Chapitre 12
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Malfoid
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Fragments of Thorns and a Cradle ◈
Chapitre 12
──────
Avertissement de contenu : exploitation sexuelle et esclavage ; idées suicidaires ou automutilation ; exploitation sexuelle de mineurs.
Agnes était la fille d’une esclave appartenant à un baron. Celui-ci était un vieux vassal fidèle de San Arzok, un chevalier chargé de protéger les arrières du marquis.
Il avait acquis l’esclave à quinze ans. À vingt ans, il avait eu Agnes, mais ne s’était jamais attaché à elle. Agnes avait un frère aîné, mort avant l’âge de cent jours, et un demi-frère cadet qui avait le même père qu’elle.
Comme c’était souvent le cas des enfants nés de concubines nobles, les garçons menaient une vie sans valeur tant qu’ils n’étaient pas choisis comme héritiers. Le demi-frère d’Agnes ne faisait pas exception. Après que leur mère se fut pendue, il voulut devenir moine.
Leur père ne l’en empêcha pas. Il n’avait jamais éprouvé d’affection pour ses enfants illégitimes. Lorsque le garçon s’enfuit dans un monastère, leur père voulut vendre sa fille restante comme concubine à quelqu’un. Un noble se trouva justement désireux de prendre Agnes pour épouse secondaire.
Son père voulait se débarrasser d’Agnes au plus vite. Il voulait la vendre et ne plus jamais la revoir. Si le marquis de Gwendel ne l’avait pas aperçue dans le jardin du baron, Agnes aurait été forcée, à quinze ans, d’épouser en secondes noces un homme de soixante ans.
Comme les autres enfants à moitié nobles et à moitié esclaves, Agnes n’avait pas eu la vie facile. Son père se montrait particulièrement dur envers les enfants nés de concubines.
On disait qu’un homme n’oubliait jamais sa première femme. Avant leur majorité, les chevaliers avaient parfois de brèves aventures avec des femmes que leurs parents leur avaient assignées. Mais le père d’Agnes avait été particulièrement réticent à accepter l’esclave choisie par ses parents.
La mère d’Agnes n’avait donc même pas connu les belles années dont jouissaient les autres concubines. C’était peut-être pour cela qu’elle s’était donné la mort, laissant derrière elle une maison où toute affection avait disparu.
Quoi qu’il en soit, la mère d’Agnes était une femme qui n’aimait pas son maître. Agnes avait suivi ses traces. C’était tout ce qu’elle était, et c’était pitoyable.
« Vous aimez Randolph. »
C’était à l’époque où le marquis de Gwendel, Randolph et Agnes étaient amants. Randolph avait présenté sa fiancée à Agnes.
« Voici Lucrezia de Durak. C’est la femme que vous servirez. »
« Oui. Bonjour, madame. Je m’appelle Agnes. »
« Bonjour, Agnes. Vous êtes aussi jolie qu’on me l’avait dit. »
Lucrezia lui répondit avec gentillesse. Agnes la regarda. C’était la femme dont Randolph lui avait parlé la veille.
Avant son mariage, Randolph avait parlé de Lucrezia à Agnes et lui avait expliqué qu’elle serait la maîtresse qu’Agnes devrait servir. Agnes était la concubine de Randolph ; il était donc naturel qu’elle serve son épouse comme une esclave.
Agnes acquiesça. Elle pensa que tout irait bien.
Qu’avait-elle cru voir bien se passer ?
Tout. Elle croyait que tout irait bien. Rien ne changerait vraiment, car telle était la vie et le destin d’Agnes.
Elle s’y était résignée encore et encore. Tout ce qu’elle avait vu dans sa vie ressemblait à ce qui allait arriver ensuite ; rien ne pouvait donc vraiment la bouleverser.
De même que certaines nobles étaient destinées à rencontrer avant leur mariage les femmes qui riaient entre les jambes de leur mari, les misérables esclaves qui ne pouvaient pas avoir de mari étaient destinées à rencontrer les épouses de leurs maîtres. C’était inévitable, on ne pouvait y échapper.
Ce qu’Agnes n’avait pas réussi à faire mieux que sa mère, ce qui la rendait plus malheureuse encore, c’était d’aimer son maître. Cela rendait sa vie déjà misérable plus absurde encore.
« Ce n’est pas vrai, madame. Je suis là pour vous et Monseigneur. Je ferai toujours tout mon possible pour que votre mariage soit heureux. »
Elle bavardait sans la moindre sincérité. Lucrezia se contenta d’esquisser un sourire.
Elle semblait ne s’intéresser ni à Randolph ni à Agnes. Parfois, même l’immense château de San Arzok et ses richesses lui paraissaient insignifiants. Elle était la fille d’une puissance égale à une maison royale.
Tous les hommes du monde devaient lui sembler ridicules et insignifiants. Aucune femme n’était aussi noble qu’elle ; rien de coûteux qu’un homme pouvait lui offrir ne saurait donc lui être précieux. C’était bien naturel.
Et Agnes enviait l’aisance et la fierté de Lucrezia.
