Chapitre 15
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ Fragments d’épines et un berceau ◈
Chapitre 15
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Avertissement de contenu : deuil ; violence domestique ; violences physiques ; coercition ou agression sexuelle ; pensées suicidaires ou automutilation.
Le temps passa. Sa mère n’ouvrit jamais son cœur à son père. Il se montra gentil avec elle pendant des mois, mais dès qu’elle lui résista et s’opposa à lui, son intérêt se refroidit rapidement.
À cette époque, sa mère se donna la mort. Elle se pendit. Son père ne versa pas une larme. Il n’assista pas à ses funérailles.
Sa mère fut enterrée ailleurs que dans le cimetière familial. Quelque part, tout comme son dernier enfant avait été vendu quelque part.
Contrairement aux esclaves ordinaires, enterrées avec leurs maîtres dans le caveau familial, sa mère reposait sur une terre sans aucun lien avec la famille, sous une épaisse couche de mauvaises herbes.
Avant de venir à San Arzok, Agnes n’avait rendu visite à la tombe de sa mère qu’une seule fois. Elle avait voulu y retourner chaque fois que sa mère lui manquait, mais Randolph le lui avait interdit. Il ne voulait pas la laisser quitter San Arzok.
Et c’est ainsi qu’Agnes hérita de la vie de sa mère. De son fardeau. De son destin. Plus cruel et désespéré encore. Ce cycle de vie détestable qui ne prendrait fin que lorsqu’elle mourrait.
« Qui cherchais-tu ? Où ? »
Sa tête, fracassée contre le mur, lui faisait si mal qu’elle avait l’impression qu’elle allait se fendre. Peut-être était-ce déjà fait, car le mur était taché de sang. Une force glaciale se cachait dans les yeux bleus de Randolph. Était-il devenu fou ? Que lui était-il arrivé ? Il n’était pas comme d’habitude. Agnes ne savait pas quoi dire.
« Lucrezia ? Pourquoi la cherchais-tu ? »
Il avait l’air incrédule. Agnes pinça les lèvres. Randolph lui cria de parler. Son visage déformé avait quelque chose de démoniaque. Dans sa frénésie, il lui saisit les épaules et la secoua.
« Qu’est-ce qui te déplaît tant ? »
Elle avait l’impression que ses tympans allaient éclater.
L’homme furieux plaqua ses lèvres ensanglantées contre celles d’Agnes. Elle n’avait plus la force de se débattre et se laissa simplement embrasser. Après lui avoir ouvert les lèvres et mêlé sa langue à la sienne, il lui écarta les jambes. Une nuit terrible et interminable s’abattit sur elle.
Après cette nuit, Randolph traita Agnes avec beaucoup d’égards. Il lui répétait souvent qu’il l’aimait. Il lui disait qu’elle était belle et adorable, qu’aucun ange ne pouvait rivaliser avec elle. Quand il lui murmurait ces mots, il ressemblait à un jeune garçon qui lui déclarait son amour avec douceur.
« Te rencontrer a été la chance de ma vie. Ton enfant est aussi adorable que toi. »
Il caressa l’épaule et le bras meurtris d’Agnes. Elle ne lui répondit pas. Les endroits où il l’avait frappée la lançaient encore. Les bleus autour de ses yeux et le sang séché n’avaient pas disparu, et pourtant, il lui parlait ainsi. Elle ne comprenait pas.
Son visage était si enflé qu’elle était moins belle qu’une mendiante endimanchée, et pourtant il la désirait toujours. Mais à y réfléchir… Son père avait été pareil. Parfois, il avait été gentil. Et ces jours de gentillesse venaient toujours après des jours comme celui-là.
Agnes avait cru que Randolph serait différent, mais il ne l’était pas. Peut-être était-il pire.
Au moins, Agnes n’avait jamais eu l’intention de s’opposer à Lucrezia. Même les jours où la jalousie la rendait folle, où elle haïssait Lucrezia de passer ses nuits avec Randolph, elle n’avait pas voulu lui tenir tête. Elle pensait que tout suivait son cours normal.
Quelques jours plus tôt, Agnes était sortie accueillir Lucrezia pour lui faire bonne impression. Elle voulait se montrer gentille avec elle. Si cela avait épuisé Lucrezia, Agnes ne serait pas allée à sa rencontre.
N’importe quoi. Agnes était prête à obéir à tous les désirs de Lucrezia. Si elle voulait qu’Agnes se cache quelque part, hors de sa vue, elle le ferait. Si elle lui ordonnait de se montrer et de devenir sa suivante, elle le ferait aussi.
Mais voilà ce qui était arrivé. Agnes ignorait ce qu’elle avait fait pour mériter que Randolph la batte.
« Qu’est-ce que tu veux que je fasse ? »
Randolph tendit les bras pour la prendre contre lui et l’embrasser doucement. Agnes lui posa la question.
« Rien. Tu n’as rien à faire. »
« … »
« Redeviens celle que tu étais avant. Redeviens la jolie jeune fille que tu étais. Dis-moi que tu m’aimes. »
Ah. C’était donc ça. Randolph voulait de l’amour. Il voulait continuer sa romance avec une esclave, alors qu’elle aurait dû prendre fin après une saison.
Agnes le trouvait puéril. Il était pire que son père. Il voulait continuer à jouer à la romance, comme ces autres chevaliers qui y mettaient fin en atteignant l’âge adulte.
