Chapitre 10
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ Fragments d’épines et berceau ◈
Chapitre 10
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Avertissement : violence domestique ; violences physiques.
« Le mieux serait de choisir toute la vaisselle dans des tons crème. »
« Et les pièces aux reflets nacrés ? »
« Non. La marquise n’aime pas les teintes nacrées. Même si la nuance est proche, elle trouve rarement que les couleurs aux sous-tons rouges lui vont bien. »
« Marie, tu peux regarder ça ? Les échantillons viennent d’Alcanso… »
C’était étourdissant. Depuis le matin, une foule de gens s’étaient succédé auprès de Marie.
Les femmes se coupaient la parole pour attirer son attention, mais Marie ne perdait pas pied. Si une discussion s’éternisait, elle risquait d’oublier ce qui s’était dit ; elle prenait donc des notes dans un carnet et réglait les choses une à une.
Elle choisit la vaisselle pour les entrées et le plat principal, ainsi que les fleurs et les chandeliers pour les tables. Elle classa les robes de Lucrezia par couturier et par boutique, puis les fit porter à l’annexe. Ensuite, elle choisit les tenues du marquis et de la marquise.
Ils venaient de se marier et entamaient leur premier mois d’union. Ils devaient donc porter des couleurs assorties lorsqu’ils se présenteraient ensemble. Il serait préférable que leurs manches ou leurs cols soient brodés d’un motif symbolisant leur maison, bien visible. Pourtant, Henrietta et Endymion n’étaient pas mis en valeur par les mêmes couleurs.
Marie voulait présenter, pour l’anniversaire de Lucrezia, un fils et une belle-fille en harmonie, ainsi qu’un foyer de marquis où les époux prenaient soin l’un de l’autre. Les rumeurs prétendant que le marquis était obsédé par sa concubine et négligeait son épouse légitime ne leur apporteraient rien. Les gens les savoureraient jusqu’à la dernière goutte.
Personne n’osait insulter la Maison Gwendel ni s’en prendre au marquis. Endymion avait un tempérament exécrable, et Gwendel était si puissant que, même s’il démembrеait quelqu’un pour exposer son cadavre, cela ne retomberait pas sur la maison.
À moins d’appartenir à une famille noble exceptionnellement puissante, on ne pouvait pas survivre aux représailles du marquis. Mais Henrietta était différente. Certains pouvaient dire que le marquis et la marquise ne faisaient qu’un en tant qu’époux, mais la famille de la femme d’Endymion était moins prestigieuse que celle des Gwendel.
Sa famille n’était pas sans importance, mais les gens disaient qu’Endymion avait choisi la fille d’une maison bien inférieure à la sienne en rang et en dignité. Certaines femmes qui avaient rivalisé avec Henrietta pour ce poste disaient qu’une fille sans valeur avait pris la place de marquise sans connaître sa condition.
Mais même si c’était vrai, Henrietta était la femme qu’Endymion avait choisie. C’était sûrement pour cela qu’elle aimait tant son mari. C’était aussi ce qui lui permettait de garder la tête haute au château, malgré la désapprobation affichée de sa belle-mère envers sa famille.
Marie espérait qu’Endymion chérirait Henrietta et l’aimerait. Elle l’espérait depuis qu’elle avait préparé leur mariage.
Son maître… Elle avait préparé ses noces en souhaitant que ce beau couple s’aime sincèrement et demeure heureux pour toujours, quoi qu’en pense Endymion lui-même.
Or, ils n’étaient mariés que depuis un mois, et les ragots sur les capacités et le raffinement d’Henrietta abondaient déjà. Au-delà du rang de sa famille, disait-on, Henrietta elle-même n’avait pas l’éducation requise d’une marquise.
Et le marquis ne réagissait pas comme s’il avait jamais entendu ces propos. Comme il ne réagissait pas, les gens se permettaient naturellement d’aller trop loin.
