Chapitre 28
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Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ Fragments of Thorns and a Cradle ◈
Chapitre 28
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Avertissement : violence physique ; coercition ou agression sexuelle ; exploitation sexuelle et esclavage ; pensées suicidaires ou automutilation.
La fièvre de Marie tomba quelques jours plus tard. Le médecin lui dit de rester alitée une semaine de plus, pour le bien de l’enfant. Le lendemain de la chute de sa fièvre, Lucrezia lui rendit visite et la rassura : Henrietta terminerait les préparatifs du banquet.
« Je m’occupe de Claude et d’Ewin. Ça n’a pas été facile de les éloigner d’Endymion. »
« Merci. »
Marie s’inclina profondément. Lucrezia baissa les yeux vers son visage assombri, puis se leva. Elles vivaient ensemble depuis plus de dix ans et Lucrezia avait pris soin de Marie, mais celle-ci avait toujours du mal avec elle. Lucrezia le savait et ne s’attarda pas.
« Prenez bien soin de vous. »
« Oui. Bonne route à vous. »
Marie s’inclina comme il convenait. Lucrezia accepta son salut et partit.
Seule, Marie se contempla sans expression dans le miroir. Avant la visite de Lucrezia, les dames qui avaient préparé le banquet avec elle avaient envoyé des serviteurs lui remettre des lettres pleines de questions.
Elles lui demandaient si elle avait recouvré la santé et énuméraient les points à confirmer pour le banquet. Marie ne répondit pas. Elle avait pris sa plume et commencé à écrire, phrase après phrase, puis avait changé d’avis et froissé le papier.
Si le travail avait été confié à Henrietta, celle-ci devait préparer le banquet à sa façon. Même s’il ne restait que les dernières touches à apporter, Henrietta aurait forcément ses propres idées dès qu’elle s’y mettrait.
L’événement refléterait les goûts et le style de la maîtresse de maison. Henrietta le préparerait avec soin et, comme ce serait son premier événement en tant que belle-fille de la famille Gwendel, elle aurait forcément une idée précise de ce qu’elle voulait.
Si Marie s’en mêlait délibérément et blessait encore la fierté d’Henrietta, celle-ci ne le lui pardonnerait vraiment pas.
Tu es déjà la présence la plus irritante de San Arzok, rien que par ton existence. C’est le sort et la place des esclaves partout. Tu es une épine dans le pied de tous, rien qu’en respirant.
Chaque fois que Lucrezia et Madame Retman voyaient Marie, elles lui disaient des choses de ce genre. San Arzok était chez elle, mais sa simple présence pouvait être source de problèmes. Les regards des gens restaient toujours acérés, car personne ne se réjouissait de la voir exister.
Il est naturel que dame Henrietta ne t’aime pas. Aucune femme n’accueille volontiers la concubine de son mari. Celle qui viendra ne t’aimera pas.
…
Au moins, comme c’est dame Henrietta, tu souffres moins. Si une femme issue d’une famille assez puissante pour rivaliser avec les Gwendel était venue ici, on t’aurait fait sortir par la porte de derrière, vivante mais pareille à un cadavre.
Madame Retman avait dit cela en envoyant Marie hors du château, la veille du mariage d’Endymion. Marie n’en avait pas été surprise. Cela l’avait un peu attristée, mais elle avait pensé que c’était vrai.
Si Henrietta avait appartenu à une famille aussi puissante que les Gwendel, Marie serait peut-être déjà morte. En tout cas, elle ne vivrait plus sous une forme humaine.
Les esclaves étaient battues au moindre caprice. Une esclave qui partageait le lit de son maître pouvait être battue à mort sans que personne y trouve à redire.
Les filles comme toi ne peuvent pas être pardonnées, rien que pour le fait d’exister.
Marie se rappela les mots que Madame Retman lui avait dits autrefois. Si vivre signifiait commettre un péché à chaque respiration, elle voulait mourir bientôt. Les yeux baissés vers son poignet blanc, elle fut saisie par l’envie de mordre jusqu’à percer ses veines bleues.
Elle repoussa l’horrible envie qui lui envahissait l’esprit et sortit de sa chambre. Elle marchait dans le couloir pour prendre l’air quand quelqu’un lui saisit l’épaule. Elle sursauta comme un poisson sorti de l’eau, fit volte-face et vit qui c’était.
« Chevalier Owen. »
« Ça fait un moment. »
« Quand êtes-vous arrivé ? »
« Qui sait ? Il y a deux semaines ? »
Marie esquissa un sourire. Owen observa la femme pâle sourire. Le vent souleva ses cheveux bouclés. Leur parfum floral lui chatouilla les narines.
