Chapitre 34
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Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ Fragments of Thorns and a Cradle ◈
Chapitre 34
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« Les amuse-bouches qu’on sert sont affreux, eux aussi. »
Une plainte s’éleva. Le visage profondément ridé de la femme exprimait son mécontentement. Ses joues rondes avaient encore gardé leur rondeur enfantine, si bien qu’elle semblait être une jeune épouse tout juste mariée. Henrietta tourna vers elle un regard glacial. Mais la femme cligna seulement des yeux, puis fronça de nouveau les sourcils.
« La marquise doit être mal à l’aise. Elle a confié les préparatifs à quelqu’un, et voilà que le banquet d’anniversaire de sa belle-mère est devenu si minable… »
« Voilà pourquoi il ne faut pas confier les préparatifs à une concubine. Jusqu’à l’an dernier, les banquets étaient dignes et élégants, avec un goût jeune et raffiné. Mais qu’est-ce que c’est que ce banquet ? J’ai entendu dire que, comme la marquise venait à peine d’entrer dans la maison, la concubine du marquis s’était chargée de l’organiser. Mais vu le désordre, aurait-elle pu le préparer dans le but de faire honte à la marquise et de ternir l’honneur de la famille ? À moins de l’avoir fait exprès, il est impossible que ce soit aussi mauvais… »
« Je ne trouve pas cela si terrible. »
Une voix discrète s’éleva au milieu des plaintes des nobles dames. C’était la sœur cadette d’Henrietta. Les femmes se tournèrent vers elle.
Comme Henrietta, elle avait les cheveux et les yeux noirs. Elle portait une robe jaune vif, ainsi qu’un collier et des boucles d’oreilles en rubis, des bijoux de famille. Assez jolie, elle se comportait avec plus de discrétion et de retenue qu’Henrietta.
« Eh bien, les goûts diffèrent. Cela plaît peut-être à Dame Amelia. Mais celles qui ont assisté aux banquets précédents disent qu’elles sont déçues. »
« Oh, Comtesse Breslin, pardonnez-moi, mais j’ai moi aussi assisté aux banquets de la famille du marquis jusqu’à l’an dernier. Comme vous le savez, la Maison Nestro sert le marquis en fidèle vassale et amie depuis avant même la fondation de notre royaume. Nous étions donc les premiers invités chaque fois qu’un banquet était organisé. Tout le monde ici sait à quel point Nestro et la Maison Gwendel sont proches, mais permettez-moi d’ajouter une chose : le marquis tient tant à Nestro qu’il a insisté pour épouser ma sœur Henrietta. Alors, chaque fois qu’un banquet avait lieu, il s’occupait personnellement… »
« Vous étiez invitées à tous les banquets ? »
La femme qui s’était plainte sans détour un peu plus tôt posa la question. Son visage rond et doux et ses grands yeux vides avaient quelque chose d’assez mignon, mais impossible de savoir si elle manquait de tact ou cherchait délibérément à gêner les autres. À côté d’Amelia, Henrietta serra les dents.
« Selena, arrête. »
La femme appelée Selena cligna rapidement de ses grands yeux et se tourna vers la Comtesse Breslin, qui tentait de l’arrêter.
« Quoi ? Pourquoi ? Dame Amelia a dit qu’elle était invitée à tous les banquets, mais je n’ai jamais vu ni Dame Amelia ni la marquise. »
Amelia et Henrietta rougirent. La Comtesse Breslin se racla la gorge et détourna les yeux, comme si elle n’avait pas entendu Selena.
Dame Doljea, qui avait écouté en silence, laissa échapper un petit rire. Au son à peine audible, Henrietta lui lança un regard furieux. Ce n’est qu’alors que Dame Doljea se couvrit la bouche de son éventail.
Henrietta était du genre à laisser tout le travail aux autres parce qu’elle ne voulait pas préparer le banquet elle-même, puis à se plaindre d’avoir été mise à l’écart dès qu’elle se sentait exclue. Pourtant, elle voulait recevoir tous les compliments.
Dans ce cas, n’aurait-elle pas dû bien faire son travail ? Quatre jours avant un banquet important, elle avait fait enlever et jeter toutes les belles choses choisies par sa prédécesseure, puis s’était empressée de les remplacer une à une.
Si elle avait été assez talentueuse pour préparer quelque chose de splendide malgré le peu de temps dont elle disposait, personne n’aurait rien dit. Mais quel genre de supérieure ordonnait de jeter quelque chose, puis se mettait en colère en apprenant qu’on l’avait réellement jeté ?
