Chapitre 406
Chapitre 406
Chapitre 406 - Week-end de course | Jeudi | EL2
Traduction: Moonkissed
« C’est une bonne nouvelle que, même s’ils sont encore peu nombreux, les fans soient enfin autorisés à venir sur le circuit. C’est déjà une amélioration par rapport aux courses précédentes, et nous espérons que cela continuera jusqu’à ce que nous puissions revoir des tribunes entièrement remplies de supporters.
Mais revenons à ce qui nous amène ici : la Formule 1. La deuxième séance d’essais libres va commencer sur une piste légèrement plus gommée grâce à la séance de qualifications des pilotes de Formule 2 qui vient d’avoir lieu », déclara David Croft, revenu dans la cabine des commentateurs pour remplacer Natalie Pinkham.
La caméra montra quelques fans avant que l’image ne bascule vers la sortie de la voie des stands où, une fois encore, Fatih se trouvait tout devant, attendant le feu vert.
« À l’époque où vous étiez pilote, combien de tours vous fallait-il pour trouver votre rythme avant de pouvoir attaquer ? » demanda-t-il à Paul di Resta, qui était toujours avec eux dans la cabine.
« Eh bien, comme on sort avec des pneus neufs, on doit généralement les exploiter immédiatement, sinon on gaspille les trains qui nous sont alloués. Mais c’est aussi pour ça qu’on sort avec les gommes les plus dures plutôt qu’avec les tendres. Elles permettent de faire plus d’un tour rapide et nous donnent donc quelques tours pour monter progressivement en rythme tant que l’adhérence est encore là. Mais concernant Fatih, on dirait qu’il n’a absolument pas l’intention de suivre cette logique », répondit Paul avant de reporter immédiatement son attention sur Fatih.
« Vous avez raison. D’après l’écran des données, seuls Sainz et Fatih utilisent des gommes différentes du reste des pilotes, qui sont tous en mediums. Sainz est en durs, ce qui fait de Fatih le seul pilote à prendre la piste avec des tendres », expliqua Croft tandis que les monoplaces commençaient à s’élancer sur le circuit.
« J’ai discuté avec Franz, le directeur d’AlphaTauri, pendant la pause qui a suivi les EL1 », intervint Ted Kravitz depuis la voie des stands. « Il m’a expliqué que, pour Fatih, l’objectif de ce week-end était de progresser aussi rapidement que possible afin de rattraper tout le monde. Sa stratégie est donc entièrement centrée là-dessus et non sur ce qui serait normalement considéré comme la stratégie optimale. On peut donc s’attendre à quelques choix inhabituels de son côté. »
« C’est logique, puisqu’il n’y a pratiquement aucune attente placée sur lui pour ce week-end. Et le voilà déjà dans un tour lancé alors qu’il ne s’agit que de son troisième tour de piste », déclara Croft au moment même où la retransmission revenait sur Fatih.
Il franchit la ligne de départ-arrivée et entama son tour rapide.
......
Toto Wolff observait le tour lancé de Fatih, les sourcils relevés.
Il vit Fatih signer un secteur 1 en violet, puis maintenir le rythme pour établir également le meilleur temps absolu dans le secteur 2. Il suivit ensuite une trajectoire propre dans le dernier secteur avant de franchir la ligne de départ-arrivée.
Troisième secteur violet.
1:13.872.
Il venait de battre de plus de 2,7 secondes les pilotes qui étaient encore en train de monter progressivement en rythme.
Fatih s’empara de la première place du classement avant d’entamer son tour de récupération.
Chaque fois que Toto voyait le nom de Fatih apparaître sur la tour des temps, il ne pouvait s’empêcher de repenser à ce que Hamilton lui avait dit après qu’ils eurent regardé ensemble la qualification de 300 kilomètres de Fatih.
Des paroles qui lui avaient fait regretter encore davantage de ne pas avoir réussi à le recruter.
« D’après mes observations plutôt rudimentaires, le plus intéressant, c’est le style de pilotage qu’il a montré pendant toute cette durée », avait déclaré Hamilton lorsque Toto lui avait demandé ce qu’il pensait de sa performance.
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
« Chaque pilote a son style de pilotage préféré. Certains aiment freiner tard, d’autres préfèrent freiner plus tôt pour obtenir une meilleure vitesse en sortie de virage. Et même quand la voiture possède des réglages neutres, chaque pilote la conduira différemment. Normalement, il suffit de regarder un pilote pendant quelques tours pour comprendre son style de prédilection. Mais quand je le regarde, je suis incapable de déterminer quel est le sien. »
« Donc il sait très bien le dissimuler ? »
« Non. Même quelqu’un qui essaie de le cacher finit par commettre quelques erreurs qui le trahissent. Mais lui semble réellement capable de changer de style de pilotage d’un tour à l’autre, et parfois même d’un virage à l’autre. Ça fait de lui un pilote extrêmement polyvalent. Peu importe le circuit ou la voiture, il devrait être capable d’en extraire tout le potentiel sans être limité par le style de pilotage dans lequel la monoplace fonctionne le mieux. Je veux dire, j’ai déjà vu quelques pilotes capables d’utiliser plusieurs styles de pilotage, mais aucun qui soit aussi polyvalent. »
Hamilton s’était ensuite tu pendant un long moment, les yeux toujours fixés sur l’écran qui montrait Fatih en train d’effectuer ses donuts de célébration.
En entendant cela, Toto n’avait pu s’empêcher de regretter de ne pas avoir insisté davantage.