« Comment vous sentez-vous ? »
« Je vais bien. »
« Mon frère a fait entrer un vrai salaud dans cette maison. »
Owen détourna les yeux et lança ces mots avec mépris. Marie pinça les lèvres, puis répondit doucement :
« Je vous en prie, ne dites pas ça. Dame Henrietta est seule. Elle s’est mariée dans un endroit qu’elle ne connaît pas et doit regretter les gens qui lui sont chers. Elle n’a personne sur qui s’appuyer, alors elle ne peut pas avoir l’esprit tranquille. »
« Et toi, ça va ? »
« C’est chez moi. »
Marie répondit. Le regard d’Owen s’attarda sur ses épaules, qui s’affaissaient sans qu’elle s’en rende compte. Il songea à la piquer au vif avec un sourire cruel, puis renonça. Inutile de tourmenter une femme malade si cela ne faisait que le rendre plus malheureux. Owen faisait toujours passer Marie avant tout.
« Toi non plus, tu n’as personne sur qui t’appuyer ici. Au moins, cette fille a un endroit où retourner. Mais toi… »
Marie ne répondit pas. Owen contempla la femme aux yeux baissés, puis lui prit la joue blanche dans la main. Marie tressaillit de surprise. Owen apprécia sa réaction et étira le coin de sa bouche en un sourire.
« Je n’ai pas besoin d’enfants. »
« Qu’est-ce que vous voulez dire ? »
« Ce serait bien que tu m’en donnes, mais tu es fragile. Je peux considérer les enfants de mon frère comme les miens. Nous avons le même sang, alors ce sont presque mes enfants aussi. »
« Qu’est-ce que vous racontez… »
Marie repoussa la main d’Owen et fronça les sourcils. Son comportement était soudain, mais pas inattendu. Owen la prenait souvent au dépourvu de cette façon. Il avait toujours été ainsi, depuis l’enfance. Endymion s’était méfié de lui à chaque fois, mais Owen n’avait jamais changé.
« Viens à Turkis. »
Elle l’avait entendu maintes fois. Elle avait refusé sa proposition tout autant de fois. Pourtant, Owen ne se lassait jamais. Marie se demandait d’où venait cette affection inépuisable. Elle ne savait pas quel vide le rendait si acharné.
« Lâchez-moi. »
Marie détourna la tête. Les mains qui la retenaient étaient comme du fer. Impossible de s’en dégager facilement.
« Marie. »
« Lâchez-moi avant de parler. »
« D’accord. »
Owen la libéra. Marie le dévisagea, surprise. Owen leva les mains comme un gentleman et sourit avec nonchalance. Marie se détendit un peu, sans oublier de reculer de trois pas.
« Si dame Lucrezia voit ça, elle sera profondément déçue. »
« Eh bien, on n’y peut rien. »
« Vous êtes un fils indigne. »
« Un fils dévoué ne vaut rien en tant qu’homme. Surtout un homme comme mon frère… »
Owen ricana. Marie laissa échapper un léger rire. En le voyant, Owen sourit. Marie secoua la tête.
« Je peux t’attendre. »
« Même si vous dites ça, rien ne changera. Je suis mère de trois enfants et j’ai déjà un maître… »
« Ça ne fait pas de toi une femme mariée. Mon frère a une épouse, mais toi, tu n’as pas de mari. Tu es une mère célibataire, pas une femme mariée. Qu’est-ce qui nous empêcherait d’être ensemble ? »
Owen parlait comme s’il était frustré. Marie leva vers lui un regard perplexe. Elle portait l’enfant de son frère, et pourtant il disait l’aimer. Il ne parvenait pas à renoncer à son désir. C’était étrange.
« Ce n’est pas aussi simple. »
« C’est toi qui compliques les choses. »
« J’ai couché avec votre frère. J’ai trois enfants. »
« Je t’ai dit que ça ne me dérangeait pas. »
« Mais moi, ça me dérange. »
Marie grimaça quand Owen s’approcha. Qu’Owen n’y voie pas d’inconvénient ne changeait rien. Elle, elle en avait. Pour elle, cela revenait à considérer le frère de son maître comme un homme. Et, en plus, c’était le fils de Lucrezia. Que se passerait-il si Lucrezia — Lucrezia, entre toutes — l’apprenait ? Marie ne voulait même pas l’imaginer.
« Considérer l’oncle de mes fils comme un homme… »
« … »
« Quelle femme saine d’esprit pourrait faire une chose pareille ? »
Owen garda les lèvres closes. Marie contempla en silence son ombre et serra les poings. Elle était sortie prendre l’air pour s’éclaircir les idées, mais elle avait échoué. Elle ne dit plus rien et se détourna. Owen ne la retint pas. Marie s’éloigna de lui comme si elle fuyait.
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