Quand les fournitures n’étaient pas arrivées à temps, elle avait voulu se servir des objets choisis par sa prédécesseure, avant de piquer une crise en cherchant ceux qu’elle avait elle-même fait jeter. Qui pouvait apprécier une supérieure pareille ?
Les nobles dames qui suivaient Henrietta, Dame Doljea comprise, étaient elles aussi des nobles. Qu’elles soient de rang inférieur ou récemment anoblies, elles appartenaient à la noblesse. Toutes avaient grandi choyées dans leur foyer, avec des gens à leurs ordres. Elles n’étaient pas assez insignifiantes pour qu’Henrietta les traite ainsi.
Henrietta avait beau leur donner des ordres, Dame Doljea avait sa fierté de noble dame. Et avant son mariage, Henrietta était la fille d’une famille exactement comme la sienne, voire pire.
Henrietta les épuisait sans cesse en répétant que Marie ne connaissait pas sa place, se permettait des luxes qui dépassaient son rang et manquait de respect à ses supérieurs en les piétinant. Ne pensait-elle jamais à elle-même ?
Si Marie se permettait des luxes au-dessus de son rang, Henrietta en faisait autant. Qu’est-ce qu’elle croyait, à devenir l’épouse d’un grand noble alors qu’elle n’était que ce qu’elle était ? C’était vraiment le genre de femme qui vous faisait dire : « Comment ose-t-elle rêver au-dessus de sa condition ? »
« Quoi qu’il en soit, ce banquet est assez décevant. Peu importe qui l’a préparé, c’est le premier banquet depuis que la marquise a épousé un membre de la Maison Gwendel, et cette fille, qui n’est que la concubine du marquis, a oublié sa place et porte la même robe que la marquise… »
« C’est vrai. Elle doit vouloir humilier la marquise de toutes ses forces. La pauvre marquise ne peut même pas dire un mot après avoir subi pareil affront. »
La conversation avait changé de sujet. Dame Doljea observa la femme qui l’avait détournée de force. Elle semblait être une parente assez éloignée d’Henrietta. Celle qui venait d’abonder dans son sens paraissait, elle aussi, être une amie d’Amelia.
Dame Doljea fronça légèrement les sourcils tandis qu’elles s’accordaient pour soutenir Henrietta. À vrai dire, la robe d’Henrietta avait elle aussi été commandée des mois plus tôt. C’était risible de la voir porter une robe qui ne lui allait pas, apparemment pour imiter celle de Marie.
Le marquis avait commandé la robe de Marie des années auparavant. Il avait choisi lui-même sa couleur et sa soie, puis avait surveillé la création du modèle, rien que pour Marie.
Dame Doljea avait entendu dire qu’elle coûtait une fortune inimaginable. Les bijoux qui ornaient son décolleté valaient plus que les villas d’été achetées par les nobles ordinaires, et on avait utilisé sans compter la plus belle soie du royaume.
Son décolleté était si somptueux qu’il vous laissait bouche bée : des fils d’or et d’argent s’enroulaient avec finesse autour des diamants disposés au centre. Mais surtout, lorsqu’elle la portait, Marie dégageait une aura rare et saisissante. Dame Doljea se souvenait d’elle dans cette robe.
Il suffisait d’y réfléchir un peu pour voir que c’était un mensonge. Henrietta semblait vouloir isoler Marie en passant par ses jeunes parentes, puis prétendre que celle-ci avait copié sa robe.
Mais Marie portait cette robe depuis des années. Ce n’était pas comme si personne n’avait assisté aux banquets où elle l’avait mise. Et si quelqu’un affirmait que Marie l’avait portée la première ?
Même si Marie avait porté par inadvertance une robe d’une couleur et d’un modèle semblables à ceux de sa maîtresse, quelqu’un pouvait révéler que c’était parce qu’il ne lui restait que celle-là dans sa chambre.
Et le marquis n’était pas assez stupide pour ne pas déceler de telles manigances. En somme, Henrietta ne faisait que se ridiculiser.
Elle est incompétente à ce point, et en plus, elle est stupide.
Dame Doljea ne put que ravaler un soupir tandis que les femmes de la Maison Nestro s’échangeaient des insultes sur Marie. Elle n’était pas à la place de Marie et n’était pas particulièrement proche d’elle, mais cette scène l’irritait.
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