Chapitre 36
Chapitre 36 - Week-end de course | Samedi | La toile des complots
Traduction: Moonkissed
« Je m'appelle Aslan, je suis le père de Selçuk », dit l'homme d'une voix calme et autoritaire dès que Fatih eut fini d'embrasser sa mère et sa grand-mère. Fatih se tourna vers le groupe, affichant un regard empreint d'une curiosité enfantine. Aslan désigna l'homme à côté de lui. « Et voici mon ami, Aron, le père de Jackson. Je suis ravi de te rencontrer. » Il tendit la main pour serrer celle de Fatih après avoir présenté les membres de son entourage.
« Je m'appelle Fatih. Enchanté », répondit Fatih de sa voix enfantine bien rodée, sa petite main enveloppée par celle d'Aslan qui utilisa ses deux mains pour lui serrer la sienne. Ce geste suscita quelques rires chaleureux parmi les adultes assis à table. Il serra ensuite la main d'Aron.
« Enchanté », dit Aron, dans un turc approximatif mais amical, avec un accent anglais prononcé, tout en souriant chaleureusement.
« Je m'appelle Salih, je viens de la Fatih Karting Academy », se présenta l'un des deux hommes restants, tendant la main à Fatih avec un sourire professionnel. « Je suis ici pour observer nos pilotes. »
« Et moi, je m'appelle Ibrahim, je suis représentant de la TOSFED. Enchanté », dit le dernier homme en ajustant son costume avant de tendre la main.
Fatih la serra avec le même sourire poli qu'il avait adressé aux autres. « On dirait que c'est la dernière réunion concernant le parrainage », pensa Fatih en retournant s'asseoir entre sa mère et sa grand-mère, acceptant le jus que sa mère lui tendait. Il commença à boire avec la paille, affichant un air innocent. « Il s'agit très probablement d'un entretien sur le sujet du sponsoring potentiel, c'est-à-dire moi. Mais pourquoi un représentant de la TOSFED est-il présent ? Est-il un superviseur obligatoire parce que le sujet est un enfant, ou quelqu'un ici a-t-il demandé sa présence ? »
« Si je devais émettre une hypothèse, je dirais probablement la seconde », répondit la voix d'Apollo qui résonna dans son esprit. La silhouette de son mentor apparut, traversant la table alors qu'il se déplaçait.
« Ta mère est très prudente lorsqu'il s'agit de questions te concernant. C'est probablement juste une question de prudence de sa part. »
« N'es-tu pas censé être omniscient ou quelque chose comme ça ? Pourquoi fais-tu des suppositions ? » demanda Fatih avec curiosité. Le comportement d'Apollo ne correspondait pas tout à fait au Système omniscient qu'il avait imaginé.
« Tu continues à me confondre avec le Système », répondit Apollo, l'air sérieux. Son corps translucide, à moitié au-dessus et à moitié en dessous de la table, gesticulait avec animation, comme s'il se défendait contre une accusation potentielle. « Le Système est peut-être omniscient, mais je n'en suis pas sûr, car je dispose de très peu d'informations à son sujet. Mais en ce qui me concerne, la seule chose que je peux affirmer avec certitude, c'est que je sais tout ce qui touche à la conduite. Pour tout le reste, *tu* es ma principale source d'information, à moins que le Système ne détermine que j'ai besoin de savoir quelque chose de précis, auquel cas il me fournit cette information. »
« Je te crois », pensa Fatih, mettant fin à son débat intérieur au moment même où Aslan commençait à lui parler directement.
« Fatih, quel est ton rêve ? » demanda Aslan gentiment.
« Ah, tu testes mon ambition », comprit immédiatement Fatih. « Alors je vais te donner une réponse que tu raconteras dans un futur documentaire sur moi. » Il regarda Aslan droit dans les yeux, son jeune visage affichant une confiance inébranlable. « Devenir multiple champion de Formule 1. »
Comme prévu, sa réponse provoqua un silence stupéfait autour de la table. Du coin de l'œil, Fatih vit Apollo le regarder avec une expression qui semblait clairement dire : « Qu'est-ce qui ne va pas chez ce gamin ? » Fatih l'ignora tout simplement, continuant à agir comme si ce qu'il venait de dire n'était pas une déclaration extravagante pour un enfant de cinq ans.
Il ne fallut pas longtemps avant que quelques rires ne viennent rompre le silence.
