Chapitre 315
Chapitre 315 - Week-end de course | Dimanche | Course III (5)
Traduction: Moonkissed
Alors que tous les autres étaient encore concentrés sur le ralenti, écoutant les commentateurs tenter de comprendre comment une telle manœuvre avait pu se produire et s’il s’agissait d’une action volontaire ou simplement d’un heureux accident, Fatih, lui, poursuivait déjà Simmons.
Ce dernier occupait désormais la P3, après que Jewiss l’eut dépassé pour s’emparer de la P2.
Tous deux se trouvaient à huit secondes devant Fatih, mais celui-ci réduisait l’écart à chaque secteur.
{À ce rythme, tu devrais pouvoir les rattraper vers la fin du tour,} répondit James à la question de Fatih.
Contrairement aux autres, qui pouvaient se permettre d’analyser immédiatement ce qui venait de se produire, James n’avait pas ce luxe.
Il s’était remis presque instantanément de la terreur ressentie lorsqu’il avait cru que la course de Fatih allait prendre fin et avait aussitôt recommencé à lui fournir toutes les informations nécessaires : qui se trouvait devant lui, à quelle distance, et à quel endroit il devrait les rattraper s’il maintenait le même rythme.
......
« Toujours aussi agressif sur ses freinages tardifs, il passe une nouvelle fois à l’attaque et termine son dépassement à la sortie de Stirling Bend !
FATIH PASSE EN P3 !
Après avoir dépassé son coéquipier au quatrième tour, il a enfin rattrapé Jewiss dans la ligne droite précédant le dernier virage !
ET FATIH SE RETIENT !
IL NE TENTE RIEN !
ILS TRAVERSENT ENSEMBLE LE LONG ET LARGE VIRAGE NEUF AVANT DE DÉBOUCHER DANS LA LIGNE DROITE DE DÉPART-ARRIVÉE, COLLÉS L’UN À L’AUTRE !
ACCROCHEZ-VOUS, MESDAMES ET MESSIEURS !
ÇA VA ÊTRE UNE COURSE D’ACCÉLÉRATION ET, ENCORE UNE FOIS, UNE BATAILLE DE COURAGE POUR SAVOIR QUI FREINERA LE DERNIER ! »
Les commentateurs, tout comme les spectateurs, attendaient avec impatience la confrontation entre les deux pilotes.
C’était la première fois de tout le week-end qu’ils allaient réellement pouvoir se battre directement en piste.
Lors de la Course II, bien qu’ils n’aient été séparés que d’une seule ligne sur la grille de départ, le pari de Fatih à la fin du premier tour avait supprimé toute possibilité de duel entre eux.
Mais à la surprise générale...
« QUOI ?!
JEWISS S’ÉCARTE !
IL LAISSE PASSER FATIH SANS MÊME ESSAYER DE SE DÉFENDRE !
OH MON DIEU, MAIS QU’EST-CE QUE C’EST QUE ÇA ?! » s’écria Justin, exprimant immédiatement la stupéfaction de tous ceux qui regardaient la course.
Après toute cette attente, la confrontation venait de se terminer de la manière la plus anticlimatique possible.
L’un des deux pilotes n’avait même pas essayé de se battre.
« C’EST UNE DÉCISION TACTIQUE, ET DE SON POINT DE VUE, C’EST UNE EXCELLENTE DÉCISION ! » intervint Brad, attirant immédiatement l’attention sur un élément essentiel.
« L’ÉQUIPE A ANALYSÉ LA SITUATION, ET C’EST L’UNE DES MEILLEURES DÉCISIONS QU’IL PUISSE PRENDRE !
TANT QU’IL TERMINE SUR LE PODIUM, IL EST ASSURÉ DE REMPORTER LE TITRE, PEU IMPORTE LA POSITION FINALE DE FATIH !
IL EST DONC PARFAITEMENT LOGIQUE QU’IL LE LAISSE PASSER SANS SE BATTRE ET SANS PERDRE DE TEMPS !
S’ILS SE BATTAIENT, ILS PERMETTRAIENT À SIMMONS ET AUX DEUX COÉQUIPIERS DE FATIH DE LES RATTRAPER, CE QUI NE FERAIT QUE COMPLIQUER DAVANTAGE LA SITUATION ! »
Brad avait pris le temps d’expliquer la situation pour les spectateurs qui n’avaient pas encore compris la logique derrière cette décision.
« Mais pour un pilote, ça doit quand même faire mal de laisser passer son rival pour le titre comme ça. »
« Cette douleur disparaîtra très vite s’il remporte le championnat grâce à cette décision. »
« Mais Fatih ne pourrait-il pas simplement ralentir Jewiss jusqu’à ce que ses coéquipiers, ou Simmons qui est encore plus proche, les rattrapent ? Cela augmenterait leurs chances de le dépasser et détruirait les espoirs de titre de Jewiss, non ? » demanda Justin pour le bénéfice des spectateurs.
