Chapitre 409
Chapitre 409
Chapitre 409 - Week-end de course | Samedi | Une mauvaise décision
Traduction: Moonkissed
« Il n’y a absolument rien d’un rookie dans ce tour ! Fatih Yıldırım prend la tête du classement. Il roule probablement avec très peu de carburant, mais cela n’enlève rien au niveau de pilotage nécessaire pour signer un tel chrono à Monaco, surtout pour quelqu’un qui ne conduit cette monoplace que pour la troisième fois de sa vie… »
Alors que David Croft commentait avec enthousiasme la performance que Fatih venait de réaliser, le principal intéressé affichait un sourire en entamant son tour de récupération.
Il ralentit davantage que d’habitude, car il avait effectué son tour avec une quantité de carburant extrêmement faible. L’équipe l’avait fait délibérément afin qu’il puisse découvrir le comportement de la monoplace dans sa configuration la plus légère et ne soit pas pris au dépourvu par le gain considérable de rythme et d’adhérence dont il disposerait avec une véritable configuration de qualifications.
Pendant que Fatih livrait une performance à couper le souffle, quelqu’un d’autre se trouvait dans son garage, attendant que sa monoplace soit ravitaillée tout en étudiant les données de Fatih et en les comparant aux siennes.
.......
{Comment est-ce qu’il arrive à conserver autant de vitesse à l’entrée des virages ?} demanda Gasly en observant les données télémétriques affichées sur les écrans devant lui.
Les deux courbes télémétriques étaient superposées, permettant de voir précisément les endroits où l’un des pilotes prenait l’avantage sur l’autre.
D’après les données, Fatih conservait en moyenne entre 3 et 8 km/h de plus que lui dans les virages, tout en réussissant à garder la voiture sous contrôle pour réaccélérer plus tôt et freiner plus tard.
Autrement dit, Fatih le battait dans pratiquement tous les domaines importants.
Cela expliquait l’écart de plus d’une demi-seconde séparant les meilleurs tours que les deux pilotes avaient réalisés depuis le début du week-end.
{La différence de réglages lui permet de faire tout ça, mais comme tu le sais déjà, sa voiture est sur le fil du rasoir}, répondit Pierre, son ingénieur de course, quelques secondes plus tard.
Avant même que Gasly puisse répondre, l’ingénieur chargé des réglages intervint à la radio pour lui fournir davantage d’explications.
{Partout où il gagne du temps, c’est grâce aux avantages que lui procurent ses réglages. Avec un train avant aussi sensible et un pincement négatif aussi agressif, la voiture tourne presque instantanément, ce qui élimine le sous-virage présent avec tes réglages…}
Samuel entra dans les détails, expliquant notamment que, dans certaines portions du circuit, Fatih gagnait jusqu’à trois dixièmes uniquement grâce aux différences de réglages.
Pourtant, Samuel était pratiquement certain que Gasly savait déjà tout cela.
Après tout, il avait déjà fait l’expérience de piloter face à Verstappen.
Mais malgré cela, Gasly avait posé la question parce qu’il cherchait à savoir si le rookie faisait quelque chose qu’il pourrait lui aussi reproduire afin de gagner du temps.
Il avait du mal à accepter qu’il soit actuellement battu par le rookie qu’il était censé dominer dès son arrivée en Formule 1.
Malheureusement pour lui, tout ce qu’on lui expliquait indiquait que le rookie n’était capable de faire cela que parce qu’il pouvait maîtriser ce genre de réglages.
Gasly était tenté de demander qu’on reproduise la même configuration afin de récupérer les mêmes gains, voire de battre Fatih.
Mais il avait déjà essayé quelque chose de similaire par le passé avec Verstappen.
Il avait tenté de copier ses réglages afin de rivaliser avec lui.
Et cela s’était terminé par l’humiliation d’une rétrogradation chez AlphaTauri en pleine saison, malgré les déclarations publiques de l’équipe affirmant qu’elle le soutenait.
