Chapitre 18
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Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ Fragments d’épines et d’un berceau ◈
Chapitre 18
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Avertissements de contenu : violences domestiques ; contenu sexuel explicite ; violences physiques ; coercition reproductive ; coercition ou agression sexuelle ; exploitation sexuelle et esclavage.
« Tu ne m’as pas entendu ? »
Il lui tordit brutalement la tête.
Il lui fit tourner la tête de force. En un instant, il la jeta à terre. Randolph écarta les éclats de verre d’un coup de pied et lui ouvrit les jambes.
Il lécha les doigts d’Agnes en imaginant qu’un autre homme les avait touchés, puis lui abaissa l’encolure. La peau, rougie et gonflée par ses morsures et ses succions de la nuit précédente, avait quelque chose d’obscène.
Il releva sa jupe et enfonça son sexe dans son vagin sec. Agnes oscillait comme une poupée, sans même laisser échapper un faible gémissement. Son corps, si maigre qu’il en était méconnaissable, ressemblait à des épines bleues et acérées. Il maintenait l’esclave d’un air déformé.
Plus il tentait de la saisir, plus elle semblait lui échapper.
Comme l’eau qui s’écoule d’autant plus vite qu’on cherche à inverser son courant.
Il avait l’impression de s’agripper à des choses qu’on ne pouvait défaire. Il ne savait pas ce qui avait mal tourné. Mais à un moment donné, Agnes et lui s’étaient irrémédiablement déchirés.
Il ne pouvait pas l’accepter. Il ne pouvait pas le permettre.
Il se souvint de Lucrezia et de quelque chose qu’elle lui avait dit un jour.
« Tu ne veux peut-être pas l’admettre, mais le cœur d’Agnes t’a déjà quitté. Si tu veux garder le souvenir de votre amour, même comme un simple souvenir, pars avant de lui montrer quelque chose de plus horrible encore. Ce serait mieux pour elle. »
« Tu es jalouse ? »
Lucrezia avait éclaté de rire, comme si elle venait d’entendre une absurdité.
Randolph l’avait fixée d’un regard froid.
« Je suis devenu fou ? Agnes est la seule femme assez stupide au monde pour pouvoir aimer quelqu’un comme toi. Alors arrête de dire des sottises. »
Lucrezia l’avait regardé comme s’il ne méritait pas son intérêt, puis s’était détournée.
Randolph secoua la tête.
Elle ne pouvait pas être jalouse. Lucrezia avait un amant.
Il avait autrefois été mercenaire dans l’Empire de Turkis, qui régnait sur de vastes déserts et des plaines au-delà de la mer Noire. Randolph avait eu une très haute opinion de cet homme, plusieurs années auparavant. Lucrezia avait noué une liaison secrète avec lui alors qu’elle était déjà fiancée, et ils poursuivaient encore leur relation.
De la jalousie, chez cette femme ?
Et même si elle en éprouvait, pourquoi Randolph aurait-il besoin de le savoir ? Lucrezia n’était pas du genre à revenir sur une affaire si elle n’y avait rien à gagner.
Rien chez elle ne lui plaisait. Son orgueil et son caractère rigide étaient insupportables.
Contrairement à son frère, dont la beauté frappante avait survécu à une vie passée à rouler sur les champs de bataille, Lucrezia avait un visage quelconque et le corps raide. Randolph ne lui avait accordé la place de maîtresse légitime de San Arzok qu’en raison du pouvoir et de la fortune de sa famille. Grâce à elle, San Arzok lui appartiendrait tout entier.
Le mariage était aussi une affaire pour elle.
Même lorsqu’il la prenait dans ses bras, Randolph songeait à ce que Gwendel pouvait tirer de Durak : ses mines et ses droits au commerce maritime. Il comptait calculer chaque avantage et tout dépouiller.
Si Lucrezia lui donnait un héritier, tous deux appartiendraient à Gwendel. C’était l’occasion rêvée d’étendre les affaires de la famille et de récupérer les droits du commerce maritime que son grand-père avait perdus.
Il n’avait aucune raison de refuser Lucrezia.
Si une autre femme avait pu lui apporter tout cela, il en aurait choisi une autre. Le mariage n’avait eu que ce seul but.
Lucrezia, fille du duc de Durak, avait elle aussi épousé un homme de San Arzok pour servir les intérêts de sa famille. À l’origine, elle avait négocié son mariage avec le fils du comte de Planzok, ministre de l’Intérieur. Mais le prestige et la richesse que lui offrait la maison Gwendel de San Arzok dépassaient de loin ceux de cette union.
Lucrezia avait fait son choix.
Le duc de Durak n’avait pas prévu, au départ, de marier sa fille adorée à une famille de chevaliers. Même si l’autre maison noble avait moins d’influence que Durak, il avait voulu qu’elle épouse un noble à qui il était interdit de prendre des concubines.
À Kailak, aucun homme autre qu’un chevalier ne pouvait prendre de concubine.
Lucrezia aurait pu éviter de voir son mari se noyer dans son obsession pour une esclave. Pourtant, elle avait choisi Randolph.
