Chapitre 2
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Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ Fragments of Thorns and a Cradle ◈
Chapitre 2
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Avertissement : maltraitance infantile ; violences conjugales ; violences physiques ; exploitation sexuelle et esclavage.
Les nobles des pays voisins, comme Solerium et Treden, pensaient que les esclaves qui s’enlaçaient aux jambes de leurs maîtres n’étaient que des esclaves ayant couché avec eux. À leurs yeux, c’étaient des femmes ridicules et dépravées.
C’était une époque où les divisions sociales étaient nettes, profondes et rigides. Les gens s’indignaient que des esclaves, si ignorantes de leur condition, puissent mener des vies qui ne leur étaient pas destinées.
Voilà ce que disaient ceux qui n’y connaissaient rien. Les esclaves de Kailak connaissaient leur condition mieux que quiconque et en supportaient l’insoutenable poids précisément parce qu’elles la comprenaient.
Personne ne choisissait de naître noble, pas plus que personne ne choisissait de naître esclave. Les femmes nées esclaves et condamnées à vivre comme esclaves domestiques de leurs maris n’avaient pas souhaité ces mariages.
Même sans richesse, elles auraient voulu connaître la tendresse et le bonheur. Même sans abondance, elles auraient voulu que cela leur suffise. Après une longue journée épuisante, elles auraient voulu rentrer auprès d’un mari sur lequel s’appuyer, qu’elles pourraient regarder dans les yeux et auprès duquel elles pourraient vivre. Mari et femme étaient censés former une famille précieuse, chacun étant le soutien de l’autre.
Elles auraient voulu que leurs fils et leurs filles ne portent pas des vêtements différents, ne mangent pas des plats différents et ne mènent pas des vies différentes simplement parce qu’ils étaient nés de leur ventre. Elles auraient voulu que leurs enfants ne soient pas comparés à chaque parole et à chaque pas, qu’on ne les accuse pas d’oublier leur place.
Le père les autoriserait-il à porter son nom ? Se soucierait-il ne serait-ce qu’un peu de leur avenir ? Aucun parent ne souhaitait voir son enfant vivre avec de telles inquiétudes.
Marie était pareille. Comme Agnes, elle n’avait pas souhaité devenir la femme de basse condition d’Endymion. Elle n’avait pas souhaité donner à Endymion des fils de basse condition. Alors…
« Quand le gonflement va-t-il diminuer ? »
Marie observa le pli profond entre les sourcils de son mari. À l’aube, quand elle lui avait dit qu’elle avait mal entre les jambes, il avait fait appeler une servante et convoqué son médecin. La femme d’âge mûr qu’elle ne connaissait pas avait remplacé le vieux Lanton, le médecin qu’Endymion avait tué.
« D’ici une semaine. »
La femme avait examiné l’endroit qu’Endymion avait sucé et mordu sans relâche, puis avait pris du désinfectant et de la gaze.
Avant même que la médecin ait pu parler, Endymion avait exigé de savoir quand Marie se rétablirait. Il était fidèle à lui-même. Il la blessait de ses propres mains, mais dès qu’elle tombait assez malade pour rester alitée, il se pétrifiait et refusait de quitter son chevet.
« Voici une pommade. Appliquez-la souvent. »
Marie se tourna vers la médecin. Son visage nu, sans maquillage, était impassible. Endymion prit la pommade. Ses lèvres muettes demandaient : *Je te l’applique maintenant ?*
Marie secoua la tête.
La médecin se leva et sortit de la chambre. Quand Marie tenta de se redresser, Endymion la repoussa d’une main. Sans lui demander d’écarter de nouveau les jambes, il les saisit et les lui ouvrit.
« Ah ! »
« Ne bouge pas. »
« Monseigneur ! »
Endymion lui tint les hanches et examina sa chair gonflée. Marie l’appela en haletant. Il ne répondit pas. De ses longs doigts, il appliqua soigneusement la pommade visqueuse.
Marie pinça les lèvres et leva les yeux vers lui. Son toucher était prudent, comme s’il faisait pénitence. Comme si cela pouvait changer quoi que ce soit.
Elle détourna le regard. Elle s’inquiétait pour les bébés, qui n’avaient pas vu leur mère depuis plus d’une demi-journée.
« Où sont les enfants ? »
« Avec la nourrice, je suppose. »
« Je dois les voir. »
Quand il eut terminé, Marie referma les jambes et regarda Endymion. Il lui caressa le bas-ventre en silence, puis hocha la tête.
« Je vais les faire venir. »
❖ ❖ ❖
Claude se tenait devant la femme de son père, les mains sagement jointes. Il ne s’affaissait pas et ne se courbait pas, gardant le regard droit devant lui. Il n’osait pas lever les yeux vers la femme de son père ; son visage pâle ne pouvait que cligner des paupières.