Ce souvenir l’empêchait de franchir le pas et de demander qu’on reproduise intégralement les réglages de Fatih.
Il savait parfaitement à quel point cette configuration était cauchemardesque à contrôler.
Et s’il échouait, il risquait de perdre encore plus de temps qu’avec ses réglages actuels.
{On peut récupérer une partie de ses gains sans copier ses réglages. Alors trouvez comment faire}, déclara-t-il, refusant d’accepter la situation.
Quelques minutes plus tard, il quitta les stands avec un train de tendres flambant neufs alors qu’il restait encore vingt minutes dans les EL3.
Mais son esprit restait focalisé sur la télémétrie de Fatih.
Malgré les conséquences négatives qu’il avait déjà subies par le passé en essayant de copier le pilotage d’un autre, il ne pouvait s’empêcher de continuer à étudier les données afin de trouver un moyen d’en tirer une leçon et de gagner du temps.
Comme la première fois, il était convaincu qu’il pouvait en retirer quelque chose.
Après tout, chaque pilote pense être le meilleur et que seuls la voiture ou la stratégie l’empêchent de le montrer.
....
« ET GASLY BLOQUE SES ROUES ET PART EN TRAVERS À L’ENTRÉE DE LA NOUVELLE CHICANE ! IL CONTRE-BRAQUE POUR ÉVITER LE TÊTE-À-QUEUE ! »
Croft cria lorsque la retransmission bascula sur Gasly, qui glissait latéralement en coupant la Nouvelle Chicane avec ses quatre pneus bloqués.
« Les roues arrière ont tout simplement cessé de tourner à haute vitesse. Est-ce qu’il aurait accidentellement déplacé la répartition du freinage vers l’arrière ? » demanda Martin Brundle.
Le ralenti montra Gasly sortir du tunnel à très haute vitesse et attendre extrêmement tard avant de commencer à freiner.
Avec une distance de freinage aussi courte, il devait exercer une pression beaucoup plus importante sur les freins afin de perdre plus de 200 km/h et pouvoir négocier le virage en toute sécurité.
Mais l’arrière de la monoplace ne sembla même pas vouloir coopérer.
Les roues arrière se bloquèrent au moment précis où Gasly commençait à braquer vers la gauche, provoquant immédiatement une tentative de survirage.
Il parvint à la rattraper, mais la monoplace partit en glissade latérale et coupa la chicane.
« Qu’est-ce qui peut provoquer un blocage des roues arrière comme celui-là ? » demanda Croft.
« Ça peut arriver lorsque la répartition du freinage est déplacée davantage vers l’arrière que vers l’avant. Dans la plupart des autres situations, ce sont plutôt les pneus avant qui commencent à se bloquer et à glisser en premier, pas les arrière.
Quant à savoir pourquoi certains pilotes déplacent davantage la répartition du freinage vers l’arrière, c’est pour permettre aux pneus avant de conserver de l’adhérence avant d’aborder le virage. Un pneu occupé à freiner n’est pas particulièrement coopératif lorsqu’on lui demande également de tourner », expliqua Brundle.
Et son analyse était parfaitement correcte.
Gasly avait tenté de reproduire la répartition de freinage utilisée par Fatih dans cette portion afin de prendre le virage 6 km/h plus vite qu’il ne le faisait habituellement.
Mais la tentative avait spectaculairement échoué.
Ce style de pilotage était complètement à l’opposé de ce à quoi il était habitué, et il avait été pris au dépourvu.
« Cette voiture doit maintenant lui donner l’impression de rouler sur des roues carrées », plaisanta Croft.
Gasly avait repris la piste, mais roulait désormais lentement en direction de la voie des stands.
Ses pneus étaient déjà complètement détruits.
Quant à Gasly lui-même, il devait supporter l’embarras d’avoir commis une erreur aussi évidente tout en ayant gaspillé un train de tendres flambant neuf.
