Chapitre 395
Chapitre 395
Chapitre 395 - L’ultime étape de Turkish Airlines IX (FIN)
Traduction: Moonkissed
La réponse de Fatih, traduite en anglais par les interprètes de la retransmission internationale diffusée sur sa chaîne YouTube, poussa bon nombre de personnes possédant de solides connaissances en automobile, et plus encore en Formule 1, à s’arrêter un instant.
Pendant quelques secondes, certaines se demandèrent même si l’interprète n’avait pas mal compris quelque chose.
« Vérifie ça », écrivit Horner avant d’envoyer le message à son secrétaire.
Parmi le grand public, beaucoup de ceux qui avaient entendu la réponse n’en comprenaient pas réellement l’importance.
Mais ceux qui travaillaient dans le sport automobile, eux, la comprenaient parfaitement.
Cela signifiait que Fatih possédait des sensations suffisamment précises au volant pour distinguer l’adhérence des pneus, le poids de la voiture ainsi que plusieurs autres facteurs.
Et plus impressionnant encore, il était capable de contrôler le rythme auquel il consommait certaines de ces ressources afin d’obtenir, au bout du compte, un résultat compris dans une fenêtre bien précise.
Les pilotes dotés d’une sensibilité exceptionnelle n’étaient pas rares.
Il existait même une anecdote selon laquelle Michael Schumacher était capable de sentir la différence lorsqu’un mécanicien réduisait la pression des pneus d’une quantité infime, après seulement un tour de circuit.
Mais ce que Fatih sous-entendait était complètement différent.
Certains pilotes étaient surnommés des « murmureurs de pneus » parce qu’ils parvenaient à prolonger la durée de vie de leurs gommes tout en conservant un certain niveau de performance plus longtemps que les autres pilotes, et parfois même plus longtemps que ne le prédisaient les simulations.
Mais aucun d’entre eux n’était capable de faire ce que Fatih affirmait avoir accompli.
Ainsi, tout comme Horner, presque toutes les écuries de F1 cherchaient déjà à déterminer si ses propos étaient vrais.
Parce que si c’était le cas, un tout nouveau domaine permettant d’obtenir un avantage venait de s’ouvrir.
Et cette fois, contrairement aux avantages issus des innovations conçues par les brillants cerveaux des ingénieurs, il s’agissait d’un avantage provenant directement du pilote.
Ce serait extrêmement intéressant si c’était vrai.
Cependant, après avoir pris plusieurs éléments en considération, beaucoup de ceux qui comprenaient suffisamment bien la situation ne croyaient pas totalement les affirmations de Fatih.
Et le facteur le plus important concernait les pneus.
Les pneus fournis par Pirelli aux équipes pour les essais TPC, les Testing of Previous Cars, utilisaient une gomme plus dure encore que la gamme de pneus la plus dure employée lors des séances officielles de F1.
Ils étaient spécialement conçus pour pouvoir être utilisés pendant de longues périodes.
En gardant cela à l’esprit, même si les équipes avaient demandé à leurs ingénieurs d’étudier la question, elles pensaient au fond que Fatih exagérait probablement.
Au mieux, ses capacités se situeraient sans doute au niveau des pilotes qu’elles surnommaient les « murmureurs de pneus ».
Si elles demandaient malgré tout à leurs équipes d’ingénieurs de se pencher sur le sujet, c’était simplement parce qu’il n’y avait aucun mal à s’en assurer.
Et grâce à toutes les données rendues publiques, elles pouvaient obtenir une réponse avec un degré de précision extrêmement élevé.
Cependant, leur principale curiosité ne concernait pas vraiment la véracité des propos de Fatih.
Ce qui les intéressait surtout, c’était ce qu’elles avaient observé concernant sa manière de maintenir la température des pneus à l’intérieur de leur fenêtre de fonctionnement pendant l’intégralité de la course, sans jamais la dépasser ni la laisser tomber en dessous.
Et cela avec une gomme considérée comme plus dure, donc plus difficile à faire monter en température et à contrôler.
Elles devaient s’assurer que ce qu’elles avaient vu était réel et qu’il ne s’agissait pas simplement de Red Bull manipulant les données pour mettre son pilote en valeur.
Pour le vérifier, certaines écuries prévoyaient même d’aller plus loin en lançant leurs propres simulations à partir des données fournies pendant la retransmission afin d’observer elles-mêmes les résultats et de décider de la marche à suivre.