C’était pourquoi ce banquet comptait à tous les égards. Il fallait veiller à tout et ne rien choisir à la légère, même le plus petit détail.
Marie écoutait attentivement les femmes qui venaient la voir. C’étaient les épouses des aides du marquis, des femmes issues de familles de chevaliers qui servaient la maison du marquis depuis des années.
Elles avaient aidé Lucrezia et enseigné à Marie. À son tour, Marie leur avait transmis son savoir, et elles discutaient toujours ensemble des événements importants du foyer.
« Alors, nous servirons en entrée des œufs d’esturgeon offerts par le vicomte Apette. »
L’esturgeon était l’un des poissons les plus prisés élevés sur les terres du vicomte Apette. Avec la truffe, il comptait parmi les grandes délicatesses du continent et convenait parfaitement aux entrées d’un banquet. Marie acquiesça.
Elle se mit à recevoir, une par une, les femmes qui faisaient la queue pour lui parler. Ce soir-là, elle mettrait en ordre tout ce dont elles avaient discuté et en ferait rapport à Henrietta. Les souhaits de la marquise comptaient eux aussi pour le banquet ; mieux valait donc procéder avec prudence.
« Marie. »
Elle examinait les ingrédients des plats principaux et réfléchissait aux consignes à donner en cuisine lorsqu’une voix grave l’appela. C’était l’une des dames qui l’assistaient. La femme désigna la gauche d’un mouvement du menton.
« La marquise. »
« Tout le monde est rassemblé ici. »
« Ah… »
Marie regarda autour d’elle. Les dames soulevèrent légèrement leurs jupes et firent la révérence. Marie s’empressa de les imiter. Henrietta se tenait devant elles, sans rien dire pour les autoriser à se relever.
Son regard bleu et froid passa sur leurs visages. C’était peut-être la première fois qu’elle venait dans les quartiers extérieurs, où se trouvait la chambre du marquis. Henrietta examina les femmes d’un air sévère, puis promena lentement les yeux sur les piliers et le plafond. Marie l’observa, tendue, et s’avança prudemment.
« J’allais justement vous faire mon rapport. »
« Vraiment ? »
« Oui. Ces dames ont proposé d’excellentes idées… »
« Ha. Quelle absurdité. »
Henrietta se tourna vers Marie, le visage empreint de mépris. Marie se raidit. Elle ne savait pas ce qu’elle avait fait de mal. Peut-être que sa seule existence était une faute, si Henrietta était mécontente.
« Il y a des limites à ne pas dépasser quand on veut ridiculiser quelqu’un. »
« Madame… »
« Alors, c’est ça, ta méthode ? Tu te tiens devant moi avec ton air vide, tu verses quelques larmes, puis tu complotes derrière mon dos pour m’humilier ? »
« Je ne comprends pas ce que vous voulez dire… »
« Bien sûr que si. On dit que les concubines sont prêtes à tout pour saper l’autorité des épouses légitimes. »
« Madame. »
Ne pouvant plus le supporter, l’une des dames s’avança pour s’interposer entre Henrietta et Marie. Henrietta lui lança un regard si glacial qu’on aurait dit qu’il en tombait du givre. Marie contempla la femme en silence, puis reprit la parole.
« Je ne comprends vraiment pas, madame. Que s’est-il passé… ? »
Clac !
La tête de Marie partit sur le côté. Elle porta la main à sa joue rougie et fixa Henrietta. Le visage agité de la marquise était déformé par la fureur.
Le vertige l’envahit. Un goût métallique de sang lui monta dans la gorge. Pâle comme la mort, Marie vacilla et s’effondra.
« Marie ! »
La dame à côté d’elle se précipita pour la soutenir. Toujours sans comprendre, Marie leva les yeux vers la femme qui se tenait devant elle, raide comme un piquet.
