Chapitre 29
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Malfoid
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Fragments d’épines et un berceau ◈
Chapitre 29
──────
Avertissement : exploitation sexuelle et esclavage.
Le matin du banquet, Henrietta se mordit la lèvre avec anxiété. Les rideaux commandés à l’atelier n’étaient toujours pas arrivés. Depuis qu’elle avait pris en charge le banquet préparé par l’esclave et remplacé presque tout le travail de Marie, elle dormait à peine depuis des jours.
Lucrezia lui ayant confié cette tâche, elle voulait faire bien mieux qu’une esclave comme Marie. Elle voulait que le banquet ne soit composé que d’objets plus élégants et plus précieux. Elle avait donc remplacé chaque élément et commandé jusqu’aux plus petits ornements aux artisans les plus réputés du royaume.
« Madame la marquise, les rideaux ne sont toujours pas arrivés. Que devons-nous faire ? »
L’une des dames qui l’aidaient lui posa la question, inquiète. Henrietta se tourna aussitôt vers la fenêtre. Les rideaux destinés à être accrochés près de la bannière familiale n’étaient pas là.
« Combien de temps reste-t-il avant le début du banquet ? »
« Un peu plus de deux heures. »
Une sueur froide lui coula le long du dos. En bas de l’escalier, les servantes et les domestiques s’affairaient à décorer les tables. Les fenêtres étaient toujours nues. La bannière familiale n’avait pas été accrochée non plus, et la salle paraissait terriblement vide.
Henrietta avait changé la vaisselle, les chandeliers, les plantes en pot et les rideaux. Ceux choisis par Marie avaient été confectionnés dans une soie qu’elle avait sélectionnée elle-même deux ans plus tôt. Ils avaient été très appréciés, raison pour laquelle on devait les réutiliser.
Quand Henrietta avait appris que Marie avait cousu à la main les bannières pendant cinq ans, en faisant de chacune une véritable œuvre d’art, elle avait voulu remplacer avant tout les rideaux et les bannières.
« Si personne ne vient de l’atelier d’ici une heure, ne vaudrait-il pas mieux remettre les rideaux et les bannières de Marie ? »
Lady Doljea posa la question avec précaution. Henrietta ne répondit pas et baissa les yeux vers les servantes et les domestiques, en contrebas.
Les rideaux de Marie avaient été brûlés. Henrietta avait déchiré toutes les bannières avant de les jeter. Impossible de les accrocher.
Elle avait appris que Marie avait choisi tous les rideaux qui décoraient la salle de banquet. À l’exception des rideaux d’hiver en velours, Henrietta les avait tous déchirés et brûlés. Elle ne supportait pas de voir des objets qu’une esclave du marquis avait cultivés et entretenus.
« À vrai dire, les rideaux que Marie a confectionnés elle-même étaient destinés aux banquets. Ils conviennent donc parfaitement à une occasion comme celle d’aujourd’hui. Vous n’aviez pas besoin de les remplacer, contrairement au reste… »
« Vous tenez vraiment à défendre cette fille. »
Henrietta se retourna, le visage déformé par la colère. Lady Doljea tressaillit. Henrietta la fixa, puis détourna brusquement le regard. Marie. Les femmes qui avaient travaillé avec cette esclave se réunissaient et ne faisaient que répéter : « Marie, Marie. »
Il était peut-être pénible de reprendre les préparatifs du banquet alors que plus de la moitié était déjà terminée. Henrietta le comprenait. Mais puisqu’elle en avait pris la responsabilité, ne devaient-elles pas suivre les instructions de la personne en charge ?
*Elles savent pourtant que je suis de mauvaise humeur. Pourquoi parler de cette fille devant moi ?*
Henrietta retint la rage qui bouillonnait en elle. Elle avait entendu dire que Lady Doljea était comme les mains et les pieds de Marie. Peu importait qu’elle fût de petite noblesse : qu’une noble serve une simple esclave comme si celle-ci était sa maîtresse, voilà qui était risible.
Elle le savait sans qu’on le lui dise. Ses choix étaient moins réussis que ceux de Marie. Chaque objet était coûteux et raffiné, mais l’ensemble manquait d’harmonie.
Même la robe qu’elle portait lui semblait terne et peu attrayante. Elle l’avait commandée un mois plus tôt et l’avait fait confectionner dans la meilleure soie.
Marie serait sans doute plus belle qu’Henrietta même en haillons. Henrietta ne pouvait naturellement pas rivaliser avec elle. Elle reprit son souffle, tentant d’apaiser la chaleur de l’infériorité qui lui montait au visage.