Avec une seule séance et une seule interview, Fatih venait de lancer deux possibilités liées l’une à l’autre, mais extrêmement importantes.
Et si ne serait-ce que l’une d’entre elles s’avérait réelle, sa valeur monterait jusqu’à la stratosphère.
.......
« Est-ce que ce que vous avez fait aujourd’hui en piste peut également être appliqué pendant une véritable course de F1, ou est-ce que cela fonctionne uniquement avec les gommes actuelles, qui sont plus dures et offrent moins d’adhérence que celles utilisées en Grand Prix ? »
Un autre journaliste profita du silence qui s’était prolongé pour poser cette question.
« Malheureusement, je viens tout juste d’avoir dix-huit ans aujourd’hui et, par conséquent, je n’ai encore jamais participé à une séance officielle d’essais libres en Formule 1 pour pouvoir ressentir le comportement des pneus de course. Mon expérience se limite donc aux gommes TPC.
Je devrais conduire avec les véritables gommes de course pour déterminer si cette méthode peut également leur être appliquée et vous donner une réponse définitive. Et ça dépendra de la vitesse à laquelle j’obtiendrai ma Super Licence », répondit Fatih.
Il évita ainsi de répondre directement à cette partie de la question, même s’il savait parfaitement que sa méthode fonctionnait également avec les gommes de course puisqu’il l’avait déjà fait dans la simulation.
Étonnamment, les règles de la FIA concernant l’obtention d’une Super Licence ne prévoyaient aucun délai précis.
Même si un pilote remplissait toutes les conditions nécessaires, cela ne signifiait pas forcément qu’il recevrait immédiatement sa Super Licence.
En théorie, la FIA pouvait donc faire traîner le processus aussi longtemps qu’elle le souhaitait.
Même si aucun précédent de ce genre n’existait encore, Fatih voulait malgré tout faire comprendre clairement qu’il souhaitait recevoir sa licence le plus rapidement possible.
Red Bull allait remuer ciel et terre pour s’assurer qu’il l’obtienne avant le début du Grand Prix de Monaco puisque, dans le cas contraire, l’équipe risquait de devoir payer les pénalités prévues dans son contrat.
Fatih voulait également que le public soit au courant afin de s’assurer que personne au sein de la FIA n’essaie de jouer à ce genre de petit jeu.
« Puisque vous allez débuter lors de la cinquième manche de la saison 2021 et piloter cette voiture pour la première fois sur l’un des circuits les plus difficiles du calendrier de F1, quelles attentes pouvons-nous avoir ? »
« Monaco est un circuit sur lequel j’ai déjà roulé en F3, donc ce n’est pas une piste entièrement nouvelle pour moi. Mais ce sera la première fois que je la parcourrai avec une voiture plus rapide, plus large, plus longue et plus puissante.
Puisqu’il s’agira de mon premier week-end de course, même si la voiture que je piloterai a prouvé qu’elle était compétitive parmi les meilleures du reste du peloton et même si je la conduis depuis un certain temps dans la simulation, marquer des points sera déjà un résultat suffisamment satisfaisant.
J’essaierai ensuite de tirer les leçons de cette course et de les appliquer à Bakou lors de l’épreuve suivante. »
Il venait volontairement de se fixer des attentes très modérées.
Après tout, il n’avait absolument rien à gagner à déclarer qu’il visait la victoire dès sa première course.
Personne ne prendrait une telle affirmation au sérieux.
Et en retour, cela risquait même de faire perdre toute crédibilité au reste de ses déclarations pendant l’interview, ce qu’il voulait éviter.
L’interview se poursuivit pendant plus de quarante-cinq minutes avant qu’il ne soit enfin autorisé à partir pour commencer sa récupération après la séance.
...
« Ça aurait pas été plus logique de ne pas révéler ça à tout le monde ? » demanda Alex à Fatih alors qu’ils quittaient la salle de conférence et se dirigeaient vers le centre de récupération, où Fatih devait prendre un bain glacé.
« Il y avait aucun moyen de le cacher. Ils l’auraient compris après une ou deux courses au maximum. Et même s’ils le savent à l’avance, ça me cause aucun préjudice particulier », répondit Fatih avec un sourire qui semblait clairement dire :
« Ce n’était que la moitié de l’histoire. »
Mais Alex ne le remarqua pas et poursuivit :
« Mais ils pourraient demander à leurs pilotes de commencer à apprendre cette technique à l’avance et même essayer de la reproduire. »
« Tu sais combien de temps il m’a fallu pour développer cette idée et réussir à transformer ce concept absurde en quelque chose de réalisable ? » demanda Fatih.