« C'est bien d'avoir de grands rêves », dit calmement Aron, le père de Jackson. Il n'y avait aucune trace de découragement dans sa voix, seulement une curiosité sincère quant à la conviction du garçon. « Mais tu sais que ce sera très difficile à réaliser. Cela exigera de toi une discipline pour t'entraîner chaque année jusqu'à ce que tu sois beaucoup plus âgé. Tu le sais ? »
« Oui, je le sais », répondit Fatih d'un simple signe de tête.
« Sais-tu ce qu'il faut pour devenir pilote de Formule 1 ? » demanda Salih, le représentant de l'académie, en se penchant en avant, s'attendant à une réponse vague et enfantine.
« Du talent, quarante points de superlicence quand j'aurai l'âge requis, une place à l'académie, et... » Fatih énuméra les conditions requises dans sa tête. Comme certaines d'entre elles n'étaient même pas exigées à l'époque actuelle, il choisit la réponse la plus évidente et la plus universelle. « De l'argent », dit-il en écartant ses petites mains pour souligner la quantité. « Beaucoup d'argent. »
Une nouvelle vague de rires chaleureux envahit la table. Les questions se poursuivirent et Fatih, fidèle à son personnage, répondit d'une manière enfantine mais étonnamment perspicace, sans jamais être trop précis, mais en laissant toujours entrevoir une compréhension plus profonde.
.........
Pendant que la conversation se poursuivait, Selçuk, qui venait de terminer un long débriefing avec son entraîneur, se tenait à distance, les mains serrées en poings. Il observait son père, Aslan, qui souriait et riait constamment pendant que Fatih parlait. C'était une chaleur et une joie qu'il avait si rarement vues dirigées vers lui-même, même pas pendant les vacances ou ses propres anniversaires. Mais maintenant, il le voyait de ses propres yeux, prodigué à Fatih.
« Mon père va-t-il m'abandonner et le choisir comme fils ? » Son jeune esprit, incapable de gérer ces émotions complexes, sauta immédiatement à la pire conclusion possible.
À cette pensée, un frisson le parcourut et une seule larme chaude coula de son œil. Il ressentit une vague de frustration et de colère, l'envie de piquer une crise, mais il la réprima. Il savait que son père n'aimait pas ce genre de comportement, et s'il se comportait ainsi maintenant, cela ne ferait que l'éloigner davantage. Cela ne ferait qu'augmenter les chances que son père prenne la décision de l'abandonner et d'adopter Fatih à sa place, Fatih qui était calme, qui gagnait, qui ne faisait pas de caprices. Il aimait son père et il ne voulait pas le perdre.
« Qu'a-t-il que je n'ai pas ? » se demanda-t-il, le regard tourné vers Fatih, dont la mère lui essuyait tendrement la bouche. C'était un geste familier, que sa propre mère lui avait fait d'innombrables fois. Cette image bouleversa encore plus ses émotions. Il avait l'amour de sa mère, mais il avait désespérément besoin de celui de son père. Et à première vue, Fatih avait les deux. « C'est tellement injuste », murmura-t-il avant de se retourner et de regagner les stands, les poings toujours serrés.
Il fit irruption dans la tente de l'équipe et trouva son entraîneur toujours là, penché sur un bout de papier. L'homme leva la tête, surpris. « Tu as oublié quelque chose, Selçuk ? »
« Professeur... Je veux battre Fatih », dit Selçuk d'une voix grave, mais tremblante d'émotion à peine contenue. « S'il vous plaît, dites-moi comment. »
« Puisque papa t'aime parce que tu gagnes des courses, tout ce que j'ai à faire, c'est gagner », se dit-il avec détermination. « Cela devrait suffire pour qu'il me regarde comme il te regarde. » Il s'approcha de son entraîneur et réitéra sa demande, avec une telle détermination que son entraîneur se demanda ce qui avait bien pu se passer pour provoquer un changement aussi profond.
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Quelques instants après le retour de Selçuk dans la tente, Jackson se retrouva au même endroit, observant la même scène : son père en train de rire avec la famille de Fatih.
Mais sa réaction fut tout à fait opposée à celle de Selçuk. Il fit immédiatement signe à son père, qui le vit et lui répondit, l'invitant à les rejoindre. Le visage de Jackson s'illumina et il courut joyeusement vers le groupe, serrant son père dans ses bras avant de s'installer sur ses genoux, prêt à se joindre à la conversation.