Il commençait lui-même à comprendre pourquoi cette décision constituait un véritable coup de maître de la part de l’équipe de Jewiss.
« C’est précisément pour ça que cette décision est brillante.
S’il avait défendu sa position bec et ongles, le ralentissement aurait été parfaitement naturel. Ils auraient tous les deux perdu du temps en se battant, et Fatih n’aurait eu d’autre choix que de participer au duel.
Mais la situation est complètement différente lorsqu’on vous laisse simplement passer.
À présent, Fatih devrait prendre la décision consciente de ralentir Jewiss, et il faudrait qu’il le fasse d’une manière suffisamment subtile pour ne pas attirer l’attention des commissaires.
Or, ralentir volontairement quelqu’un est différent du simple fait de perdre du temps en se battant pour une position.
Et puisque Jewiss a déjà réussi à dépasser Simmons une première fois, qu’est-ce qui l’empêcherait de recommencer lorsque Fatih repartira à la poursuite du leader ?
Il y a également un autre problème.
Ralentir Jewiss signifie laisser le leader de la course creuser son avance, alors qu’il reste de moins en moins de tours pour le rattraper.
Et Fatih doit encore dépasser le leader et remporter cette course s’il veut gagner le championnat. »
Brad, parfaitement conscient que la question était surtout destinée aux spectateurs, avait simplifié son explication afin que tout le monde puisse comprendre les enjeux.
À peine eut-il terminé que la réalisation diffusa le ralenti de la scène, accompagné cette fois de la conversation radio entre Jewiss et son ingénieur.
{Nous disputons deux courses différentes, alors laisse-le passer. Je répète : ne te bats pas avec lui. Laisse-le passer dans la ligne droite de départ-arrivée.}
« Et il semblerait que Fatih l’ait également compris et qu’il ait décidé de faire confiance à ses coéquipiers », ajouta Justin après la diffusion de la radio.
Les images revinrent à la course en direct.
Fatih avait déjà commencé à creuser l’écart sur Jewiss et poursuivait désormais les deux premières positions.
« Six tours restants.
Vingt-cinq secondes d’écart avec le leader de la course.
Les coéquipiers de Fatih se trouvent respectivement à huit et treize secondes derrière Jewiss.
Pour avoir ne serait-ce qu’une chance d’aider leur coéquipier, ils devront d’abord dépasser Simmons avant de pouvoir s’attaquer à Jewiss et tenter d’assurer le titre à Fatih.
Et juste derrière eux se trouvent les coéquipiers de Jewiss, qui les poursuivent afin de les empêcher d’y parvenir », poursuivit Brad, rappelant la situation de chacun des pilotes susceptibles d’intervenir activement dans la lutte pour le championnat.
« NE QUITTEZ PAS VOS ÉCRANS, MESDAMES ET MESSIEURS !
CE N’EST PAS ENCORE TERMINÉ !
ÊTRE LE MEILLEUR PILOTE EN PISTE NE SUFFIRA PAS !
POUR REMPORTER CE TITRE, C’EST UNE ÉQUIPE ENTIÈRE QUI DEVRA ÊTRE UN CRAN AU-DESSUS DE TOUTES LES AUTRES !
ET NOUS AVONS DEUX ÉQUIPES QUI SE BATTENT POUR Y PARVENIR !
TANT QUE LES DEUX PRÉTENDANTS AU TITRE N’AURONT PAS FRANCHI LA LIGNE D’ARRIVÉE LORS DU DERNIER TOUR, NOUS NE SAURONS PAS QUI SERA CHAMPION !
IL RESTE ENCORE SIX TOURS !
RIEN NE GARANTIT ENCORE QUI SE TROUVERA À QUELLE POSITION LORSQU’ILS FRANCHIRONT CETTE LIGNE ! »
.......
Pendant que les commentateurs poursuivaient leurs analyses, portés par l’excitation d’avoir depuis longtemps dépassé la barre des deux millions de spectateurs en direct et se dirigeant désormais vers les trois millions avant la fin de la course, Fatih poussait son aptitude Aquaman, ainsi que tout l’entraînement qu’il avait effectué dans le simulateur, jusqu’à leurs limites.
Pendant tout le tour, il roulait constamment sur le fil.
Sa concentration était absolue.
La moindre perte d’attention pouvait signifier finir enlisé dans les graviers, perdre de précieuses secondes dans l’herbe...
Ou s’écraser.
Pourtant, même au milieu de tout cela, il conservait un contrôle total.
Ni les conséquences potentielles d’une erreur ni le poids du championnat ne semblaient affecter ses décisions.
Il conduisait simplement.
Et les résultats parlaient d’eux-mêmes.
Au début du septième tour, Fatih avait réduit de neuf secondes l’écart qui le séparait du leader.
Puis, au début du neuvième tour, il avait encore repris huit secondes.
Il ne restait désormais plus que...
huit secondes entre Fatih et le leader de la course.