Sur le chemin du retour vers les stands, il se contenta de répondre aux questions qu’on lui posa à la radio sans ajouter le moindre commentaire.
.....
« …Verstappen améliore dans le secteur intermédiaire, mais il ne parvient pas à battre son meilleur chrono, qui lui permet actuellement de rester en…
OOOOOOOH ! ÉNORME ACCIDENT ! ET C’EST LE DEUXIÈME GROS CRASH DE MICK SCHUMACHER ICI ! DEUX SÉANCES CONSÉCUTIVES TERMINÉES PAR UN ACCIDENT DANS LES DERNIÈRES MINUTES ! D’ABORD LES EL2, ET MAINTENANT IL FAIT EXACTEMENT LA MÊME CHOSE EN EL3 ! »
Croft cria pour souligner l’ampleur de la situation.
La caméra, qui suivait Verstappen, l’un des principaux centres d’attention avec Leclerc, bascula immédiatement sur Mick Schumacher.
Sa monoplace se trouvait une nouvelle fois immobilisée au milieu de la piste, avec tout son côté gauche lourdement endommagé.
La suspension avant gauche et sa roue, ainsi que celles de l’arrière gauche, étaient orientées dans des directions pour lesquelles elles n’avaient clairement jamais été conçues.
« Je ne pense pas qu’ils réussiront à réparer cette voiture en moins de deux heures pour lui permettre de participer aux qualifications », déclara Martin Brundle.
La retransmission resta focalisée sur la monoplace accidentée tandis que Mick détachait ses ceintures pour en sortir.
« Oui, vous avez raison. Ils vont devoir reconstruire les suspensions avant et arrière. Mais avec des dégâts aussi importants à l’arrière, il faut également s’attendre à des dommages au niveau de la boîte de vitesses, des radiateurs et, dans le pire des cas, du moteur.
Ils vont devoir inspecter tout ça et s’assurer que chaque élément est en état avant même d’être autorisés à le laisser participer à la séance. Donc, en pratique, il est quasiment éliminé », ajouta Paul di Resta.
Le ralenti commença enfin.
On y voyait Mick perdre violemment le contrôle de sa monoplace avant de percuter lourdement la barrière située sur la gauche, provoquant des dégâts considérables.
« Et comme nous nous y attendions, la séance est interrompue par un drapeau rouge alors qu’il reste deux minutes et dix secondes au chronomètre.
Avec le classement actuel, nous nous dirigeons vers une séance de qualifications particulièrement intéressante.
Tout devant, on dirait que la bataille va opposer Verstappen aux deux Ferrari. Carlos Sainz se trouve à seulement 47 millièmes de seconde de Verstappen, actuellement en tête, tandis que Leclerc est à deux dixièmes. Voilà notre trio de tête avant que nous n’apercevions enfin une Mercedes.
Et assez étonnamment, c’est l’autre Mercedes, celle de Valtteri Bottas, qui apparaît en premier, à quatre dixièmes et demi du leader.
Il est suivi par Perez, le coéquipier de l’homme en tête de cette séance, à une demi-seconde, avec Norris à ses côtés sur la même ligne.
Cela fait six voitures devant l’actuel leader du championnat, Lewis Hamilton, qui accuse plus de sept dixièmes de retard sur le numéro deux du championnat.
Si les qualifications se terminent de cette manière, nous allons avoir droit à un week-end particulièrement intéressant… »
Croft commença à passer en revue les positions obtenues par chacun des pilotes.
Quant à Fatih, malgré l’évolution de la piste, l’utilisation de pneus tendres usagés lors de la dernière partie de la séance ne lui avait permis de terminer qu’en P11.
Les EL3 étaient désormais terminés.
Et enfin, les qualifications approchaient.
À Monaco, où dépasser était presque impossible, elles étaient encore plus importantes que la course elle-même.