Chapitre 407
Chapitre 407
Chapitre 407 - Week-end de course | Jeudi | Décisions
Traduction: Moonkissed
« Nous ne le saurons pas avec certitude avant les qualifications de samedi, donc je ne peux pas dire que nous sommes dans la lutte pour la première place. D’autant plus que c’est Ferrari qui semble vraiment en faire partie, vu la manière dont ils détournent l’attention vers les deux autres équipes alors qu’ils terminent la séance aux deux premières places », répondit Fatih.
Il se trouvait dans la zone réservée aux médias pour son interview d’après-séance du jeudi et répondait à une question concernant leurs chances de se battre pour la pole position.
« On vous a vu rouler constamment très près des murs sur ce circuit. C’est quelque chose auquel beaucoup de pilotes s’habituent progressivement, alors que vous le faites dès le départ. Vous n’avez pas peur d’avoir un accident ? » lui demanda le journaliste de Sky Sports.
« Pas vraiment. Chaque pilote et chaque équipe ont un plan qu’ils suivent, et dans mon cas, c’était notre plan dès le départ, à mon équipe et moi. »
« Quelles sont vos impressions après cette première journée en F1 et ces deux séances au volant de ces monoplaces ? »
« Très bonnes. C’est à la hauteur de ce que j’avais imaginé, même si ça aurait été encore mieux si j’avais pu en faire l’expérience pendant la semaine des essais à Bahreïn. »
« Vous êtes soumis à une pression extrêmement importante en raison des attentes de l’équipe et des fans. À quoi l’équipe et les supporters peuvent-ils s’attendre pour les qualifications de demain ? »
« Comme Vettel l’a dit, j’ai des couilles, mais aucune des deux n’est en cristal. Je peux donc difficilement vous donner un résultat précis. Le rythme de notre voiture sera évidemment déterminant, mais des choses comme le trafic ou les accidents des autres pilotes auront également une influence sur ma position à la fin de la séance. »
Fatih avait répondu d’un ton parfaitement calme, mais ses paroles faillirent provoquer une crise cardiaque à Eve, l’attachée de presse qui tenait son téléphone à côté de lui.
Les journalistes, eux, furent pris au dépourvu avant d’éclater de rire.
Fatih se contenta de garder un sourire sur le visage.
Il rêvait d’utiliser cette réplique depuis sa vie précédente.
Une occasion venait enfin de se présenter.
Il ne pouvait pas la laisser passer.
L’interview se poursuivit pendant une demi-heure. Toutes les cinq minutes, il passait à une autre chaîne de télévision avant de pouvoir enfin retourner dans le garage de l’équipe pour le débriefing d’après-séance.
...
« Nous avons tout noté. Nous allons passer aujourd’hui et demain à trouver des solutions et à les mettre en œuvre, alors tu peux te reposer sans t’inquiéter », déclara Franz en mettant fin au débriefing des EL2.
Les deux pilotes pouvaient enfin quitter le garage et aller où bon leur semblait pour le reste de la journée, tant que leur emploi du temps le permettait.
Ils auraient également une journée libre le lendemain pour remplir toutes leurs obligations hors piste.
Celles-ci étaient particulièrement nombreuses pour Gasly ainsi que pour Yuki, qui se trouvait toujours à Monaco en tant que pilote de réserve, au cas où Fatih serait victime d’un accident l’empêchant de participer à la course, ou si la même chose arrivait à l’un des trois autres pilotes Red Bull.
Lorsque tous les autres quittèrent la salle de réunion, les deux ingénieurs chargés des réglages restèrent avec Lisa, la mécanicienne en chef de Fatih, et Franz.
Ils devaient prendre une décision aujourd’hui afin de pouvoir organiser la journée du lendemain.
« Donc, du côté du simulateur, ils disent qu’on ne devrait pas aller de l’avant parce que ces réglages exigent un certain type de pilote ainsi qu’une grande expérience pour pouvoir les exploiter. Tandis que du côté des réglages, vous dites que vous êtes favorables à ce qu’on tente le coup ? »
Franz venait d’écouter ce que les deux ingénieurs télémétrie avaient à dire et leur avait également transmis le rapport envoyé par l’équipe du simulateur pendant les EL2, après que leurs deux pilotes de simulateur eurent passé plusieurs heures à rouler avec les réglages en question.
Tap ! Tap ! Tap !
Franz tapota la table du bout des doigts à intervalles réguliers, son autre main soutenant son menton tandis qu’il réfléchissait profondément.
Personne ne prit la parole après son résumé de la situation.
Les deux camps ayant donné des avis totalement opposés, Franz détenait désormais le vote décisif concernant la direction à prendre.
Et ce n’était absolument pas une décision facile.
« Je peux dire quelque chose ? » demanda Lisa après une trentaine de secondes de silence dans la salle.
« Vas-y », répondit Franz en la regardant avec une légère lueur d’espoir dans les yeux.
Il espérait qu’elle aurait une solution raisonnable à proposer.
« D’après mon expérience avec Fatih depuis les catégories juniors, il n’a jamais demandé des réglages qu’il s’est ensuite révélé incapable de piloter une fois qu’on les avait appliqués comme il le souhaitait. C’était déjà le cas lors de sa toute première course en F4, et ça n’a pas changé pendant son passage en F3. C’était presque comme s’il avait déjà piloté avec ces réglages avant même de venir nous demander de les appliquer.
Alors, plutôt que d’être sceptiques concernant sa demande, je suggère qu’on lui fasse confiance et qu’on aille de l’avant. S’il échoue à s’y adapter, à partir de ce moment-là, nous pourrons décider s’il faut ou non opposer notre veto à ses demandes.
