Chapitre 1
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Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ Fragments of Thorns and a Cradle ◈
Volume 1, partie 1
Chapitre 1
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Avertissement : deuil ; perte d’une grossesse ; exploitation sexuelle et esclavage.
La mère de Marie, Agnes Ronin, avait été la concubine de Randolph von Gwendel, le père d’Endymion. La concubinage était une coutume singulière, propre à ce pays, le royaume de Kailak, et qui perdurait depuis sa fondation.
Seuls les chevaliers issus de la royauté et de la noblesse pouvaient avoir des concubines. Ces femmes étaient aussi appelées esclaves ou servantes.
Un ancien décret royal stipulait qu’un chevalier devait avoir un écuyer à son service, un chevalier servant pour le soutenir au combat et une esclave pour réchauffer son lit et le servir la nuit. Le décret définissait clairement le choix de ces concubines, leur traitement, leurs devoirs et leur rôle.
Esclaves, elles étaient aussi des épouses. Servantes, elles étaient les femmes du chevalier. Avant d’épouser officiellement leur chevalier, on les appelait servantes de chambre. Après le mariage, elles devenaient concubines et remplissaient ce rôle.
En général, une femme devenait la concubine du chevalier dès qu’il l’avait choisie ; le mariage pouvait donc sembler inutile. Pourtant, un rite prenait son sens dès lors qu’on l’observait.
Épouser une esclave était une pratique inconnue ailleurs. Même dans les mariages inégaux, les hommes et les femmes que séparait une si grande différence de rang se mariaient rarement. Aucune autre nation n’avait fait de telles unions une coutume.
Pourtant, lors de leur adoubement, les chevaliers recevaient des esclaves aussi naturellement que des écuyers et des chevaliers servants.
À l’origine, les servantes de chambre étaient des présents que le roi offrait aux chevaliers en temps de guerre. Avec le temps, seuls les parents des chevaliers se chargèrent de les choisir, aussi soigneusement que la future épouse qui hériterait des terres avec le titre et le château de leur fils.
La coutume perdurait parce que Kailak méprisait les veuves et les craignait. Le royaume avait hérité de ce sentiment de l’antique nation de Glensium, dont il avait repris les fondements.
Une superstition déplaisante prétendait que la mort s’attachait à l’épouse et se transmettait à son mari, causant sa mort. Elle s’était renforcée au fil des guerres incessantes qui avaient transformé le royaume, et les préjugés ne disparaissaient pas facilement.
Mais la mort ne survenait pas selon les désirs des gens. Pour éviter le veuvage, il fallait soit que son mari survive, soit que le mariage soit annulé. C’était ridicule, mais vrai. Comment une femme aurait-elle pu échapper autrement aux accusations d’avoir causé la mort de son mari ?
Les enfants compliquaient les choses. Si le couple avait des enfants, l’annulation ne permettait pas de récupérer la dot. Et à quoi bon annuler le mariage sans récupérer la dot ? Ces femmes finissaient généralement leurs jours enfermées dans des monastères.
Les femmes âgées dont les enfants avaient grandi avaient peu de raisons d’annuler leur mariage ou de se remarier. Mais les nobles dont les fils étaient trop jeunes pour hériter du titre de leur père se faisaient souvent dépouiller de leurs terres et de leurs biens par des parents collatéraux, puis étaient envoyées au monastère avec leurs enfants.
Ainsi, les esclaves devinrent une coutume durable plutôt qu’une mesure temporaire.
Les nobles n’avaient pas à risquer le veuvage pendant que leurs maris se bâtissaient une réputation au combat. Les chevaliers avaient besoin de descendants directs portant leur sang, quel que fût le ventre dont ils étaient issus. Surtout si l’on s’attendait à ce qu’ils meurent à la guerre. Ce besoin relevait moins du chevalier lui-même que de sa maison.
Avoir des enfants avec des esclaves devint donc naturel, indépendamment de la naissance d’héritiers légitimes.
Les chevaliers gardaient des concubines pour gérer leur maison militaire et les accompagner lorsqu’ils quittaient leurs terres pour partir au front avant leur adoubement. Les enfants nés du ventre d’une concubine étaient aussi légitimes que ceux de l’épouse. Pourtant, tant que le mariage demeurait intact, tous les enfants illégitimes étaient considérés comme ceux de l’épouse légitime.
