirent et le chef des bandits en jaillit, chargeant comme une bête en rugissant.
« Quoi, il est encore vivant ? »
Friedrich marmonna, le visage tendu. Le chef des bandits lui lança un regard féroce. De la main gauche, il éteignit les flammes qui brûlaient encore sur son bras droit, ramassa une épée abandonnée à proximité, puis se retourna vers Friedrich.
Yurika s’avança et se plaça entre eux, tandis que Friedrich restait figé.
« … Petite, écarte-toi. Tu vas mourir. »
« Hein ? Tu crois parler à qui ? »
Sa voix vibrait d’agacement et, sans le moindre avertissement, elle passa à l’attaque.
« … ! »
À sa façon de bouger, le chef des bandits comprit qu’elle n’était pas une simple gamine. Elle lança contre lui une attaque rapide et précise. Les yeux écarquillés par la surprise, il parvint tout de même à parer le coup. Il bloqua également les deux suivants, repoussant les attaques brutales de Yurika.
Au troisième échange, Yurika comprit instinctivement qu’il protégeait sa jambe droite.
Elle abaissa son centre de gravité et se jeta sur le côté.
Quand elle contourna son adversaire par la gauche, le chef hésita. S’appuyer sur sa jambe droite pour pivoter lui ferait mal. Cette hésitation lui suffit.
Il leva son épée pour parer, mais sa posture était mauvaise. La lame de Yurika s’abattit sur sa main droite et lui arracha son arme ainsi que plusieurs doigts.
« Merde ! Attends, je… »
Avant qu’il ait pu finir, Yurika changea d’appui et poussa son épée vers l’avant. La lame transperça sa main gauche tendue et s’enfonça profondément dans sa poitrine. Un coup fatal.
Quand elle retira sa lame, le chef s’effondra à genoux.
Le sang lui coulait de la bouche. Pourtant, il ne regarda pas Yurika, celle qui l’avait abattu. Ses yeux se fixèrent sur Friedrich, debout derrière elle.
« … Gamin. Qui diable es-tu ? »
Friedrich ne répondit pas tout de suite. Il se tenait au-dessus du chef à terre et le regardait en silence.
Après s’être assuré que seuls Yurika et le chef étaient assez proches pour l’entendre, il finit par parler.
« Friedrich. Ancien orphelin. Un simple roturier. »
Les yeux du chef s’écarquillèrent de surprise. Puis un faible sourire se dessina sur ses lèvres, juste avant la fin.
« Quel sacré… type tu fais. »
Après ces mots murmurés, sa tête retomba. Il ne bougea plus jamais.
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