Mais nous devrions au moins lui faire confiance une première fois avant d’aller à l’encontre de ce qu’il demande.
Après tout, même s’il est moins performant à cause de ces réglages pendant les EL3, nous pourrons simplement revenir à la configuration légèrement modifiée qu’il utilisait pendant les EL2 et participer aux qualifications avec celle-là. Il ne sera pas trop tard. »
Lisa faisait partie des rares personnes à avoir personnellement fait l’expérience du sens mécanique de Fatih et de sa sensibilité à la voiture.
Elle ne pouvait donc s’empêcher de défendre l’idée que l’équipe devait lui faire confiance.
Elle était convaincue que, comme par le passé, Fatih ne demandait pas ces modifications simplement pour attirer l’attention ou sans avoir mûrement réfléchi à la question.
« Mhhh… »
Franz réfléchit à sa réponse pendant encore une trentaine de secondes avant de finalement prendre la parole.
« Allons-y. Nous allons suivre sa demande et appliquer les modifications demain. Mais assurez-vous que les mécaniciens soient prêts à revenir aux réglages précédents aussi rapidement que possible au cas où ça ne fonctionnerait pas. Nous devrions au moins voir ce qui a poussé Helmut à le promouvoir et à en faire un pilote officiel dès qu’il a été éligible. »
La décision pouvait sembler facile à prendre et donner l’impression que Franz compliquait inutilement les choses.
Mais ce n’était pas le cas.
Horner et Helmut allaient tous les deux examiner sa décision à la loupe en fonction du résultat final.
Si Fatih répondait aux attentes, tout irait bien.
Mais s’il échouait malgré le fait que l’équipe ait suivi ses demandes, ils lui demanderaient pourquoi il avait accepté une requête aussi radicale venant de quelqu’un qui venait tout juste de piloter cette monoplace pour la première et la deuxième fois le jour même où il avait formulé cette demande.
Cela ne lui ferait pas perdre son poste.
Mais cela ébrécherait le lourd rocher qui le protégeait.
Et même si un simple éclat n’était pas particulièrement destructeur, cela resterait une faiblesse qui pourrait être utilisée contre lui.
Malgré cela, Franz décida d’aller jusqu’au bout.
.....
Fatih passa une demi-heure supplémentaire dans le garage à discuter avec les mécaniciens avant de partir avec Alex en direction de l’Energy Station, où son père et Elena l’attendaient.
Ils prirent ensuite leur navette maritime et retournèrent finalement à leur hôtel pour dîner et se reposer pour la nuit.
Après avoir passé environ une heure en appel vidéo avec sa mère et sa grand-mère, Fatih passa une autre heure à discuter avec Seraphina.
Elle semblait encore plus nerveuse et enthousiaste que lui à l’idée de le voir réaliser son rêve.
Finalement, il alla se coucher et retourna dans la simulation.
« Alors, qu’est-ce que ça fait d’être réellement devenu pilote de F1 ? » demanda Apollo dès que Fatih le rejoignit dans la simulation.
Ils se tenaient tous les deux dans une copie parfaite du garage AlphaTauri de Monaco.
« Les interviews sont fatigantes, mais la partie pilotage est clairement à la hauteur de ce que j’avais imaginé. Elle a même dépassé mes attentes, alors qu’il ne s’agissait que des essais libres. J’ai hâte de voir quel genre de pression et d’anxiété je vais ressentir par rapport à ce que j’éprouvais quand je regardais simplement les pilotes pendant les qualifications depuis l’autre côté de l’écran. »
Il se souvenait parfaitement de cette sensation.
Votre pilote préféré se retrouvait en bas du classement, au beau milieu de son ultime tour lancé en Q2, alors qu’il ne restait plus suffisamment de temps dans la séance pour effectuer une nouvelle tentative.
Tout reposait sur ce seul tour.
Ça passait ou ça cassait.
En tant que spectateur, on se mettait presque à prier pour que rien ne se produise.
Un drapeau jaune.
Un drapeau rouge.
Une voiture lente devant lui.
N’importe lequel de ces événements pouvait anéantir les chances du pilote d’accéder à la Q3.
C’était une sensation atroce, mais également incroyablement excitante lorsque votre pilote parvenait malgré tout à réussir son tour et à arracher sa place en Q3.
Dans deux jours, Fatih allait enfin vivre cette expérience.
Mais cette fois, il ne serait plus celui qui regarderait depuis l’autre côté de l’écran.
Il serait celui installé dans le cockpit.
Celui qui pouvait transformer la journée en cauchemar ou en moment extraordinaire pour tous ceux qui le soutenaient derrière leurs écrans.
Et provoquer exactement l’effet inverse chez ceux qui, pour une raison ou une autre, le détestaient ou ne l’appréciaient pas.
« Eh bien, il est temps de s’entraîner pour que cette séance soit excitante plutôt qu’un cauchemar », déclara Apollo.
Il les téléporta aussitôt tous les deux dans leurs monoplaces, prêts à commencer quatre nouvelles heures de pilotage sur le circuit.
Apollo fit tout ce qu’il pouvait pour gêner Fatih et devenir un véritable obstacle sur la piste, afin de lui faire vivre encore et encore les cauchemars que pouvaient représenter des qualifications à Monaco avec d’autres voitures autour de lui.
Ni Apollo ni Fatih ne comptaient laisser quoi que ce soit au hasard à l’approche de la séance de qualifications.
Après tout, Fatih avait une mission du système.
Il devait faire des débuts fracassants.
C’était l’objectif.
Tout résultat inférieur serait insuffisant.