La femme d’Endymion était aussi susceptible que lui. Elle croyait que Marie n’avait pas peur d’elle et qu’elle comptait se servir de la faveur du marquis pour la chasser et l’écraser. C’était faux, mais il n’y avait aucun moyen de le lui expliquer.
Peut-être n’était-ce même pas la peine d’essayer. Henrietta ne supportait pas la simple présence de Marie dans ce château. Tant que Marie ne serait pas éloignée de sa vue, Henrietta ne trouverait jamais la paix.
« Ma mère est venue ce matin. C’est toi qui lui as dit ? »
« Madame, je vous en prie, calmez-vous. Marie porte l’enfant de Monseigneur… »
« Taisez-vous. Vous n’êtes que l’épouse d’un chevalier de basse extraction. Vous osez m’interrompre et vous croyez que vous vous en tirerez indemne ? »
« Je… »
« Ce n’est rien, dame Mayner. »
Marie ravala la nausée que le vertige faisait monter en elle et effleura sa joue brûlante. Elle essaya de se relever, mais Henrietta la frappa de nouveau.
Cette fois, le coup porta vraiment.
Marie chancela et retomba, respirant par petits halètements. Ses beaux cheveux blonds se dénouèrent et s’étalèrent sur son visage blanc. Une goutte de sang perla à ses lèvres.
Marie protégea le bas de son ventre. Cette petite violence n’était rien. Ce n’était que la main d’une femme, pas celle d’un homme. Elle avait l’habitude d’être frappée. Endymion l’avait giflée maintes fois. Cela ne la surprenait pas. Marie se raidit.
« Ma mère est venue ce matin. Elle m’a demandé si je m’étais enfermée dans les quartiers intérieurs en confiant tout à une simple concubine. Si tu ne m’as pas dénoncée, qui aurait pu déformer les choses de cette façon ? Réponds, espèce de putain. »
Une servante saisit Henrietta par le bras. La marquise, qui parlait d’une voix glaciale comme si elle nourrissait une profonde rancune, lui lança un regard agacé et s’éloigna. Le bruit de ses petits talons résonna dans les quartiers extérieurs. Effrayée, la servante recula derrière elle et ravala un soupir.
Les quartiers extérieurs étaient le lieu où le marquis, seigneur du domaine et maître du château, vivait vraiment et recevait ses invités. La partie attenante à sa chambre comprenait une salle de bal pour les banquets et une serre vitrée. Henrietta n’y avait jamais mis les pieds.
À l’arrivée d’Endymion, Henrietta se figea, blême. Puis elle se mordit la lèvre, écœurée par cette femme à terre. Marie avait choisi ce moment pour s’effondrer. La rage monta en elle.
Chaque fois qu’Henrietta voyait Marie, une envie de meurtre l’envahissait. Elle ne l’avait jamais aimée, pas un seul instant.
Est-ce que cela aurait été mieux si Marie n’avait pas été la concubine du marquis ? Henrietta n’en savait rien. Elle haïssait tellement Marie que même la savoir enceinte ne l’avait pas empêchée de la frapper. Face à elle, elle ne parvenait pas à se maîtriser.
Endymion souleva doucement Marie, qui peinait à reprendre son souffle. Il ordonna à l’aide qui le suivait d’aller chercher un médecin, puis repoussa derrière son oreille les boucles blondes de Marie. Sa joue enflée et sa lèvre en sang apparurent.
Endymion releva doucement le menton de Marie. Elle baissa les yeux et gémit en essayant de lui échapper. Il lui caressa tendrement la joue et essuya du bout du doigt le sang sur ses lèvres.
Marie secoua la tête, fuyant la tendresse de son maître. Endymion ne la força pas à rester. Il ôta seulement le manteau bleu de ses épaules et le posa sur Marie.
Ses gestes révélaient ce qu’ils signifiaient, montraient à quel point il était tordu. Une servante qui observait la scène, les yeux baissés, se mordit la lèvre.
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