Chapitre 25
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Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ Fragments of Thorns and a Cradle ◈
Volume 1, partie 4
Chapitre 25
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Avertissement : contenu sexuel explicite ; exploitation sexuelle et esclavage.
« Marie. »
La voix d’Endymion lui parvint à travers le brouillard de sa conscience. Marie avait fait un long rêve et mit du temps à reconnaître qui l’appelait. Par réflexe, elle porta la main à son bas-ventre, à la recherche de l’enfant.
« L’enfant va bien. »
Endymion lui caressa les cheveux en murmurant. Marie ouvrit les yeux et jeta un regard à son ventre. Elle ignorait si elle devait se réjouir ou s’attrister. Pourtant, elle ne pouvait pas se montrer triste devant Endymion. Même s’il était jaloux de l’enfant, il ne lui pardonnerait pas de le rejeter.
« Comment va la marquise ? »
Endymion fronça les sourcils quand elle s’enquit de Henrietta. Marie contempla son visage déformé par l’expression avant de baisser les yeux. Il détendit aussitôt ses traits, comme s’il se reprochait sa réaction, et continua de la caresser, sans fin, comme s’il craignait qu’elle ne se brise.
« Tout va bien, maintenant. Je te protégerai. »
Il l’embrassa doucement sur le front. Respirant son odeur familière, Marie suivit lentement les contours de son désespoir.
Il était évident que Henrietta aurait désormais une piètre opinion d’elle. Comme tous les autres. Les serviteurs de San Arzok, même les épouses des chevaliers servants qui venaient au château. Ils penseraient que Marie avait tourmenté l’épouse légitime pour garder son maître dans son lit.
« Je vais bien. Ce qui compte, c’est de savoir si la marquise va bien. »
« Pourquoi tu n’arrêtes pas de parler de cette fille ? Tu as peur d’elle ? Tu crois que je ne peux pas te protéger ? »
« Non. Ce n’est pas ça. Je m’inquiète pour elle… »
Marie secoua la tête. Le visage d’Endymion s’était déjà fermé.
La simple existence de Marie représentait une menace pour Henrietta. Sa présence au château était un malheur insupportable, une intrusion dans le mariage de Henrietta.
Et si cette esclave avait déjà donné à l’époux de Henrietta deux fils, portait un autre enfant et accaparait ses faveurs, qu’y avait-il de plus terrifiant ?
La main pâle de Marie chercha celle d’Endymion, puis elle se mordit la lèvre.
« Pourquoi tu t’inquiètes pour cette fille ? »
*Parce que toi, tu ne t’inquiètes pas pour elle*, voulut-elle répondre. Mais Marie ravala ses mots et chercha autre chose à dire.
« Comme tu n’es pas encore rétablie, j’ai confié les préparatifs du banquet à Elena. »
« À dame Elena ? »
Elena avait été la nourrice d’Endymion. En tant que plus proche aide de Lucrezia, les serviteurs l’appelaient Madame Retman. Marie aussi l’appelait dame Elena ou Madame Retman.
« Tu en as déjà fait plus de la moitié. Il ne te reste qu’à terminer, non ? Tu disais que les préparatifs étaient presque achevés. »
« C’est vrai, mais… »
Marie le regarda avec inquiétude. Endymion semblait se moquer de qui superviserait le banquet. Marie et l’enfant qu’elle portait passaient avant tout, et son rétablissement semblait être la seule chose qui comptait.
Mais Marie, elle, y tenait.
C’était le banquet de la marquise. On ne pouvait pas confier un tel banquet à une simple servante. Non pas que Madame Retman fût incapable de le superviser, bien sûr.
Comme l’avait dit Endymion, il ne restait que les derniers détails. Marie avait même choisi le papier des invitations. Il suffisait de vérifier soigneusement la liste des invités pour que tout se passe bien. Les dames qui avaient travaillé avec Marie pourraient discuter de tout problème avec Elena.
Malgré tout, Marie craignait que les gens ne disent qu’une simple servante avait organisé le banquet de la marquise. Elle s’était occupée des banquets précédents en tant que concubine, mais Lucrezia en avait toujours été responsable. Le nom de Marie n’avait pas circulé parmi les invités. Elle ne devait jamais se montrer.
« Ne vaudrait-il pas mieux laisser la marquise terminer elle-même ? »
« Non. »
« Monseigneur… »
Marie ravala un soupir. Endymion était inflexible. Il semblait résolu à ne laisser Henrietta exercer aucune influence, ni au château ni dans la maison. Marie se demanda pourquoi il avait pris une épouse s’il comptait la traiter ainsi.
Marie pensait qu’Endymion devait mettre une limite entre eux. Ce ne serait pas facile, mais elle avait fermement pris sa décision. Depuis longtemps, elle s’efforçait de ne plus le considérer comme son amant.
Il était un maître qui possédait une esclave.
Le maître et l’esclave étaient différents. Même s’ils partageaient le lit, mangeaient la même nourriture et avaient ensemble trois ou quatre enfants, aussi nombreux que des glands, un maître n’était pas un compagnon. Même s’il lui murmurait des dizaines ou des centaines de fois qu’il l’aimait, prendre ses faveurs pour de l’amour ne pouvait mener qu’à une seule fin.
