Chapitre 31
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Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ Fragments of Thorns and a Cradle ◈
Chapitre 31
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Avertissement : maltraitance d’enfant ; violences domestiques ; coercition ou agression sexuelle.
Marie était d’une beauté extraordinaire. Comme toujours, elle était plus élégante et plus pure que n’importe quel lys éclos à San Arzok.
Avec ses manches bouffantes, amples sous les épaules, la robe lui donnait un air plus noble et plus modeste que ne le laissait supposer sa naissance. Et ce n’était pas seulement parce qu’elle était d’un prix inimaginable.
Marie avait toujours eu une silhouette menue et fragile, empreinte d’une noblesse innée. Si elle était née dans une famille noble, elle aurait sans doute pu mener une vie à la hauteur de cette allure.
Après tout, Marie a reçu toute sa vie une éducation et une formation qui ne correspondaient pas à son statut.
Rien d’étonnant à ce qu’Henrietta fût folle de jalousie. Debout près de Sylvia, Lianna jeta un coup d’œil à Henrietta. Contrairement à Marie, celle-ci se tenait là, éventant son visage, tandis qu’elle traitait ses sœurs de sa famille d’origine et les épouses des chevaliers servants comme des servantes.
Marie descendit seule le couloir et alla se placer dans un coin de la salle de banquet, tâchant de se faire aussi discrète que possible. Peu après, le marquis Gwendel et sa mère, Lucrezia, montèrent sur l’estrade. Lucrezia étant l’invitée d’honneur, le marquis se tenait un pas derrière elle.
En temps normal, Henrietta aurait dû se tenir à ses côtés. Mais le marquis ne la fit pas appeler. Comme s’il n’avait pas d’épouse, il se tenait loin d’elle et cherchait Marie du regard. Lianna observait Marie, belle comme une fleur bleue éclose contre un mur.
Une famille aussi riche et puissante que la Maison Gwendel aurait pu régner sur la société de l’ouest. À vrai dire, du vivant de l’ancien marquis, Lucrezia avait mené une vie mondaine, organisant des bals et des événements annuels.
Mais après la fuite de San Arzok d’Agnes, la concubine de l’ancien marquis, plus un seul rire ne résonna dans le château, pas même un rire discret. C’est alors que le couple sociable se mit à réduire le nombre de banquets et de rassemblements.
Lianna secoua la tête en repensant à la mère de Marie, qu’elle avait aperçue quelques fois dans son enfance.
Des invités de la maison Durak, la famille d’origine de Lucrezia, étaient venus ce jour-là. Lianna promena son regard dans la salle, se demandant si la jeune fille dont Marie était proche se trouvait parmi eux. Une femme aussi belle qu’un cristal limpide taillé avec soin.
« Ella, c’est bien ça ? »
Lianna prononça doucement le nom de la concubine du duc de Durak en balayant des yeux la vaste salle de bal. Un bel homme, aussi grand que le marquis et doté d’un visage tout aussi remarquable, entra, une petite femme à son bras. Le duc tenait contre lui cette élégante femme, aussi délicate que belle.
Étrangement, Lianna éprouva un sentiment de privation et tourna les yeux vers Marie. Bien que Marie ait croisé le regard de la concubine du duc, son expression resta sereine. Aucune ne salua l’autre et elles ne s’attardèrent pas à se regarder.
Elles étaient bien différentes des femmes nobles. Peut-être échangeaient-elles des salutations quand elles étaient seules, mais, en pareille occasion, elles évitaient d’attirer l’attention. Chacun des pas de Marie semblait aussi prudent que si elle marchait sur une fine couche de glace, ce qui inquiéta de nouveau Lianna.
Elle aurait peut-être dû emmener Célisse, après tout. Célisse et Lianna n’étaient pas de simples connaissances éloignées. Quand elles se retrouvaient, elles se saluaient et prenaient des nouvelles de leur santé.
C’était possible parce que Lianna avait un amant. Elle n’avait aucune raison de se méfier de Célisse, ce qui lui permettait d’éprouver de la compassion. Mais Marie et Henrietta…
Vu son tempérament, même si Henrietta trouvait un amant, elle ne laisserait pas Marie tranquille.
Quel destin malheureux. Comme sa mère, Marie devrait vivre dans le déshonneur. Quel péché avaient commis la mère et la fille pour devoir devenir ensemble les rebuts de cette maison ?
« … En commémoration du noble anniversaire de ma mère, et en son nom, je remercie une fois encore tous les invités de marque venus honorer cette réunion, pour le dévouement et l’affection qu’elle a témoignés à cette famille. Je vous prie de profiter de ce modeste banquet et vous souhaite un bon retour chez vous. »
Le marquis termina son bref discours au nom de Lucrezia. Henrietta avait réussi à prendre place à ses côtés. Pourtant, il ne la mit pas le moins du monde à l’honneur et ne fit aucun éloge d’elle.
En temps normal, un mari évoquait brièvement les efforts de son épouse afin que sa contribution soit reconnue. Mais le marquis n’accorda pas un seul regard à Henrietta.
Depuis le début du discours, Henrietta n’avait regardé que le beau visage du marquis. À présent, elle se raidit et lança un regard acéré en direction de Marie. C’était si évident que le cœur de Lianna se serra.
Pendant ce temps, Marie se tenait dans un coin, les yeux clignant de surprise. Tandis qu’Henrietta la fixait, ses sœurs de Nestro jetèrent elles aussi un coup d’œil à Marie en agitant leurs éventails.