Parce que si c’était vrai, et si l’on ajoutait cela au CV déjà impressionnant que Fatih possédait avant même de monter dans la voiture, alors c’était probablement le moins cher qu’ils pourraient jamais l’obtenir.
S’il faisait ses preuves sur la piste, ce serait encore plus douloureux.
Parce que cela signifierait que Red Bull aurait désormais deux monstres sur la piste.
« C’est une bonne chose qu’il soit chez AlphaTauri », murmura-t-il suffisamment bas pour que personne ne puisse l’entendre.
Mais ses yeux restèrent fixés sur le nom de Fatih, qui occupait toujours la première place du classement malgré les autres pilotes qui réduisaient constamment l’écart à mesure que la piste se gommait et qu’ils poussaient de plus en plus jusqu’à la limite.
........
Fatih, qui ignorait totalement ce qui traversait l’esprit de Toto, était entièrement concentré sur son pilotage lorsqu’il retourna dans la voie des stands.
Il avait effectué trois tours rapides avec ces pneus, mais n’avait pas réussi à améliorer le chrono établi lors du premier, car les gommes avaient déjà perdu en performance.
{Continue comme ça. Maintenant, on passe à un long relais pour recueillir davantage de données et améliorer les réglages définitifs avant le run en tendres}, déclara James à la radio une fois que la voiture eut été poussée dans le garage, coupant ainsi la transmission publique des communications radio.
{Compris}, répondit Fatih.
Il resta dans la monoplace pendant que l’équipe commençait à remettre du carburant, les yeux tournés vers les deux écrans qui avaient été abaissés puis fixés au Halo.
Les choses se déroulaient globalement comme il l’avait espéré.
Il était certain d’avoir déjà suffisamment démontré les performances de la voiture pour leur prouver que la direction dans laquelle il leur avait demandé d’aller était la bonne.
Après être resté cinq minutes dans le garage, il reprit finalement la piste pour la deuxième fois de cette séance, cette fois avec un train de pneus durs flambant neufs pour effectuer son long relais.
...
Paul, l’un des deux ingénieurs chargés des réglages qui avaient participé à la discussion avec Franz concernant la demande de Fatih, se tourna vers Samuel.
« Qu’est-ce que tu en penses ? »
« J’ai jamais vu quelqu’un attaquer à la limite dès le départ comme ça, mais il est réellement capable de gérer la voiture. Si tu ne savais pas qu’on avait modifié les réglages, tu pourrais croire qu’il utilise encore les réglages neutres de Gasly rien qu’en regardant la télémétrie. »
Samuel désigna la courbe télémétrique correspondant au tour le plus rapide de Fatih.
Elle montrait à quel point certaines zones étaient fluides alors que la monoplace aurait normalement dû chercher à partir en survirage à la moindre occasion.
Pourtant, aucune trace de ce comportement n’était visible.
« Donc tu es favorable à ce qu’on aille jusqu’au bout et qu’on pousse les réglages jusqu’à ce qu’il demande ? Mais est-ce qu’il aura suffisamment de temps pour s’y habituer avant les qualifications ? »
« On le saura quand il prendra la piste avec les réglages qu’il a demandés. Et s’il arrive pas à les gérer, on pourra simplement revenir aux réglages d’origine. Alors oui, je suis pour qu’on tente le coup. »
Après avoir vu ce que Fatih était capable de faire alors même qu’il était encore limité aux modifications rudimentaires qu’ils avaient apportées à la monoplace, les deux ingénieurs télémétrie ne purent s’empêcher de se ranger de son côté.
Mais du côté du simulateur, la situation était complètement différente.
...
« Il veut vraiment piloter avec ces réglages ? » demanda Alexander Albon après avoir effectué quelques tours dans le simulateur avec la configuration demandée par Fatih.
« Oui. On l’a reproduite à l’identique en suivant exactement ce qu’il a demandé afin de vérifier si c’était faisable. Alors, qu’est-ce que tu en penses ? » répondit l’ingénieur principal du simulateur à la radio, désireux d’entendre l’avis d’Albon.
« Si c’était moi qui devais piloter, je déconseillerais ces réglages. La fenêtre d’exploitation est extrêmement étroite pour quiconque veut en extraire tout le potentiel. Pour les qualifications, un bon pilote pourrait peut-être réussir à en tirer quelque chose, mais le niveau de concentration nécessaire pour la maîtriser à son rythme maximal est presque impossible à maintenir pendant toute une course sur un circuit aussi impitoyable que Monaco. »
Albon marqua une courte pause avant de poursuivre.
« Seul quelqu’un capable d’effectuer de minuscules corrections de manière purement subconsciente pourrait y arriver. Et je ne connais qu’une seule personne capable de faire ça, et il n’est pas ici. »
Albon avait immédiatement fait le rapprochement avec ce qu’il avait vécu chez Red Bull lorsqu’il pilotait aux côtés de Max.
Max aimait que ses réglages rendent la voiture extrêmement incisive et parvenait à en extraire absolument tout.
Mais tous ceux qui avaient tenté de l’imiter avaient fini par échouer.
Avec ces deux avis désormais sur la table, Fatih termina sa deuxième séance d’essais libres après avoir utilisé trois trains de pneus : deux tendres et un dur.
Lors de son deuxième relais en tendres, il était en passe de remonter dans la première moitié du classement lorsqu’un drapeau jaune provoqué par Mick Schumacher ruina son tour.
Quelques minutes plus tard, le drapeau jaune se transforma en drapeau rouge, anéantissant toute possibilité pour lui de reprendre la piste et lui faisant perdre, par la même occasion, un autre train de pneus tendres.