Il s’arrêta un instant pour regarder Alex.
« Plus de huit ans, en comptant depuis mes années en karting. Si ça m’a pris autant de temps et que je suis encore loin d’avoir atteint la limite de ce qui est théoriquement possible, combien de temps tu crois qu’il leur faudra pour l’apprendre ? »
Fatih posa la question d’un ton amusé.
Il ne précisa évidemment pas que ces huit années comprenaient un entraînement quotidien dans la simulation et ne se limitaient donc pas au temps qu’il avait réellement passé sur circuit.
Même si cela n’avait jamais été clairement expliqué pendant son entraînement, Fatih avait fini par comprendre qu’Apollo essayait de lui inculquer les fondations de cette capacité depuis le tout début de sa conduite dans la simulation.
Pour cela, il lui faisait répéter des exercices que Fatih avait jusque-là simplement considérés comme des moyens d’améliorer sa régularité.
Il devait notamment reproduire exactement la même trajectoire, rouler à l’intérieur d’un delta précis et accomplir bien d’autres exercices similaires.
Lorsque Apollo lui révéla enfin ce qu’il cherchait réellement à lui enseigner, toutes ces petites compétences avaient déjà atteint un certain niveau.
Ses capacités avaient également été suffisamment améliorées pour qu’il puisse désormais les combiner activement.
Et malgré tout ça, Fatih savait qu’il laissait encore une certaine quantité de performance inexploitée.
Ils continuèrent à marcher.
Alex était plongé dans ses pensées, encore stupéfait par ce qu’il venait d’apprendre, tandis que Fatih gardait un sourire aux lèvres.
Il possédait déjà une preuve concrète de ce qui arrivait lorsqu’une personne essayait d’imiter cette technique sans la comprendre, ou même après en avoir seulement compris les principes fondamentaux.
Gasly en était l’exemple parfait.
Au fond de lui, Fatih espérait même que les autres pilotes prendraient ses paroles au sérieux et tenteraient de l’imiter.
Cela pourrait provoquer un chaos semblable à l’incident de Gasly et lui offrir encore davantage d’opportunités.
Mais il ne pouvait évidemment pas dire ça aux autres.
Ils ne comprenaient pas toutes les subtilités nécessaires pour accomplir ce qu’il faisait.
...
« Qu’est-ce que t’en penses ? Ça va marcher ? » demanda mentalement Fatih à Apollo tout en profitant de son bain glacé.
« Tout dépendra de la part de cette anomalie qu’ils attribueront aux gommes et de celle qu’ils penseront provenir de quelque chose que tu fais avec elles. Mais même s’ils ne prennent pas cette partie au sérieux, ils vont forcément chercher à comprendre comment tu as réussi à maintenir la température des pneus dans leur fenêtre de fonctionnement sans jamais la dépasser ni la laisser tomber en dessous. Et c’est justement le cœur de tout le reste », répondit Apollo.
Lui aussi était installé dans sa propre baignoire remplie de glace, fabriquée à partir de nuages, flottant tranquillement dans les airs.
« Je paierais mille points système juste pour pouvoir me transformer en mouche et assister à leurs discussions », déclara Fatih avant d’éclater de rire.
Il imaginait déjà leur réaction lorsqu’ils découvriraient qu’il avait bel et bien réussi, aussi incroyable que cela puisse paraître, à maintenir la température de ses pneus à l’intérieur de cette fenêtre pendant toute la durée du roulage.
Pour réussir une telle chose, il fallait posséder un niveau de contrôle et de sensibilité permettant de savoir avec une précision extrême où se trouvait exactement la température du pneu à l’intérieur de sa fenêtre de fonctionnement.
Imaginer qu’un pilote puisse accomplir cela avec un tel degré de précision semblait tout simplement inconcevable.
Mais plus que tout le reste, Fatih était heureux.
Il avait enfin franchi tous les obstacles qui se dressaient entre lui et son entrée en Formule 1.
Il ne lui restait plus qu’à obtenir sa licence.
Et quoi qu’il arrive, son départ pour Monaco était déjà prévu pour mardi.