*Bien sûr. Si elle est assez jolie, c’est pour ça qu’elle doit jouer les putains du marquis.*
❖ ❖ ❖
Au bout du compte, les rideaux n’arrivèrent pas à temps. Si Lady Blovens ne s’était pas précipitée dans son propre château pour rapporter ceux qu’elle avait commandés pour l’été précédent, le banquet aurait dû se tenir sans rideaux.
Lianna de Doljea ne put s’empêcher de penser à Marie. En tant qu’épouse d’un chevalier, elle savait à quel point les esclaves pouvaient être une source de désagréments. On avait de la chance si l’on pouvait simplement vivre à distance d’elles. Il y avait des femmes comme Henrietta, qui ne trouvaient le repos qu’après les avoir dévorées.
Mais Henrietta avait le choix. Même si Kailak pratiquait le concubinage, tous les nobles ne prenaient pas de concubine. La coutume était encadrée et limitée. Henrietta aurait pu choisir comme Lianna l’avait fait.
Lianna observa le visage contrarié d’Henrietta, qui examinait les rideaux gris foncé que Lady Blovens avait rapportés à grand-peine. Contrairement aux apparences, Henrietta avait un côté irresponsable et puéril.
Avant le mariage de la jeune femme avec le marquis, Lianna avait cru qu’Henrietta avait assez de caractère et de patience pour porter le titre de marquise. Elle s’était dit qu’une femme qui jouissait de plus de privilèges que les autres et possédait des objets précieux aurait du caractère et saurait se montrer prévenante.
*Ça ne va pas être facile.*
*Pardon ?*
*Lady Nestro.*
Deux jours avant le mariage du marquis et d’Henrietta, Lady Blovens avait parlé froidement à Lianna.
*Les beaux jours sont terminés pour nous aussi.*
*Lady Blovens.*
*Vous croyez qu’Henrietta a l’étoffe d’une marquise ?*
*Vous ne devriez pas dire ce genre de choses…*
*Bien sûr que non, vous ne le croyez pas.*
*Nous ne pouvons pas le savoir. Lady Lucrezia saura sûrement…*
*C’est le marquis qui l’a choisie lui-même. C’est aussi lui qui a insisté pour l’amener à San Arzok, malgré l’opposition de sa mère.*
*Il doit beaucoup tenir à Lady Nestro.*
*Eh bien…*
Sylvia s’était tournée vers Lianna, surprise, comme pour lui demander pourquoi elle faisait semblant de ne pas savoir. Lianna avait détourné la tête et s’était mordu la lèvre. Elle le savait, elle aussi. Le marquis n’avait que Marie. Le conflit avec celle qui deviendrait marquise était inévitable.
Une fois passée la saison des amours de jeunesse, les chevaliers recherchaient des filles de bonnes familles. Les esclaves étaient souvent abandonnées ou chassées à cette occasion. Contrairement aux jeunes filles nobles, elles n’avaient nulle part où aller. Leur sort le plus tragique était d’épouser les hommes qui achetaient des nuits au bordel.
Sinon, les esclaves vivaient discrètement, comme des souris mortes. Au lieu d’être chassées, elles devenaient des fantômes du château. Des personnes qui n’avaient jamais existé, des ombres qui y demeuraient. Si leur maître avait envie de leur rendre visite de temps à autre, ce ne serait plus comme avant.
Telle était la vie de Marie. Lianna avait parfois pitié d’elle. Non, elle en avait terriblement pitié. À tel point qu’elle aurait voulu que le marquis ne se marie jamais.
Mais il ne pouvait pas rester célibataire toute sa vie. Lucrezia et le conseil des anciens ne l’auraient pas permis. Pour un aussi grand noble, avoir repoussé le mariage aussi longtemps avait déjà dû demander du courage.
La pitié qu’elle éprouvait pour Marie la poussait à plaindre l’esclave qui vivait dans la maison de son propre mari, au château de Doljea. C’était pour cette raison qu’elle avait fermé les yeux lorsque la jeune fille avait eu une liaison avec un domestique. Lianna se disait combien elle devait se sentir seule.
Mais Henrietta n’était pas comme Lianna. Elle n’avait pas à l’être, mais y avait-il une raison pour qu’une femme élevée au rang de marquise passe ses journées à se ronger les sangs, complexée par une simple esclave ? Les paroles de Sylvia lui revinrent à l’esprit.
*Ça ne sera pas facile. Pas pour nous non plus.*
*Il ne faut pas envisager l’avenir de manière si pessimiste.*
*Faut-il que vous en fassiez l’expérience pour le comprendre ?*
*Qu’est-ce qui vous rend si sûre de vous ?*
*Qui sait.*
Sylvia avait répondu sans conviction. Lianna n’avait pas insisté. Oui, ça ne serait pas facile. Pas seulement parce que le marquis aimait trop Marie, mais aussi parce que le caractère superficiel et égoïste d’Henrietta finirait sûrement par le mettre en colère.