« Je ne sais plus comment je t’ai aimé. »
« … »
« J’ai oublié. »
Le visage de Randolph se durcit. Agnes lui avoua qu’elle ne l’aimait plus. Mais elle ajouta qu’elle restait son esclave et sa concubine fidèle. Même s’ils n’étaient pas unis comme une famille, elle était la servante de Randolph et remplirait toujours son devoir.
Randolph la fixa comme un chien venu des enfers. Après cela, ils rompirent tout lien. La saison qu’ils avaient passée à s’aimer tourna en quelque chose de si répugnant qu’on ne la reconnaissait plus. Agnes regretta de l’avoir aimé.
L’enfant d’Agnes était un enfant ordinaire. Il lui ressemblait beaucoup, et un peu au marquis. C’était un adorable petit garçon aux boucles blondes et aux yeux d’un bleu vif, comme la mer.
Quand l’enfant lui faisait plaisir, le marquis le soulevait et l’embrassait. Mais Agnes détestait que Randolph le touche. Elle n’aimait pas qu’il soulève ce petit corps et l’embrasse.
Mais les enfants, surtout les garçons, aimaient leur père.
Aux yeux de Lucian, Randolph était toujours un homme merveilleux. Il voulait que son père vienne tous les jours et le prenne dans ses bras. Il voulait s’asseoir sur l’une de ses cuisses pendant que Randolph lui caressait la joue, l’embrassait sur le front et s’exclamait en riant : « Mon petit chevalier ! »
Chaque fois que Lucian réclamait Randolph, Agnes avait le cœur déchiré. Randolph félicitait l’enfant et lui témoignait de l’affection devant Agnes, mais elle savait que ce n’était qu’un moyen de lui resserrer le nœud coulant autour du cou.
Chaque fois qu’Agnes fléchissait ou lui résistait, Randolph se servait de l’enfant pour la punir. À part cela, Lucian ne lui était d’aucune utilité. C’était aussi pour cette raison que Randolph avait tant voulu avoir un enfant d’Agnes.
Si Randolph était le paradis dans le monde de Lucian, l’enfant auquel il tenait vraiment était le fils de Lucrezia.
Son intention était différente. Il avait emmené Lucrezia voir le fils qu’elle avait mis au monde. Agnes et son enfant… Cela lui était probablement égal.
Il avait choisi une femme dont la famille et le statut étaient irréprochables, à laquelle on ne pouvait trouver aucun défaut, pour porter l’enfant qui hériterait de tout. Il allait de soi que leur nourriture et leurs vêtements étaient eux aussi différents.
C’était inévitable, car telle était l’étiquette. Malgré tout, Agnes en avait le cœur serré.
Peut-être parce qu’il était né du désir d’avoir un fils aussi parfait, l’enfant de Lucrezia avait quelque chose d’exceptionnel, même aux yeux d’Agnes.
Si le fils d’Agnes était un enfant ordinaire, à qui rien ne manquait mais qui ne se distinguait en rien, le fils légitime que chérissait le marquis était, pour le dire avec douceur, intelligent et, plus crûment, effrayant.
Il était étrangement dépourvu d’émotions et perspicace pour un enfant. Il était silencieux et impassible. Quand quelque chose lui déplaisait, ses railleries étaient d’une froideur glaçante.
Chaque fois que le fils de Lucrezia, Endymion, croisait Agnes, il l’arrêtait de son regard froid et l’appelait : « Agnes. »
Ensuite, il lui reprochait de manquer de respect en omettant de le saluer.
Agnes était triste et en colère qu’un enfant lui parle ainsi. Mais elle ne pouvait rien y faire. C’était l’étiquette, et il aurait été mal de s’y opposer.
Même dans la maison de son père, Agnes avait toujours occupé la dernière place. Les domestiques eux-mêmes la traitaient avec désinvolture, et son père ne les reprenait délibérément pas.
Elle avait pu supporter de joindre les mains et de baisser les yeux devant la baronne, l’épouse de son père. Elle avait pu supporter d’appeler « jeune maître » et « jeune maîtresse » des frères et sœurs qui n’avaient que quelques années de plus qu’elle.
Mais l’idée de baisser la tête devant le fils de Randolph, à San Arzok, faisait monter la rage en elle. L’humiliation lui faisait grincer des dents et lui montait aux yeux, mais elle donna à Endymion ce qu’il voulait.
Quand elle en parla à Nanna, la concubine du comte Laborve, celle-ci la plaignit et lui dit que l’étiquette devait être très stricte dans une maison aussi illustre.
Nanna ne semblait pas très bien s’entendre avec l’épouse du comte, mais elle paraissait assez proche de la fille que la comtesse avait mise au monde. Elles échangeaient des cadeaux et s’appelaient par leurs prénoms. Rien à voir avec Agnes et Endymion.
« Agnes. »
Un jour, Endymion l’arrêta dans le couloir, comme il le faisait toujours.
« Bonjour, jeune maître. »
Agnes le salua comme il le souhaitait, puis voulut repartir.
« Où vas-tu ? »
Endymion l’arrêta de nouveau. Agnes ravala son envie de courir et se retourna vers l’enfant.
Il avait les cheveux d’un or éclatant, pareils à des fils de soie, tout comme le marquis. Sa peau était blanche comme du lait et douce, et son petit visage avait hérité des traits remarquables du marquis.
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