Chapitre 399
Chapitre 399
Chapitre 399 - Mercredi | Journée médias III
Traduction: Moonkissed
Vêtu du polo jaune de son équipe, Fatih arriva au Media Pen, organisé comme une véritable chaîne de production afin de permettre aux pilotes de passer d’une chaîne de télévision à l’autre sans perdre de temps.
Les différents stands étaient installés les uns à côté des autres. Certains pilotes étaient déjà présents, tandis que d’autres n’étaient pas encore arrivés.
Le premier espace, réservé à F1 TV, était vide, et l’un des officiels présents sur le circuit lui fit signe de s’y rendre afin de commencer son interview.
Ainsi, Eve à ses côtés, Fatih s’avança vers eux et marqua officiellement le début de sa toute première interview en tant que pilote de Formule 1.
« Bienvenue », déclara le journaliste de F1 TV lorsque Fatih arriva devant leur stand et leur adressa un signe de la main.
Eve sortit son téléphone, ouvrit l’enregistreur audio et le plaça près de la bouche de Fatih tout en veillant à rester hors du champ de la caméra.
« Merci », répondit Fatih en se penchant légèrement contre la barrière, qu’il agrippa des deux mains pour prendre appui.
« Qu’est-ce que ça vous fait d’être ici pour votre première course ? » demanda le journaliste.
Il commença par une question facile afin de le mettre à l’aise avant de passer aux sujets plus sérieux.
« L’excitation est probablement le sentiment qui domine tout le reste en ce moment. »
« Votre première course a lieu à Monaco, que beaucoup considèrent comme le pire circuit possible pour faire ses débuts en Formule 1. Il n’y a pratiquement aucune zone de dégagement, les murs sont partout, et vous allez piloter une voiture plus large, plus longue et plus rapide que tout ce que vous avez déjà conduit ici auparavant.
Est-ce que vous abordez dimanche comme une simple occasion d’apprendre, ou pensez-vous sincèrement qu’un bon résultat est à votre portée ce week-end ? »
Le journaliste venait immédiatement d’entrer dans le vif du sujet.
Il n’avait pas l’intention de perdre trop de temps puisqu’ils disposaient de moins de cinq minutes avec Fatih.
« L’équipe et moi pensons que, même si ce circuit est loin d’être idéal pour découvrir la voiture pour la première fois, les trois séances d’essais libres que nous aurons ici jeudi et samedi nous permettront tout de même d’apprendre beaucoup de choses.
Même si l’équipe reste très prudente dans ses attentes, je pense qu’il existe une véritable possibilité d’obtenir un bon résultat, étant donné que j’ai déjà piloté cette voiture sur ce circuit dans le simulateur, à condition que la corrélation entre la simulation et la réalité soit bonne. »
« Beaucoup de gens estiment que ce n’était pas une bonne décision de la part de l’équipe de remplacer un rookie qui réalisait de très bonnes performances par un autre nouveau pilote.
Certains pensent même qu’il aurait été préférable d’attendre après le week-end d’Azerbaïdjan, qui est lui aussi particulièrement impitoyable, pour vous faire débuter au Grand Prix de France, sur un circuit traditionnel offrant davantage de marge d’erreur. Qu’avez-vous à répondre à ça ? »
« L’opinion que chacun peut se faire d’une situation est limitée par la quantité d’informations dont il dispose à son sujet.
C’est également vrai pour l’équipe, qui, selon moi, a pris la décision de me faire débuter ici à Monaco en se basant sur toutes les informations qu’elle possède.
Je préfère donc faire confiance au jugement de l’équipe plutôt qu’à celui de personnes qui ne disposent pas d’autant d’informations qu’elle concernant mes performances.
Et je pense que ces personnes changeront d’avis à la fin de ce week-end, à condition que je sois performant. »
Surpris par la manière dont Fatih avait répondu, le journaliste passa malgré tout à la question suivante.
« Les données concernant la température de vos pneus à Istanbul ont poussé les départements d’ingénierie de tout le paddock à lancer des simulations avant même que l’encre de la conférence de presse n’ait eu le temps de sécher.
Paul Monaghan, Andrew Shovlin... Des gens qui ne s’enthousiasment pas facilement se sont tous penchés dessus.