On ne pouvait certes pas posséder ce avec quoi l’on était né, mais Agnes ne désirait ni le rang ni la place de Lucrezia. Elle aurait voulu pouvoir sourire comme Lucrezia, simplement parce qu’elle était Lucrezia.
Parce que Lucrezia était née avec tout, elle n’enviait personne et n’en voulait à personne. La simple présence d’une femme entretenue par son futur mari ne la troublait pas.
Lucrezia avait bien trop de choses importantes auxquelles penser. Ce mariage avait beaucoup à lui offrir.
« Merci, Agnes. »
Lucrezia lui sourit avec douceur.
Agnes la fixa. La veille encore, l’homme qui avait échangé avec elle des paroles vulgaires et intimes escortait maintenant Lucrezia avec la plus grande courtoisie.
Un sourire qu’il n’avait jamais adressé à Agnes. Des manières qu’il ne lui avait jamais montrées. Il la traitait avec le respect d’un chevalier, tandis que Lucrezia recevait ses attentions en dame parfaitement élégante.
Agnes se sentit lésée. Elle avait cru que tout irait bien. Quand Randolph lui avait dit la veille qu’il lui présenterait sa fiancée, elle n’avait pas bronché. Elle avait souri et promis : « Je me tiendrai bien. »
Elle était une concubine. Agnes croyait qu’il valait mieux devenir la concubine d’un jeune homme beau et puissant que l’épouse secondaire d’un homme de soixante ans. Randolph, qu’elle avait rencontré à quinze ans, cinq ans plus tôt, s’était montré particulièrement tendre et passionné ; mais elle était aussi tombée amoureuse de son beau visage.
Elle avait eu de bonnes raisons de se réjouir de devenir la femme de Randolph.
« Mon maître m’a dit qu’il m’aimait. Il m’a dit que j’étais belle, jolie comme un ange. Alors, il n’est pas comme Père. Il prendra soin de moi et de mon enfant. »
Le seul exemple de couple qu’Agnes avait connu en grandissant était celui d’un maître et de sa concubine. Elle avait supposé que tous les maîtres qui avaient des concubines étaient autoritaires, capricieux et froids.
Sa mère avait été à peine mieux traitée que les esclaves domestiques. Le statut des fils et des filles illégitimes dans un château dépendait de leur père, et Agnes et sa mère n’avaient jamais été bien considérées. Ses demi-frères et demi-sœurs avaient toujours été pour Agnes des supérieurs terrifiants, tout comme leur mère, la baronne.
Agnes craignait la baronne autant que son père. Le meilleur avantage à devenir la concubine de Randolph et à vivre à San Arzok, c’était de ne plus jamais avoir à les voir.
Elle croyait donc pouvoir endurer l’avenir qui l’attendait. Même si l’affection de Randolph venait à s’éteindre, elle pensait pouvoir le supporter tant qu’il ne devenait pas trop cruel, aussi dur que son père.
« Je vivrai bien. Je ne vivrai pas comme Mère. »
Agnes se le répétait sans cesse. Même née d’une esclave, elle vivrait mieux que sa mère. Elle croyait que la détermination pouvait changer le destin.
Elle en était fermement convaincue. Avant les fiançailles de Randolph, une amie proche lui avait même donné un conseil.
« Ce n’est pas si mal, Agnes. Je préfère la situation actuelle, maintenant que le comte ne s’intéresse plus à moi. Je te l’ai déjà dit, non ? Il était difficile. C’était épuisant, et maintenant qu’il est marié et ne me fait plus appeler, j’ai enfin la bouche moins douloureuse. »
« Vraiment ? »
« Bien sûr. Et quand il adorait notre enfant, il lui a donné une villa. Quand le petit sera plus grand, je crois que nous irons y vivre. »
« Oh, c’est merveilleux. »
« Toi aussi, assure-toi de recevoir quelque chose avant le mariage. Nous, les femmes comme nous, ne savons jamais ce qui va arriver. Un marquis saura subvenir à tes besoins. Bien sûr, seulement tant qu’il aura encore des sentiments pour toi. »
Son amie sourit avec amertume. En la regardant bercer son jeune fils pour l’endormir, Agnes se fit une promesse.
« Il n’y a rien de mal à ça. Ça devait arriver de toute façon. On dit que c’est même mieux ainsi. On dit que c’est le meilleur moment pour s’assurer un bien. Si je veux mettre de l’argent de côté, c’est maintenant qu’il faut le faire… »
Agnes se rassura.
« Agnes. »
Randolph vint la chercher après avoir raccompagné Lucrezia. Agnes releva la tête vers lui. Randolph avait retrouvé l’expression qu’elle connaissait. Il ne faisait pas ce doux sourire. Il ne se montrait pas courtois avec elle. Il était simplement un homme.
« À quoi tu penses ? »
Le visage de Randolph se durcit lorsqu’il remarqua quelque chose d’étrange dans son expression. Agnes secoua la tête. Elle cligna des yeux tandis que des sentiments familiers, mais terribles, se dénouaient peu à peu en elle.
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>