Chapitre 404
Chapitre 404
Chapitre 404 - Week-end de course | Jeudi | Un tour d’attaque II
Traduction: Moonkissed
1:15.918
« C’est un 1:15.918 pour Fatih, qui prend la tête de la feuille des temps. Et c’est impressionnant, sachant qu’il roule très probablement avec beaucoup de carburant et des pneus mediums, même s’il bénéficie d’une piste dégagée », déclara Natalie Pinkham tandis que la caméra restait braquée sur Fatih, qui enchaînait immédiatement avec un deuxième tour d’attaque.
« C’était un tour d’attaque impressionnant, et ça l’est encore davantage pour quelqu’un qui fait ça pour la première fois... OOOOOOOOH, Mazepin le gêne dans sa deuxième tentative !
« Il doit être furieux, surtout qu’il était déjà en train d’améliorer son chrono. Il avait gagné un dixième dans le premier secteur... » s’exclama Karun en réagissant aux images.
À l’écran, on voyait Fatih obligé de ralentir parce que Mazepin ne s’était pas écarté, ce qui le contraignit à abandonner son tour d’attaque.
{Gardez-moi aussi loin de lui que possible}, déclara Fatih à la radio.
Son message fut diffusé presque immédiatement sur la retransmission en direct.
« HAHAHAHA ! C’est absolument pas la réaction à laquelle je m’attendais », déclara Paul di Resta en entendant les premiers mots de Fatih après avoir été gêné et avoir perdu sa deuxième tentative.
« Ouais, je m’attendais à ce qu’il s’énerve contre Mazepin, contre l’équipe, ou même contre les deux parce qu’ils ne s’étaient pas coordonnés. Mais lui, il leur demande simplement de le garder aussi loin que possible de Mazepin ! HAHAHAHA ! » ajouta Natalie, elle aussi amusée par cette réaction inattendue.
« Et pour comprendre à quel point son chrono était impressionnant, nous avons actuellement sept temps enregistrés au classement, et tous sont à plus d’une demi-seconde de celui de Fatih. Le plus proche est Carlos Sainz.
« Mais regardons le ralenti de son tour d’attaque... OOOOOOOOOOOOH ! »
Les trois commentateurs, qui venaient enfin de délaisser sa réaction envers Mazepin pour se concentrer sur son chrono, laissèrent échapper des exclamations impressionnées lorsque le ralenti montra à quel point Fatih s’était approché de certaines barrières.
« Il faut être courageux pour faire ça dès sa première tentative », déclara Karun, toujours incrédule.
Difficile de dire le contraire. Après tout, Monaco est un circuit où tout repose sur une montée progressive en confiance.
On commence avec une confiance modérée, puis on la développe séance après séance jusqu’aux qualifications, où on arrive suffisamment en confiance pour attaquer à la limite.
C’est pour cette raison que Monaco est l’un des circuits où l’on veut passer autant de temps que possible en piste. Le moindre accident ou problème qui vous prive de roulage peut vous affecter jusqu’aux qualifications.
Mais lui semble commencer avec un niveau de confiance extrêmement élevé alors que ça devrait être exactement l’inverse, puisqu’il est le pilote le moins expérimenté de toute la grille.
Tu penses que tu aurais pu faire ça ? »
« Non », répondit simplement Paul di Resta.
Il n’ajouta absolument rien.
Le silence qui suivit pendant quelques secondes finit par faire éclater de rire les trois commentateurs.
« J’attendais que tu nous expliques pourquoi, mais tu nous donnes même pas de raison ? »
« C’est une situation extrêmement défavorable, et ce qu’il vient de faire est très risqué. Il a tenté un tour d’attaque lors de son deuxième tour seulement au volant de cette voiture, et en plus à Monaco.
Attaquer aussi près de la limite dès le début, à la troisième minute de la première séance d’essais libres, c’est tout simplement une décision complètement folle.
Je me demande si c’est de la confiance ou simplement l’audace d’un jeune pilote. »
« Ça doit être un mélange des deux. Mais le bénéfice potentiel est très faible comparé au risque qu’il vient de prendre. »
« Oui. S’il se crashe maintenant, toute sa séance est terminée. Et réaliser un bon chrono à ce stade ne sert pratiquement à rien, puisqu’il sera très rapidement battu lorsque les pilotes chausseront les pneus tendres et sortiront avec peu de carburant pour leurs simulations. »
« Peut-être qu’il cherche simplement à renforcer sa confiance ? »
« C’est possible... »
...
Pendant que les trois commentateurs tentaient de comprendre pourquoi Fatih avait attaqué aussi près de la limite dès son deuxième tour, alors qu’il n’était même pas censé connaître suffisamment la piste pour pousser aussi fort, Fatih, lui, souriait sous son casque.
Il s’écarta pour laisser passer Verstappen, qui était lancé dans un tour rapide, puis reprit la trajectoire idéale.
« Les sensations sont les mêmes », déclara-t-il.
Il pilotait enfin la voiture dans le monde réel.
Et son comportement était identique à celui qu’il avait expérimenté dans la simulation.
S’il avait décidé de tenter immédiatement un tour d’attaque, c’était parce qu’il voulait découvrir comment la monoplace se comporterait dans ces conditions et comparer ces sensations à celles qu’il avait connues dans le simulateur.
Et la meilleure manière de le vérifier était de pousser la voiture à la limite dès le départ.