Avec vos propres mots, qu’est-ce que vous faisiez exactement en piste pour produire de telles données ? »
Il abandonnait désormais les questions concernant Monaco pour revenir sur le roulage de 300 km de Fatih.
Depuis son test à Istanbul, les données publiées avaient provoqué, et continuaient de provoquer, une véritable effervescence dans le paddock en raison du nombre d’anomalies et de détails intéressants que les différentes écuries continuaient d’y découvrir.
Mais parmi tous ces éléments, l’anomalie concernant la température des pneus était de loin la plus intrigante.
« J’ai simplement fait de mon mieux pour m’assurer que la température des pneus reste à l’intérieur de leur fenêtre de fonctionnement, sans jamais la dépasser ni tomber en dessous.
C’est quelque chose que j’ai réussi à perfectionner en travaillant dans le simulateur. Je m’entraîne avec la voiture actuelle depuis l’année dernière, ce qui m’a donné suffisamment de temps et de données pour effectuer des ajustements jusqu’à ce que je puisse le faire de manière régulière sur différents profils de virages... »
Fatih prit le temps de répondre à la question, mais s’arrêta juste avant d’expliquer précisément comment il s’y prenait.
Ce n’était de toute façon pas nécessaire.
Tous ceux qui s’intéressaient suffisamment au sujet pour vouloir le comprendre savaient déjà de quoi il parlait.
Le journaliste posa encore quelques questions avant que l’interview ne prenne fin.
Fatih passa ensuite au stand suivant, où l’équipe de Sky Sports l’attendait avec le sourire.
Sans grande surprise, les questions étaient globalement les mêmes.
Elles étaient simplement formulées différemment et, parfois, presque identiques mot pour mot, puisque leurs spectateurs s’interrogeaient eux aussi essentiellement sur les mêmes sujets.
Fatih y répondit de la même manière que précédemment, toujours avec le sourire.
Cependant, à sa grande surprise, le journaliste d’ESPN lui posa une question inattendue.
« Y a-t-il une raison particulière pour laquelle vous avez choisi le numéro 95 ? »
« Je voulais choisir le 99, mais Giovinazzi l’utilise toujours, alors j’ai dû me rabattre sur le 95. C’est aussi le numéro porté par l’un de mes personnages de cinéma préférés, qui est lui aussi pilote », répondit-il avec un sourire.
C’était enfin une question à laquelle il avait envie de répondre depuis un moment.
Après ça, il continua de passer d’une chaîne à l’autre jusqu’à arriver finalement aux médias non anglophones.
Il commença par une chaîne avec laquelle il entretenait déjà de bonnes relations, mais surtout par celle dont il savait qu’elle serait toujours de son côté :
TRT Spor.
Et la chaîne ne déçut pas ses attentes.
Ses questions étaient formulées avec beaucoup de respect et d’enthousiasme afin d’offrir à Fatih les meilleures occasions possibles de répondre sous un jour favorable.
Fatih leur rendit la pareille, répondant avec le même niveau de respect et d’enthousiasme, entièrement en turc.
Une fois cette interview terminée, il passa à Canal+.
Et à la surprise de plusieurs personnes présentes, il répondit à toutes leurs questions en français, avec une aisance telle qu’il ne semblait pas différent d’un locuteur natif.
Il fit ensuite exactement la même chose avec Sport Bild et Sky Allemagne.
Là encore, les journalistes réagirent avec presque autant de surprise en entendant son allemand, qui sonnait lui aussi comme celui d’un natif.
Mais aucune de ces réactions n’égala celle de beIN SPORTS.
Lorsque Fatih commença à répondre à leurs questions dans un arabe parfaitement fluide, presque toutes les personnes qui l’entendirent en restèrent bouche bée.
L’interview s’interrompit même pendant quelques instants.
Le journaliste n’arrivait tout simplement pas à se remettre suffisamment de sa surprise pour reprendre les questions qu’il avait préparées.
Heureusement, il finit rapidement par retrouver ses esprits et l’interview put reprendre.
Fatih termina enfin sa tournée des médias.
Il ne lui restait désormais plus qu’une seule obligation majeure :
la conférence de presse de la FIA.
Elle durerait au minimum une demi-heure et il y participerait aux côtés de Max Verstappen et de son propre coéquipier, qu’il n’avait toujours pas réussi à croiser en raison de leurs emplois du temps incompatibles.
Pierre Gasly.