Après son discours, le marquis descendit les marches, appela Madame Flandme et lui demanda d’amener ses jeunes fils. Le regard de Marie, qui errait anxieusement dans le vide, se posa tout naturellement sur les enfants dans ses bras.
Le marquis tenait chacun de ses fils dans un bras : l’aîné, qui avait environ cinq ans, et le cadet, qui n’en avait pas encore trois. Il les embrassa. Marie se contenta de les regarder, les mains sagement jointes. Henrietta s’approcha de lui.
« Oh, notre adorable fils. Comme tu es beau dans tes nouveaux vêtements ! Qui t’a noué ça ? »
Henrietta caressa tendrement les cheveux de l’enfant, comme s’il était son propre fils. Touché par sa main, l’aîné eut l’air vaguement effrayé et tourna la tête vers sa mère biologique.
Son visage se figea d’une façon qui ne convenait pas à un enfant. Sa réaction était trop vive, comme si quelque chose s’était passé entre eux.
« Ouah ! »
Après avoir touché l’aîné, Henrietta se tourna vers Marie et caressa la tête du plus jeune. Le petit garçon éclata en sanglots dans les bras du marquis. Ses pleurs montèrent jusqu’au haut plafond et se répandirent dans la salle. Ce n’est qu’alors que Marie se mit à déplacer les pieds avec anxiété.
Sur le visage pâle de cette femme, que rien ne semblait émouvoir, parut de l’inquiétude. Le marquis ne consola pas l’enfant. Il observa plutôt Marie d’un regard calme, comme s’il attendait de voir ce qu’elle allait faire.
Henrietta, décontenancée, s’embrouilla dans ses gestes et l’enfant se mit à pleurer plus fort. Il se tortilla légèrement, mal à l’aise dans les bras de son père. Le marquis ne le consola pas du tout ; il se contenta de regarder son esclave. L’enfant en pleurs se mit à appeler sa mère d’une voix plaintive.
Décontenancée, Marie s’approcha lentement de l’enfant. Ce n’est qu’alors que le marquis commença peu à peu à calmer le petit, un large sourire s’étalant sur son visage. Aux côtés du marquis, Marie avait tout l’air de son épouse.
Avant de monter sur l’estrade, Endymion avait cherché Marie du regard. Mais seuls Henrietta et Owen s’étaient présentés à sa vue.
Owen était entré dans la salle de banquet avec son père, puis était sorti sur le balcon pour fumer. Endymion le surveillait, guettant le moindre signe qu’il s’approcherait de Marie, tout en se mordant les lèvres sèches. Il savait déjà qu’Owen poursuivait ouvertement Marie. Ses espions, cachés partout à San Arzok, surveillaient Marie à chaque heure du jour.
Sir Owen n’est que Sir Owen.
Chaque fois qu’Endymion observait Marie comme un homme fou de soupçons, elle lui répondait toujours la même chose. Incapable d’interroger davantage une femme enceinte, Endymion ravala son anxiété et sa jalousie. Ce n’était pas qu’il eût confiance en Marie. Mais il ne pouvait pas insister davantage.
Il repensa au dernier banquet qu’ils avaient donné. Ce n’était même pas la peine d’y réfléchir. Même lors du petit bal organisé cet hiver pour prier en faveur de sa victoire, Marie était restée près de lui, ajustant sa cravate.
Sa main n’avait pas hésité un instant en le touchant. Elle n’avait pas eu honte de l’embrasser sous les yeux de tous. Endymion avait l’habitude de la tenir par la taille. À l’exception des moments où les hommes se réunissaient pour fumer, il se promenait toujours en la tenant contre lui et en la taquinant.
Il avait toujours apprécié les banquets préparés par Marie, loué son goût et l’avait mise en valeur devant les autres en disant qu’il avait eu raison de la former. Ma femme. Mon épouse, que j’ai élevée et instruite, possède de si belles qualités. Il excellait entre autres à la présenter fièrement aux autres.
Mais aujourd’hui, Marie n’était pas venue à lui.
À chaque banquet, ils s’habillaient et vérifiaient mutuellement leur apparence avant d’entrer ensemble. Sauf lorsqu’une mission dangereuse l’en empêchait, Marie l’accompagnait dans ses longs voyages et ses campagnes, partageant ses épreuves. Il l’avait toujours emmenée aux rares événements annuels de la famille.
Pourtant, Marie n’était pas venue le trouver ce jour-là. Après avoir attendu en vain, Endymion avait envoyé un message par l’intermédiaire de la servante de sa mère pour annoncer qu’ils allaient entrer dans la salle de banquet. Il éprouvait une contrariété et un sentiment de trahison inexplicables.
Voyons jusqu’où tu vas pousser les choses.
Il laissa Henrietta attirer l’attention de tous en prétendant être la mère de ses enfants. Il ne consola même pas l’enfant quand il se mit à pleurer.
L’enfant dans ses bras ne comptait pas pour lui. Chaque fois que Marie se montrait distante de cette façon, les enfants ne comptaient plus. Ils pouvaient pleurer ou appeler leur mère, cela ne lui faisait rien.
Seule Marie comptait. Le visage inquiet de Marie. Son regard attentif tourné vers leurs deux jeunes fils.
Endymion remit l’enfant en pleurs à la femme qui cherchait à le lui prendre, puis embrassa Marie. Elle recula, surprise. Endymion réprima sa colère brûlante et l’embrassa de nouveau.
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