Les sensations qu’il avait obtenues en retour étaient identiques.
À tel point qu’il s’était inconsciemment approché des barrières exactement comme il l’avait fait d’innombrables fois dans la simulation, alors même qu’il n’avait initialement pas prévu de pousser aussi près de la limite dès le début.
Maintenant qu’il avait obtenu cette réponse, son plan pour le week-end était entièrement établi.
Il pouvait appliquer sans inquiétude tout ce qu’il avait préparé dans la simulation, sans craindre de problèmes de corrélation.
Désormais, il lui suffisait de recueillir les données nécessaires pour justifier les réglages qu’il voulait obtenir.
Après tout, il ne pouvait pas simplement demander à l’équipe de modifier sa voiture sans fournir une raison concluante.
Sans ça, l’équipe risquait de passer outre ses demandes.
...
« Ouais, il faut avoir autant de cran pour être digne du baquet de l’équipe principale », déclara Horner depuis le garage Red Bull en observant le ralenti de Fatih frôlant la barrière lors de son tout premier tour d’attaque en Formule 1.
Et seulement son deuxième tour au volant de la voiture.
Même s’il affichait extérieurement un air satisfait, intérieurement, ce que Fatih venait de faire l’avait complètement pris au dépourvu.
Ce n’était pas quelque chose qu’il aurait imaginé voir quelqu’un tenter, même dans ses rêves les plus fous.
« Ouais, c’est une belle manière de se présenter au reste de la grille », ajouta-t-il.
Il cessa simplement d’y réfléchir et accepta ce qu’il venait de voir, attribuant cette attitude au fait que Fatih incarnait parfaitement la mentalité Red Bull.
Mais tandis qu’il réfléchissait ainsi, une autre pensée commença à germer dans son esprit alors qu’il quittait le garage pour rejoindre le muret des stands.
Après seulement un tour de Fatih, Horner commençait déjà à imaginer ce que donnerait le jeune pilote chez Red Bull.
Parce que s’il parvenait à afficher des performances ne serait-ce que proches de celles de Verstappen, l’équipe aurait alors une véritable chance de se battre à la fois pour le Championnat des constructeurs et celui des pilotes cette saison.
Et peut-être même de remporter les deux.
Mais à peine cette pensée lui traversa-t-elle l’esprit qu’il la rejeta.
Parce que si Fatih était réellement aussi rapide, Verstappen devrait alors se battre pour les points non seulement contre toute l’équipe Mercedes, mais également contre son propre coéquipier.
Et même si remporter le Championnat des constructeurs était évidemment une bonne chose, Red Bull accordait davantage d’importance au Championnat des pilotes.
L’équipe serait même prête à sacrifier le premier si cela pouvait lui permettre de remporter le second.
À cet instant, la priorité absolue était donc de soutenir pleinement Verstappen dans sa lutte pour le titre pilotes.
Alors qu’il chassait cette idée de son esprit, Horner se dit :
« S’il est vraiment aussi bon, il finira naturellement par arriver chez Red Bull. Et d’ici là, l’écart au championnat sera suffisamment important pour qu’il n’ait d’autre choix que de soutenir Verstappen. »
Il se souvenait parfaitement des clauses du contrat.
Dans son esprit, même si Fatih réussissait à remplir les conditions nécessaires à sa promotion chez Red Bull dès cette année, cela lui prendrait forcément beaucoup de temps.
Et lorsque ce moment arriverait, la saison aurait déjà tellement avancé qu’il ne pourrait raisonnablement rien opposer à l’équipe principale si celle-ci lui demandait de soutenir Verstappen dans sa lutte pour le Championnat des pilotes.
Après tout, les chances que Fatih puisse lui-même se retrouver dans cette lutte seraient alors pratiquement nulles.
« HAHAHA ! Mais à quoi je pense, moi ? Il a fait seulement quelques tours en piste ! » s’exclama Horner en riant.
Il venait de réaliser qu’après seulement quelques tours qui n’étaient même pas représentatifs d’un véritable rythme de qualifications, il était déjà en train d’imaginer Fatih comme un pilote du calibre de Verstappen, ou du moins suffisamment proche de lui.
Il allait beaucoup trop vite.
Ce n’était rien d’autre que des espoirs prématurés et une imagination absurde.
..........
« Je pensais qu’il deviendrait plus raisonnable une fois arrivé jusqu’ici, mais pour lui, c’est pas différent du karting », déclara Burak en se pinçant l’arête du nez devant le mélange d’audace et de confiance dont faisait preuve son fils.
Cette confiance absolue que Fatih avait en lui-même fascinait Burak depuis la toute première fois qu’il l’avait vu piloter.
À l’époque, Fatih avait effectué le test qui l’avait finalement conduit à battre le record du tour de la piste indoor dès son premier tour d’attaque.
C’était comme si l’idée de monter progressivement en rythme avant de pousser la voiture n’avait tout simplement jamais été ancrée en lui.
Dès qu’il comprenait le circuit, il semblait immédiatement prêt à attaquer avec la voiture.
Burak l’avait entraîné et le connaissait extrêmement bien.
Il avait donc déjà certaines attentes.
Mais en voyant Fatih conserver exactement le même niveau de confiance que celui qu’il affichait chaque fois qu’il entrait dans une nouvelle catégorie, ses attentes commencèrent à enfler bien au-delà du niveau pourtant déjà extrêmement élevé qu’elles avaient atteint.