Si une femme pouvait jouir des droits d’une maîtresse de maison sans se donner de peine, c’était un avantage. Le mariage ne devait désavantager aucune des parties.
Les chevaliers n’avaient donc des héritiers avec leur épouse légitime qu’après avoir reçu leur adoubement, accompli leur première campagne et obtenu des médailles dignes de leur titre. Il aurait été fâcheux que le père meure juste après qu’elle eut conçu.
Les chevaliers assez expérimentés pour éviter d’être envoyés réprimer des révoltes privées et des troubles avaient généralement autour de trente ans. Deux à quatre ans après leur mariage, ils concevaient prudemment des héritiers légitimes au moment opportun. C’était la plus grande attention que l’on pouvait témoigner aux nobles, afin de leur épargner le sort des veuves.
Même si son mari mourait réellement, une veuve sans enfant pouvait faire annuler son mariage, récupérer sa dot et se remarier. Dans ce cas, la succession du chevalier revenait aux enfants qu’il avait eus avec sa concubine, tandis que les esclaves qui les avaient mis au monde finissaient leurs jours au monastère, comme les veuves nobles d’autrefois.
Une coutume qui ne faisait de tort à personne. Ainsi, le système permettant aux chevaliers de perpétuer leur lignée grâce aux esclaves devint une tradition durable, au bénéfice de tous.
Heureusement, comparé à son mépris des veuves, Kailak se montrait relativement tolérant envers les enfants illégitimes. Les chevaliers recevaient donc des esclaves à peu près au moment de leur adoubement, tout comme ils prenaient de jeunes épouses.
La mère de Marie, Agnes, avait été la concubine de Randolph, le précédent marquis de Gwendel.
Randolph avait pris Agnes alors qu’il avait vingt-deux ans et qu’elle en avait cinq de moins. Au printemps de ses vingt ans, elle conçut le fils du marquis, mais l’enfant était mort-né. Ils tentèrent à maintes reprises d’en avoir un autre. Agnes conçut de nouveau, mais ce fils ne vécut que quelques années avant de mourir de la fièvre.
Le marquis avait peu de raisons de le regretter. Son épouse légitime lui avait déjà donné un fils en bonne santé. Il n’avait aucun besoin particulier d’un enfant de sa concubine.
Contrairement aux fils d’Agnes, y compris l’enfant mort-né, le fils légitime du marquis était robuste. Même lorsqu’il attrapait la fièvre, il s’en remettait en trois jours. Il était simplement ainsi fait.
L’héritier ressemblait à son père, avec une carrure de guerrier et aucun défaut visible. Il ne ressemblait pas au fils d’Agnes. Tant mieux. Il aurait été malvenu que le fils de la concubine surpasse celui de l’épouse légitime.
Personne ne savait exactement ce qui s’était passé entre Agnes et le marquis l’année où son fils était mort. Leurs sentiments avaient dû être profonds, mais personne n’en avait sondé les abysses. Peut-être n’avaient-ils été que ceux d’Agnes.
Quoi qu’il en soit, l’enfant mort appartenait à Agnes. Le marquis avait déjà un fils remarquable, et il ne pleurerait donc plus cette mort. Agnes, elle, avait dû se retrouver seule au bord du précipice, peut-être prisonnière d’un marécage dont elle ne pouvait s’échapper et condamnée à une longue solitude.
Selon Lucrezia, la mère d’Endymion et marquise de Gwendel, Gregory avait été le seul à tendre la main à Agnes dans ce marécage.
« Bien sûr que tu es née. »
Lucrezia, la marquise de Gwendel, avait dit cela sans la moindre inquiétude. Bien sûr que Marie était née.
« Bien sûr qu’Agnes s’est enfuie. »
Marie observa les lèvres minces de Lucrezia. Peut-être que seule Lucrezia avait compris le marécage d’Agnes. Si Gregory avait été celui qui lui avait tendu la main là-bas, alors Lucrezia était la seule personne de ce château à comprendre ce qu’était ce marécage, à comprendre Agnes.
Lucrezia se contenta d’observer l’insolence de la jeune esclave de son fils.
« Mais vous, vous ne devez pas vous enfuir. »
« Pourquoi donc ? »
« Mon fils est plus cruel que Randolph ne l’a jamais été. »
Lucrezia referma les lèvres. Marie la fixa, puis détourna le regard. Le printemps était calme. Marie repassait la mort d’Agnes dans son esprit.
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