Mais Lianna n’avait pas imaginé que la situation deviendrait si épuisante aussi vite. Quatre jours avant le banquet d’anniversaire de sa belle-mère, Henrietta avait interrompu tout ce que l’ancienne maîtresse de maison avait entrepris. Elle avait renvoyé les ingrédients du Sud et les poissons de choix prévus pour le repas. Elle avait même renvoyé les cuisiniers de la maison Durak, que Lucrezia, née dans la capitale, avait demandés.
Elle avait tout remplacé, depuis la vaisselle jusqu’aux vases, parmi les préparatifs de Marie. Elle avait même brûlé les bannières familiales parce qu’elles portaient la touche de Marie. Il fallait être folle de jalousie pour en arriver là.
Avec seulement quatre jours devant elle, il était évident que les nobles qui travaillaient sous ses ordres n’allaient pas l’accueillir à bras ouverts. Pour qui se prenait-elle ? Comme elles, elle était née fille d’un chevalier de petite noblesse. Jusqu’à récemment, elle leur souriait avec chaleur et leur parlait comme à des sœurs.
Naturellement, elle ne pouvait rivaliser avec Marie, que l’on surnommait le plus beau lys de San Arzok.
*Cela dit, si Marie est la référence, peu de femmes pourraient soutenir la comparaison.*
Quoi qu’il en soit, Henrietta était une jeune femme plutôt jolie.
Depuis son enfance, elle avait vécu dans la capitale, où résidait sa famille maternelle, ce qui l’avait rendue plus fière que son rang ne le justifiait. Elle se montrait polie et irréprochable tant qu’elle croyait que les autres possédaient autant qu’elle. Dès qu’elle pensait qu’elles avaient moins, elle les méprisait ouvertement.
Les femmes orgueilleuses ne manquaient pas dans la haute société. On pouvait faire semblant de ne pas remarquer leurs petites insultes et leurs vantardises. Mais Henrietta avait un fond plus retors que les femmes que Lianna avait connues.
Il suffisait de quelques rencontres pour voir le désordre qui régnait sous la surface et le peu de raffinement dont elle faisait preuve. Lianna se sentait accablée à l’idée de devoir servir une telle femme et s’inquiétait pour Marie.
*Marie m’inquiète.*
Lianna avait dit cela en faisant tourner son ombrelle. Sylvia n’avait pas répondu, mais semblait reconnaître que les jours où Marie les dirigeait avaient été meilleurs. Marie avait autant de qualités que n’importe quelle jeune noble.
Si seulement elle était née noble. Si elle avait eu de bons parents et était née dans une famille noble mais assez modeste pour que le marquis puisse l’épouser, elles auraient essayé, d’une manière ou d’une autre, d’en faire une marquise.
Malheureusement, le rang de Marie était bien trop bas pour qu’on puisse seulement l’envisager.
*Mieux vaut nous préoccuper de nous-mêmes.*
Sylvia avait répondu avec un soupir. Lianna n’avait rien ajouté. Elles avaient au moins une certaine protection. Marie, elle, ne pouvait compter que sur l’amour d’un maître capricieux.
« Lady Blovens. »
« Oui ? »
« Marie sera-t-elle présente aujourd’hui ? »
« Qui sait. »
Tirée de ses pensées, Lianna avait posé la question à Sylvia. Alors que les portes du château s’ouvraient et que les invités commençaient à remplir la salle de banquet, elle avait pensé à Marie. Sylvia secoua la tête. Henrietta était déjà descendue avec les autres nobles pour accueillir les invités.
Lianna soupira en voyant la bannière familiale des Gwendel, installée à la hâte. Elle avait l’air précaire, comme s’ils avaient ressorti une bannière datant de cinquante ans. Les armoiries de la famille avaient changé au fil des mariages, durant ces cinquante années.
*Comment peut-elle sourire comme si tout allait bien ?*
Si Lianna avait été la maîtresse de maison chargée de préparer ce banquet, elle aurait été en sueur froide, pas en train de sourire. Ce n’était pas l’anniversaire d’Henrietta, mais celui de sa belle-mère. C’était son premier événement depuis son mariage, l’occasion de montrer son savoir-vivre et ses compétences de maîtresse de maison.
« Si vous ne voulez pas qu’on vous trouve pire qu’une simple esclave, cessez de vous comporter comme une idiote. »
Lianna n’en pouvait plus. Elle se retourna pour chercher Marie.
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>