Il passait des nuits avec elle parce qu’il voulait un enfant d’une femme de bonne naissance, et Lucrezia lui avait donné un fils.
Randolph se souvenait encore de cette nuit-là.
C’était la nuit où Agnes avait pleuré sans s’arrêter.
Les jours suivants, elle avait cessé de manger. À son retour, elle ne l’avait pas accueilli.
Il se souvenait de son visage et de ses questions.
« Tu as vraiment passé la nuit avec elle ? Tu l’as tenue dans tes bras comme tu me tiens ? Tu lui as donné ta semence pour qu’elle ait un enfant ? »
Agnes n’avait cessé de le lui demander.
Randolph lui avait expliqué qu’il était naturel qu’il ait un héritier. De même qu’elle avait eu un enfant, Lucrezia en aurait un. Et il était tout aussi naturel que l’enfant de Lucrezia hérite de ses biens.
Agnes avait eu l’air anéantie.
À l’idée que l’autre femme aurait un enfant comme elle, ses épaules s’étaient affaissées. Puis, avec l’expression de quelqu’un qui n’entendait rien, elle avait acquiescé à ses paroles.
Après ce jour-là, tout avait changé.
Agnes avait changé. L’amour d’Agnes avait changé.
Il ne savait toujours pas ce qui avait mal tourné. Il ignorait ce qui l’avait transformée.
Tout le monde vivait comme lui. Toutes les esclaves vivaient comme Agnes. Agnes était au moins mieux traitée que les autres concubines.
Parce que Randolph l’avait toujours aimée.
Même quand il prenait Lucrezia dans ses bras, Randolph pensait à Agnes. À son corps souple, à ses seins blancs et ronds, à ses joues qui s’empourpraient délicieusement.
Quand le corps raide et sans joie de Lucrezia ne parvenait pas à l’émouvoir, il enfouissait le visage dans les sous-vêtements qu’Agnes avait portés.
Agnes le savait-elle ?
« Agnes. »
Il remua les hanches. Même après tout ce temps, l’entrée autour de son sexe sombre restait étroite. Depuis la mort de Lucian, Agnes était encore moins elle-même.
Il avait pensé que le temps l’aiderait à se remettre. Ils pourraient avoir un autre enfant.
Endymion étant déjà né, Randolph n’était pas pressé. Endymion hériterait de tout, alors peu importait qu’Agnes ne tombe pas enceinte.
Mais Randolph voulait un enfant avec Agnes. Plus précisément, il voulait une fille. Il pensait que si elle lui donnait une fille qui lui ressemblait, il la chérirait plus que tout au monde.
Une fille aurait été préférable.
Il pensa à Lucian. Chaque fois qu’il le voyait, il s’imaginait combien tout serait parfait s’il avait le fils de Lucrezia, qui hériterait de ses biens et de San Arzok, ainsi qu’une jolie petite fille ressemblant trait pour trait à Agnes. Mais Agnes avait eu un fils et, à ses yeux, l’enfant ne lui ressemblait pas beaucoup.
Les écuyers sous ses ordres et les serviteurs du château disaient que l’enfant ressemblait un peu au grand-père maternel d’Agnes. Il avait sans aucun doute les traits de la famille de sa mère. Agnes insistait pour dire qu’il ne ressemblait qu’à elle, mais même un œil impartial, et pas seulement celui de Randolph, voyait bien qu’il ne lui ressemblait pas. Alors…
« Cette fois, je veux une fille. »
Il murmura ces mots en la tenant dans ses bras par habitude. Cette fois, il voulait avoir un enfant comme il se devait. Plus précisément, une fille. Si elle ressemblait à Agnes, il pensait qu’aucun trésor au monde ne serait trop précieux pour elle.
Il prit plaisir à tenir la femme inerte comme s’il allait la broyer. Même maigre comme une branche desséchée, Agnes avait toujours un effet sur lui. Il la souleva dans ses bras et l’embrassa.
Par la suite, Agnes fut fiévreuse pendant plusieurs jours.
Sa gorge enfla si fort qu’elle ne pouvait ni avaler même une bouillie liquide ni parler à qui que ce soit.
Randolph resta collé à son chevet. Il s’occupa même de son travail dans sa chambre.
Les serviteurs racontaient que depuis la mort de son fils illégitime, le marquis était encore plus obsédé par son esclave.
Le quatrième jour, Agnes ouvrit les yeux et avala un peu de bouillie. Elle se rétablit suffisamment pour bouger, mais elle avait tant maigri qu’elle paraissait plus frêle que jamais.
Randolph embrassa à plusieurs reprises ses joues creuses et la toucha avec autant de précaution que s’il s’agissait d’une poupée de verre.
Agnes jeta un coup d’œil à l’homme qui lui donnait lui-même la bouillie, puis baissa les yeux. Elle ne voulait rien mettre dans sa bouche.
Randolph l’observait attentivement, attendant qu’elle lui ouvre de nouveau son cœur. Qu’elle redevienne comme avant, qu’elle redevienne sa douce amante.
Mais Agnes ne retrouva pas ses esprits.
Puis le médecin leur annonça qu’elle attendait un deuxième enfant.
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