Chapitre 394
Chapitre 394
Chapitre 394 - L’ultime étape de Turkish Airlines VIII
Traduction: Moonkissed
{BOX, BOX, BOX}, lança James à la radio alors que Fatih arrivait à la fin de son tour de refroidissement.
Comprenant parfaitement ce qu’on attendait de lui, Fatih ne demanda pas pourquoi.
La caméra-grue le suivit depuis l’entrée de la voie des stands jusqu’à l’équipe qui l’attendait déjà pour effectuer un changement de pneus en direct.
Il entra dans son emplacement et immobilisa la voiture, qui fut immédiatement soulevée. Les pneus désormais usés et malmenés furent retirés et remplacés par des gommes identiques, mais neuves.
La voiture fut ensuite reposée au sol et le mécanicien placé devant s’écarta pour lui libérer le passage.
Fatih embraya immédiatement et repartit, le tout en moins de trois secondes, tandis que la caméra-grue continuait de le suivre jusqu’à la voie rapide puis vers la sortie des stands.
Alors que Fatih parcourait le circuit avec ses pneus flambant neufs sous l’œil des caméras, la retransmission afficha toutes les données préparées concernant son roulage pendant que les commentateurs les analysaient.
« Son rythme pendant toute la course a été remarquable, ce qui en dit probablement davantage sur sa concentration que sur quoi que ce soit d’autre. Son cou aurait dû commencer à le faire terriblement souffrir, mais étant donné qu’au fil des tours, il levait parfois le pied dans le virage 8 et le prenait parfois à fond, il s’accordait ainsi qu’à ses pneus quelques moments de répit.
« Mais je pense que ce dont beaucoup de gens vont parler, ce sont ces 57 tours effectués sans changer de pneus et sans jamais montrer le moindre signe indiquant qu’ils perdaient en performance. Selon vous, qu’est-ce qui a rendu ça possible ? »
Mehmet, le commentateur principal, se tourna vers la seule personne présente dans le studio possédant une expérience actuelle de la conduite en compétition.
« Je pense que le seul capable de répondre à cette question est Fatih lui-même, et vous devriez absolument la lui poser pendant l’interview d’après-séance, parce que moi aussi, je suis curieux de connaître la réponse. Mais d’après toutes les informations que j’ai réussi à examiner pendant qu’il roulait, je pense qu’il aurait pu réaliser des tours plus rapides, mais qu’il a volontairement conservé cette marge supplémentaire afin de maintenir un rythme constant sur toute une distance de course », répondit Murat.
Il prit soin de formuler sa réponse avec beaucoup de prudence, car lui-même n’en était pas totalement certain.
La situation n’avait pas vraiment de sens à ses yeux.
Tout ce qu’il avait vu allait à l’encontre des principes profondément ancrés dans son esprit et dans celui de nombreux autres pilotes.
Lui aussi voulait donc des réponses.
« Donc, si je comprends bien, vous dites qu’il aurait pu effectuer des tours plus rapides, mais que cela aurait provoqué une chute rapide de son rythme dans la deuxième partie de la course. Si c’est vrai, laquelle de ces deux approches considérez-vous comme la meilleure pour disputer une course : maintenir un rythme constant sur la durée, ou rouler extrêmement vite au début au risque de perdre du rythme plus tard ? »
« Il n’existe pas une seule approche parfaite, tout comme il n’existe pas une seule manière correcte de négocier un virage. Le choix dépend entièrement de sa position en course, des performances de sa voiture, du rythme des voitures qui l’entourent, des conditions de course et de beaucoup d’autres facteurs.
« Mais avoir ces deux options à sa disposition va faire de lui un pilote extrêmement polyvalent, à condition qu’il puisse également les appliquer pendant une véritable course et que ce ne soit pas quelque chose qu’il soit uniquement capable de faire lorsqu’il est seul en piste. »
« Merci beaucoup pour cette explication, mais nous devons maintenant retourner sur la piste pour découvrir ce qui nous attend », déclara Mehmet.
Les données affichées à l’écran disparurent au moment où Fatih arriva dans la ligne droite de départ-arrivée, après avoir ralenti en sortant du dernier virage.
Il avança presque au pas pendant un instant.
Puis il accéléra soudainement.
Les pneus arrière commencèrent à patiner et Fatih se mit à effectuer des burnouts, projetant d’immenses nuages de fumée dans les airs tout en laissant la voiture progresser très lentement vers la ligne de départ-arrivée.
Toute la scène était parfaitement visible grâce à l’hélicoptère, qui s’était positionné à très basse altitude au bout de la ligne droite, sa caméra zoomée sur Fatih depuis l’avant.
Après avoir fait patiner ses pneus pendant une dizaine de secondes et rempli l’air de fumée, Fatih s’arrêta enfin.
Il laissa ensuite la voiture rouler jusqu’au milieu de la piste avant d’accélérer rapidement mais de manière suffisamment contrôlée pour ne pas perdre l’adhérence.
Puis il braqua le volant et commença à faire des donuts.
L’hélicoptère, toujours à basse altitude, continua de filmer la scène tout en prenant progressivement de la hauteur.
Sa caméra resta verrouillée sur Fatih tandis qu’il se déplaçait vers le centre de la piste afin de se retrouver directement au-dessus de lui.
