Chapitre 32
Traductions WeTried
Traducteur/Éditeur : Malfoid
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◈ Fragments of Thorns and a Cradle ◈
Chapitre 32
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Elle secoua la tête comme si elle allait pleurer et promena son regard autour d’elle. Endymion l’observait froidement. Marie tapota le dos de son fils dans ses bras et essuya sa joue humide. Le jeune Ewin se blottit contre sa poitrine, enfouit le visage dans la soie coûteuse et secoua la tête.
« Chut, chut. »
Marie émit un doux souffle en le berçant. Ce geste lui était familier, mais aujourd’hui, Endymion ne le supportait pas.
Il appela Madame Flandme, qui attendait à distance. Elle se précipita pour prendre l’enfant dans les bras de Marie. Celle-ci secoua la tête, mais finit par lui confier Ewin. Le problème commença alors. Quelque chose avait contrarié Ewin, qui se tortilla et se remit à geindre.
« Je vais m’occuper de lui. Vous êtes l’hôte du banquet, Monseigneur. Je vous en prie, restez auprès de la marquise. »
« Ne te permets pas de me donner des ordres. Viens ici et tiens-toi bien. »
Marie remua les lèvres. Elle regarda l’enfant s’éloigner, le visage triste, puis jeta un coup d’œil à Henrietta. La marquise avait été complètement évincée du champ de vision du marquis et se tenait parmi les membres de sa famille.
« Si vous ignorez la marquise un jour pareil, sûrement… »
« Je m’en occuperai. Et si quelqu’un se met à jaser à cause de ce qui s’est passé aujourd’hui, je réglerai ça à ma façon. »
« Mais… »
« Tu es la femme de San Arzok. »
Endymion attira Marie contre lui par la taille. La tenir par sa taille fine sembla le soulager un peu. Il baissa la tête, posa les lèvres sur sa nuque et inspira son parfum.
« Tu es belle. »
« … »
« Je t’ai offert un collier. Pourquoi ne le portes-tu pas ? »
Marie baissa les yeux. Elle avait l’air étourdie, rien qu’à rester debout. Aux paroles d’Endymion, son regard s’assombrit brusquement.
Elle promena les yeux sur le frac d’Endymion. Ce n’était pas celui qu’elle avait choisi. Henrietta avait-elle aussi changé celui-là ?
Marie avait appris qu’Henrietta avait ordonné le remplacement de tout ce qu’elle avait touché pendant les préparatifs du banquet. Des chandeliers, de la vaisselle et des vases aux bannières et aux rideaux, tout avait été retiré et changé. Marie pensa que ce n’était peut-être pas plus mal.
Il était normal qu’Henrietta prépare le banquet du début à la fin. Marie n’aurait pas dû s’en mêler ni organiser un événement aussi important. À moins que la place d’Henrietta fût ostensiblement restée vide, comme l’année précédente, Marie n’aurait pas dû se contenter de recevoir des comptes rendus alors qu’Henrietta était présente.
Henrietta devait en superviser l’organisation selon ses goûts, avec tout ce qu’elle avait appris et construit. Marie n’avait pas sa place ici.
Elle a raison de me haïr. Je suis une femme qu’elle détesterait même si je ne faisais rien, et je n’ai fait que des choses détestables. Elle doit donc être encore plus en colère.
Mais…
« Tu as l’air abattue, aujourd’hui. »
« Non. »
« Alors, qu’est-ce qu’il y a ? »
« Ce n’est pas ça. Je suis juste un peu nerveuse… »
Marie baissa la tête et laissa échapper un souffle brisé. Elle aperçut sa cravate, nouée avec soin autour de son cou. Son frac, qui épousait parfaitement sa silhouette, était d’un bleu marine profond, presque noir.
Le frac choisi par Marie était d’un bleu ciel élégant, presque gris, assorti à la robe qu’elle avait choisie pour Henrietta.
Pour l’occasion, le marquis et la marquise devaient paraître unis et amoureux. Ils étaient à l’âge où ils auraient dû partager leur amour et chercher à faire prospérer leur maison. Marie se souvenait donc avoir conçu elle-même un modèle évoquant leur mariage, puis l’avoir confié à la couturière.
Pourtant, ils portaient des tenues différentes. Même les tissus et les couleurs ne s’accordaient pas, si bien qu’ils ne ressemblaient en rien à un couple marié.
Henrietta portait une robe bleu marine, un peu plus claire que le frac de Marie. Sa teinte plus vive rappelait celle de la bannière familiale. Mais Endymion, lui, portait un frac bleu marine bien moins vif, presque noir.
Surtout, il portait le frac que Marie lui avait offert pour la première fois. Les manches, la cravate et les boutons étaient ornés des armoiries de la famille et de lys blancs brodés par Marie elle-même.
C’est toi qui as fait ça ?
Marie ravala l’émotion qui montait en elle et se rappela le sourire d’Endymion ce jour-là.
C’était un frac qu’elle lui avait offert pour son vingt-septième anniversaire. Dès qu’Endymion l’avait vu dans la boîte, il y avait enfoui le visage comme pour l’embrasser.
Il sent ton parfum.
Le cœur de Marie s’était emballé quand Endymion l’avait regardée avec douceur.
Brode aussi des lys ici.
Des lys ?