« Bââille. »
À côté de lui, Ewin bâilla et se frotta les yeux. Surpris, Claude donna un léger coup de coude à son petit frère. Ewin leva les yeux vers lui. Quand Claude secoua fermement la tête, Ewin pinça les lèvres, perplexe.
« Pourquoi ne mangez-vous pas ? »
Une voix fluette s’éleva. Impossible à déchiffrer, presque douce. Claude tourna la tête vers Mère.
Mère.
Oui. On lui avait dit de l’appeler Mère. Tous les enfants illégitimes appartenaient à l’épouse légitime de leur père ; la femme de son père était donc aussi la mère de Claude.
« M-merci. »
De beaux fruits confits et des desserts avaient été disposés devant eux dès leur arrivée, et il l’avait remerciée. Mais c’était tout ce que Claude avait réussi à dire devant cette femme. Son estomac se nouait sous l’effet de la tension. Il n’avait jamais été aussi tendu devant son père, mais il avait du mal à respirer et à ouvrir la bouche.
Avant que Claude ait pu prendre sa fourchette, Ewin s’en empara et enfourna une grosse bouchée de crème dans sa bouche. Claude hésita, guettant la réaction de la femme.
Ses longs yeux étaient froids. Ce n’étaient pas les yeux qu’on posait sur un enfant de trois ans. Ils contemplaient plutôt le fruit de quelque chose de répugnant et de sale.
Claude connaissait bien ce regard, et pourtant il lui était presque étranger. Personne n’avait osé le regarder ainsi en présence de son père.
« Le marquis couche-t-il toujours avec son esclave domestique ? »
Claude venait enfin de prendre une tranche de melon et de la manger lorsque la question cinglante tomba. Il cessa de mâcher et regarda la femme. Ses cheveux noirs et ondulés étaient relevés en un chignon haut, et son visage était élégant et soigné.
Quand la femme était arrivée, la nourrice de Claude lui avait longuement caressé les cheveux en murmurant : « Les beaux jours sont finis. »
Claude n’avait pas compris ce que cela signifiait. Il était donc resté assis sans rien dire pendant qu’elle le caressait.
« Tu ne dois plus appeler Maman Mère. Tu dois appeler la marquise Mère. Naturellement, tu ne peux pas approcher de la chambre du seigneur sans permission. Et si le seigneur a un fils avec la nouvelle marquise, tu dois le traiter avec tout le respect qui lui est dû. »
« … »
« Une concubine ne peut pas contester l’autorité de l’épouse légitime. Elle est l’esclave de son maître, et donc aussi celle de son épouse légitime. C’est pareil pour les enfants illégitimes. Tu ne peux pas contester l’autorité d’un héritier légitime. »
Le visage de la nourrice était triste tandis qu’elle débitait rapidement ces longues phrases, sans reprendre son souffle.
« Tu comprends ? »
Claude n’avait pas répondu.
« Ce n’est pas grave si tu ne comprends pas. Tu es encore trop petit. »
Alors, la nourrice avait versé des larmes que même Maman ne laissait pas couler.
« Pauvre jeune maître. Je prie pour que la marquise ait pitié de vous. »
Elle avait serré Claude dans ses bras, les joues trempées de larmes. Comme Ewin à présent, Claude avait cligné des yeux dans ses bras, sans comprendre.
« Réponds-moi. »
« … »
« Tu ne vas pas m’ignorer comme ta mère, n’est-ce pas ? »
Elle avait appelé sa mère une esclave domestique, puis, deux remarques plus tard, l’avait appelée ta mère. Claude comprenait la différence entre ces appellations. Il n’avait que cinq ans, mais il savait ce qui se cachait au fond du cœur de cette femme.
La nourrice priait pour que la marquise ait pitié de lui, mais elle savait elle-même quel genre de femme serait la future marquise.
« Quelle huile ta mère met-elle dans ses cheveux ? »
La femme posa de nouveau la question. Ewin, qui mâchait sa crème sans réfléchir, vit le visage figé de son frère et prit peur. Le regard de Claude glissa sur les plats avant de revenir à la femme.
« Quelle poudre utilise-t-elle ? D’où vient-elle ? »
Son ton était pressé et irrité. Ce n’étaient pas des questions à poser à un enfant. Claude n’en savait rien et secoua la tête.
La femme se mordit brièvement la lèvre. Puis elle détendit son expression raide et parla d’une voix douce.
« Renseigne-toi avant de revenir la prochaine fois. »
« … »
« Tu peux aider Mère, n’est-ce pas ? »
La femme sourit à Claude, qui ne répondait pas. Il garda les lèvres closes et ne dit rien.
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