La retransmission offrait désormais une vue aérienne parfaitement verticale de Fatih qui continuait à enchaîner les donuts malgré plus de dix rotations.
Il finit enfin par s’immobiliser face au muret des stands.
C’était un sacré spectacle.
Et pourtant, cela restait bien plus sage que ce qui avait été initialement prévu si le public avait pu être présent.
Lorsque la fumée qui entourait Fatih commença à se dissiper, on le vit détacher son harnais et sortir de la monoplace.
Il grimpa ensuite sur le Halo et se dressa dessus avant de lever les bras dans les airs en formant un Y pour célébrer sa réussite.
Les photographes autorisés à se trouver sur la piste déclenchèrent alors une véritable avalanche de clichés.
Fatih sauta ensuite directement sur la piste, manquant de provoquer un arrêt cardiaque chez certains d’entre eux à l’idée qu’il puisse se briser la cheville.
Heureusement, rien de tel ne se produisit.
Il marcha tranquillement jusqu’à la portion du mur bordant la ligne droite de départ-arrivée qui pouvait s’ouvrir comme un portail.
Les commissaires l’avaient ouverte pour lui après qu’il se fut arrêté.
Après leur avoir fait un signe de la main, il retourna vers le garage.
Il prit Lisa dans ses bras alors qu’ils portaient encore tous les deux leurs casques et leurs combinaisons de course, puis fit le tour du garage en échangeant des coups de poing avec chacun des membres de l’équipe.
Pour lui, ça avait été un événement extrêmement excitant.
Il avait eu un circuit entier rien que pour lui et avait pu en profiter pleinement.
Mais tout cela n’avait été possible que grâce à ces personnes.
Il veilla donc à les remercier correctement.
Après une courte conversation avec l’officiel de la FIA, au cours de laquelle ils échangèrent quelques mots, Fatih quitta enfin le garage pour aller se laver avant d’enfiler une combinaison de course propre.
Après tout, une interview entière l’attendait encore.
......
On pouvait dire que l’événement avait rencontré un succès encore plus important que prévu, malgré le changement de situation qui avait obligé les organisateurs à annuler certains éléments.
Pour Red Bull, non seulement ils avaient obtenu toute la publicité qu’ils affectionnaient tant, mais ils avaient également récupéré une bonne partie de leurs dépenses.
Les produits dérivés de l’événement, fabriqués en édition limitée, devaient initialement être vendus à la fois sur le circuit et en ligne.
Après le passage à une vente entièrement en ligne, alors qu’une énorme quantité de stock était déjà entreposée dans leurs entrepôts, tout avait été vendu en seulement une heure après la mise en ligne.
Turkish Airlines, de son côté, avait largement rentabilisé son investissement grâce à l’immense visibilité obtenue à la fois par les droits de naming de l’événement et par son gigantesque nom affiché sur la livrée de la voiture.
Les autres sponsors, qu’ils aient pris le risque de participer ou qu’ils l’aient fait en anticipant précisément ce genre de résultat, obtinrent eux aussi d’excellentes retombées.
Cependant, parmi tous les participants, celui qui obtint le meilleur retour fut TRT.
Des millions de personnes avaient suivi activement l’événement avec toute leur attention, offrant à la chaîne l’une de ses meilleures audiences de la période, en dehors d’occasions exceptionnelles comme les élections et quelques autres événements majeurs.
À leur grande surprise, une part considérable de ces spectateurs resta même pour l’interview d’après-course.
Fatih allait enfin avoir l’occasion de répondre aux nombreuses questions que les gens avaient accumulées avant l’événement et même pendant son roulage de 300 km.
Cela devint immédiatement évident avec la toute première question posée par l’un des journalistes spécialisés dans les sports automobiles.
Et la réponse de Fatih laissa tout le monde tellement abasourdi qu’un silence de plusieurs secondes s’installa dans la salle de conférence.
« J’ai réussi à le faire en sachant exactement quelle quantité d’adhérence la voiture avait à ma disposition et en contrôlant la quantité de cette adhérence que je demandais aux pneus, tout en l’ajustant en parallèle avec la quantité de carburant que je brûlais afin de conserver à peu près le même rythme pendant toute la séance.
Au début, j’utilisais davantage d’adhérence pour compenser le poids du carburant. Et pendant les derniers relais, le poids de la voiture était devenu le facteur principal de mon rythme, puisque les pneus arrivaient à la fin de leur cycle de vie.
Si on ajoute à ça le fait que la piste se gommait progressivement à mesure que je roulais dessus, ça m’a également aidé. »
Fatih venait ainsi de répondre à la question lui demandant comment il avait réussi à maintenir seulement une demi-seconde d’écart entre son tour le plus rapide et son tour le plus lent pendant l’intégralité de l’épreuve.
La question avait été posée par simple curiosité.
Mais personne ne s’était attendu à recevoir une réponse aussi claire.
Ils avaient supposé soit que Fatih ne serait pas réellement capable d’expliquer comment il y était parvenu, soit qu’il s’agissait d’un avantage secret lui donnant un avantage en piste et qu’il lui serait donc impossible de le révéler.
Posséder un avantage aussi unique sur la piste était quelque chose dont rêvait chaque pilote.
Et pourtant, Fatih venait tout simplement de tout révéler comme s’il ne s’agissait pas d’un avantage particulièrement important, mais d’une question aussi banale que de lui demander son nom.