Les lys étaient des fleurs. C’étaient les fleurs les plus courantes à San Arzok, et on les utilisait parfois pour évoquer les femmes de San Arzok, mais ils n’étaient pas un emblème qu’on brodait sur le frac d’un homme.
Parce que c’est toi.
Il l’avait murmuré d’une voix grave et tendre. Le bout du nez de Marie avait rougi et elle avait levé les yeux vers lui. Endymion avait souri en lui tenant doucement la taille.
Ça veut dire que tu seras toujours avec moi. Alors brode des lys partout où apparaissent les armoiries des Gwendel.
Ses lèvres rouges avaient effleuré le nez de Marie. Celle-ci avait eu les larmes aux yeux, incapable de maîtriser les battements affolés de son cœur. Endymion lui mordillait habituellement le lobe de l’oreille et aimait entendre ses reniflements.
Endymion observait en silence la femme aux paupières rougies. Il avait porté le premier frac qu’elle lui avait offert pour qu’elle le reconnaisse. Elle l’avait préparé en secret pendant des mois. Marie était douée pour la broderie. De tout ce qu’elle avait appris, c’était la couture qu’elle maîtrisait le mieux.
De ses mains habiles, elle avait confectionné des vêtements pour bébé, orné ses cravates et créé des bannières familiales pour décorer San Arzok.
Ainsi, jusqu’à l’année précédente, chaque banquet avait été décoré d’objets marqués par la main de Marie. Endymion aimait cela. Un banquet organisé par Marie, dans la maison de Marie. Il voulait vivre là avec elle pour toujours.
« Regarde là-bas. »
Des voix chuchotées leur parvinrent. Endymion fixa les gens. Comme pour organiser une protestation, ces idiots s’étaient rassemblés et s’éventaient.
« Oh, vous croyez qu’une chose aussi indécente a supplié le marquis de l’emmener dans un endroit pareil ? »
La voix était si basse qu’on l’entendait à peine. Endymion lança un regard noir à la femme dont les traits lui semblaient familiers. Les femmes tressaillirent sous son regard cruel. La sœur cadette d’Henrietta trembla tout particulièrement et se recroquevilla comme un chien effrayé.
« Comment une esclave ose-t-elle oublier sa place ? »
Endymion s’arrêta. Il fixa le visage de la jeune fille qui, sans se soucier de sa propre place, avait parlé à tort et à travers, comme elle venait de le dire. Était-ce une cousine d’Henrietta ? Endymion la regarda froidement.
Il observa son visage pour s’en souvenir, se promettant de se venger. Peut-être effrayée, la femme détourna les yeux. Son visage resta pourtant empreint de mécontentement.
Alors qu’Endymion allait parler, Marie se dégagea de ses bras. Elle leva la tête et secoua celle-ci en signe de dénégation.
À cet instant, le duc de Durak s’approcha d’Endymion. Les jeunes femmes de Nestro le saluèrent d’une révérence gracieuse. Cet homme d’une beauté saisissante avait un charme différent de celui d’Endymion.
Sa démarche était aussi disciplinée que celle d’un chevalier, et ses traits nettement masculins. Son regard était vif et perçant, son expression cynique. Il était l’opposé d’Endymion, avec ses cheveux d’un blond éclatant et ses yeux bleus.
Pourtant, en observant de près leurs traits fins, on voyait bien qu’ils étaient cousins par le sang. Après tout, ils étaient proches parents et descendaient du même ancêtre.
Marie regarda son amie qui suivait le duc. Les longs cheveux argentés d’Ella flottaient, brillants comme la lumière de l’aube. Elle portait des bijoux d’ambre en forme de narcisses, même si sa tenue était plus sobre qu’à l’ordinaire. Vu l’occasion, elle s’était manifestement habillée pour ne pas attirer l’attention.
Marie pinça les lèvres, incapable de maîtriser la nausée qui la tourmentait depuis quelque temps. Quand Ella croisa son regard, elle demanda silencieusement du bout des lèvres : « Qu’est-ce qui ne va pas ? »
Marie ne sut quoi répondre et regarda Ella comme si elle allait pleurer. Rien qu’à la voir, elle sentit les larmes qu’elle retenait depuis si longtemps prêtes à déborder.
Mais elle ne pouvait pas pleurer. Si elle laissait paraître ses larmes ici, on la traiterait encore de séductrice qui ensorcelait les hommes avec ses pleurs.
Marie était sans cesse mâchée et mise en pièces, mais aujourd’hui lui semblait particulièrement effrayant et pénible. Était-elle plus sensible parce qu’elle portait un enfant ? Elle n’en savait rien.
C’était peut-être parce qu’il s’agissait de sa première réception publique avec l’épouse d’Endymion. Elle avait enfreint les convenances attendues d’une esclave lors d’un banquet aussi important et portait une robe plus coûteuse que celle de sa maîtresse.
Quand Endymion s’éloigna un instant pour saluer le duc de Durak, Marie le regarda d’un air absent.
« Attends ici un instant. Je viendrai bientôt te chercher. »
Il avait peut-être senti son regard, car Endymion se retourna. Marie ne hocha pas la tête et ne répondit pas. Les deux hommes s’éloignèrent, ne laissant que Marie et Ella.
Selon le déroulement du banquet, Endymion irait bientôt fumer avec les nobles et les chevaliers dans une salle réservée aux hommes. Lucrezia, après si longtemps, retrouverait des membres de sa famille.
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