Marie ne voulait pas devenir comme sa mère. Elle avait entendu jusqu’à en avoir mal aux oreilles comment Agnes avait vécu et aimé. Lucrezia et les personnes qui avaient pris soin d’elle lui avaient toujours raconté la vie d’Agnes. Elles lui avaient appris ce qui arrivait à une esclave qui aimait son maître.
Si elle prenait le fait d’être possédée pour de l’amour, sa vie ne serait pas différente. Marie avait pensé à Agnes en donnant naissance à Claude. Elle avait pensé à Agnes même quand Endymion n’aimait pas Claude.
*N’espère rien. Ne t’afflige pas…*
Ne rien attendre lui avait permis de sourire quand il avait pris une épouse. Même en préparant son mariage, elle n’avait pas versé une seule larme.
« C’est le travail de la marquise, à l’origine. Elle est triste parce que je ne lui ai pas donné l’occasion de s’en charger. Je lui ai pris son travail, alors c’est normal qu’elle soit contrariée. »
« Tais-toi et dors. »
Endymion parla sèchement. Il faisait de gros efforts pour ne pas perdre son sang-froid. Mais Marie ne s’arrêta pas. Il devait aimer son épouse. S’il ne pouvait pas l’aimer, il devait au moins la respecter. Marie avait l’intention de faire tout ce qu’elle pouvait pour cela.
« J’avais tort. »
« Je t’ai dit de te taire et de dormir. »
« Je… »
« C’est ton travail. »
Endymion retira la main qui la caressait. Marie croisa son regard, désormais entièrement fermé. Il n’avait pas l’air de pouvoir se laisser convaincre.
« C’est toi qui as fait grandir cet endroit et qui en as pris soin. »
« Monseigneur. »
« Quand tu es entrée à San Arzok et que tu es devenue ma femme, tu es devenue la belle-fille de ma mère et son héritière. Tu ne sens pas qu’on te l’a pris ? Tu changeais les rideaux du château à chaque saison, tu réparais les murs extérieurs, tu rencontrais les jardiniers et tu prenais soin du domaine. Chaque année, tu préparais le banquet de mon anniversaire et celui de ma mère. »
« … »
« Les épouses des chevaliers servants sont sous tes ordres. Les serviteurs accourent quand tu les appelles. »
Endymion se mordilla la lèvre. Marie retint son souffle et s’efforça de ne pas pleurer.
« Tu accepterais qu’elle prenne tout ça ? »
« … »
« Tu accepterais qu’elle prenne jusqu’à mon amour ? »
Non. Bien sûr que non. Bien sûr… ça lui faisait terriblement mal.
Marie était triste. Elle avait beau s’efforcer de ne pas aimer Endymion, elle avait fini par l’aimer. Et tout comme elle aimait Endymion, elle aimait San Arzok.
Elle avait essayé de ne pas s’attacher, mais elle avait pris soin de chaque recoin de ses propres mains. Il n’y avait pas un mur, pas un clou dans ce château dont elle ne se fût occupée. Comment aurait-elle pu…
« Je ne peux pas oublier. »
Marie sanglota. La fièvre brûlait son corps, chaque membre lui faisait mal, et le chagrin qui l’envahissait échauffait la peau sous ses yeux. Endymion avait l’air désespéré en lui avouant sa douleur.
Pour lui, ce n’était peut-être qu’un mariage dont il gardait le souvenir. Mais pour Marie, pour Marie…
« Tu as souri en glissant dans ma main l’anneau destiné à une autre femme. »
Peut-être avait-elle pleuré. Son nez la picotait, la peau sous ses yeux était humide et elle devait avoir l’air ridicule.
Endymion attira sa femme en pleurs dans ses bras. À ses yeux, Marie était son épouse depuis très longtemps. Depuis que son père défunt l’avait déposée dans ses bras en la déclarant sienne, elle n’aurait jamais pu être autre chose.
Son épouse, sa femme, son amante, sa Marie. Sa possession. Son amour. La femme qui avait porté ses enfants.
Endymion ne pouvait bander pour personne d’autre que Marie. Même si cette femme — celle que Marie appelait son épouse — venait à lui à moitié dévêtue et l’étreignait, sa chair flasque ne s’éveillait pas.
Alors, à moins de prendre un aphrodisiaque, il ne pourrait jamais féconder une autre femme. Pas à moins de faire passionnément l’amour à Marie, puis de s’enfoncer dans le sexe d’une autre…
Dégoûtant.
Cette pensée le dégoûtait. Il ne pouvait pas s’imaginer tenir dans ses bras une femme qui ne serait pas Marie.
Aussi ridicule que cela paraisse, il était un homme qui lui était resté fidèle. Contrairement à Randolph, il n’avait couché avec personne d’autre que Marie. Il n’avait même pas effleuré une autre femme du bout des doigts. Il ne leur parlait pas longtemps et ne leur accordait pas son attention. Il était même ainsi avec sa mère.
Marie était la seule femme de son univers.
« Tout ça ne te dérange vraiment pas ? »
Il le lui demanda en la regardant dormir. Au lieu de répondre, elle fronça les sourcils et eut un léger mouvement de douleur. Endymion trouva même cela ravissant et lui embrassa le front.
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