Chapitre 308
Chapitre 308 - Week-end de course | Dimanche | Course II (2)
Traduction: Moonkissed
{BOX ! BOX ! BOX !}
Les unes après les autres, les voitures furent appelées aux stands à la fin du premier tour alors que la pluie s’intensifiait à chaque seconde, rendant évident que passer par les stands était la seule option raisonnable.
« Ça va être un véritable cauchemar là-dedans, mais ils n’ont pas le choix. Soit vous perdez du temps dans la voie des stands parce que votre équipe doit faire rentrer deux, voire trois voitures à la suite, soit vous tentez de rester en piste et vous risquez l’accident.
C’est une bonne nouvelle pour Fatih, qui occupe désormais la P6 devant ses coéquipiers. Il sera donc le premier pris en charge et pourra ressortir des stands aussi rapidement que possible.
Pour Jewiss, en revanche, la situation est bien différente. Il doit maintenant parcourir tout le reste du tour lentement derrière ces trois voitures, puis les suivre jusque dans la voie des stands. Il pourrait même devoir s’immobiliser derrière eux si l’accès à leur emplacement devient impossible à cause des voitures arrêtées devant.
C’est la meilleure situation possible pour Fatih et la pire pour Jewiss.
OH ! QUOI ?!
FATIH NE RENTRE PAS AUX STANDS ?!
IL Y A EU UN PROBLÈME DE COMMUNICATION ?!
MAIS LES DEUX AUTRES SONT RENTRÉS, ET JEWISS AUSSI !
QU’EST-CE QUI SE PASSE ?! »
La surprise des commentateurs était évidente.
La retransmission, jusque-là concentrée sur la voie des stands qui s’apprêtait à sombrer dans le chaos, bascula vers la ligne droite de départ-arrivée.
Fatih était le seul à s’y engager.
Il roulait encore très vite, soulevant derrière lui un immense panache d’eau, sans aucune autre voiture devant ou derrière.
Tous ceux qui regardaient la course se demandaient ce qui avait bien pu passer par la tête de la personne ayant décidé de le laisser en piste.
La décision semblait tellement absurde que la plupart commencèrent à se demander si Fatih n’avait pas simplement raté l’entrée des stands, l’obligeant à poursuivre pour un tour supplémentaire.
Cette explication paraissait presque plus logique que l’alternative.
Car il allait désormais devoir parcourir tout un tour extrêmement lentement et dans des conditions dangereuses.
Le circuit comportait de nombreuses montées et descentes. Aux jonctions entre ces changements d’élévation, l’eau avait tendance à s’accumuler et à former de véritables rigoles.
Même avec des pneus pluie, piloter dans de telles conditions pouvait devenir un cauchemar.
Alors avec des slicks…
Cependant, toutes les interrogations trouvèrent rapidement leur réponse lorsque les communications radio furent diffusées.
{L’intensité correspond à ce qui était prévu, même si la pluie est arrivée quelques tours plus tôt. Alors, tu veux maintenir le plan ou non ?} demanda James à Fatih par radio.
{Non, on garde le plan initial,} répondit calmement Fatih avant d’ignorer l’entrée des stands et de poursuivre son tour.
« On dirait donc qu’ils en avaient discuté à l’avance. Mais est-ce vraiment un pari qui vaut la peine d’être tenté ? » demanda Brad après avoir entendu leur échange.
Une chose était désormais claire : ce n’était pas une erreur.
C’était bel et bien prévu.
La retransmission se divisa alors en deux écrans.
D’un côté, la caméra embarquée de Fatih.
De l’autre, le chaos qui régnait dans la voie des stands.
Mais regarder l’image embarquée de Fatih était presque douloureux tant la voiture semblait constamment au bord de la perte de contrôle.
Il effectuait sans cesse de minuscules corrections.
Volant.
Accélérateur.
Frein.
Encore le volant.
Encore l’accélérateur.
Chaque geste était continuellement ajusté en fonction de l’adhérence disponible.
Et malgré cela, il roulait à une vitesse étonnamment élevée, seulement quelques secondes plus lentement que son rythme sur piste sèche.
........
« Il fait vraiment exactement ce qu’il avait dit », murmura James en observant simultanément les images de la caméra embarquée et les données télémétriques de la voiture de Fatih.
Comme ils savaient qu’il y avait de fortes chances qu’il pleuve, ils avaient déjà discuté de cette possibilité pendant le briefing stratégique précédant la course.
Quelques heures plus tôt.
« S’il commence à pleuvoir pendant la course, notre plan sera de rentrer aux stands aussi tôt que possible afin d’éviter de prendre des risques. »
« Mais tout le monde fera exactement la même chose. La voie des stands va devenir chaotique et on perdra beaucoup plus de temps que nécessaire », intervint Fatih, manifestement en désaccord avec la stratégie proposée par l’équipe.
« Et il y a une raison pour laquelle tout le monde fait ça : parce que l’alternative, c’est pratiquement l’accident assuré. Les montées et descentes du circuit créent certains endroits où l’eau s’accumule. Piloter avec des slicks devient donc presque impossible.
Soit on perd du temps dans les stands, soit on se crashe.
Et je suis certain que tu sais laquelle de ces deux options est préférable », répliqua le stratège de l’équipe.
« On peut aussi avoir un accident dans une voie des stands complètement chaotique. Et ça, ce serait entièrement hors de notre contrôle. Alors que rester en piste serait une décision dont nous garderions le contrôle. »
« Avoir confiance en soi, c’est bien. Mais avoir ou non le contrôle de la décision ne sert à rien si la voiture elle-même devient incontrôlable. »
« Cinquante secondes.
C’est ce qu’on perdrait dans des conditions normales sous drapeau vert.
Sous la pluie, ça dépasse maintenant la minute puisqu’il faut ralentir davantage pour des raisons de sécurité et éviter une pénalité pour excès de vitesse.
Si une équipe fait rentrer deux voitures à la suite, la deuxième perd environ vingt secondes supplémentaires.
Maintenant, ajoutez à ça toute la voie des stands qui décide de rentrer au même moment.
Le chaos commence avant même l’entrée des stands. Il y aura forcément quelqu’un qui finira par toucher quelqu’un d’autre.
Ensuite, il y a la possibilité de devoir s’arrêter directement dans la voie rapide parce que l’équipe située derrière notre emplacement fait rentrer trois voitures à la suite. L’une d’entre elles sera alors obligée d’attendre dans la voie rapide jusqu’à ce qu’elle puisse rejoindre son emplacement, bloquant tous ceux qui se trouvent derrière.
Puis il faut encore réussir à ressortir des stands sans problème.
Et ça, c’est seulement si nous ne sommes pas obligés de nous arrêter une deuxième fois parce que l’équipe placée devant nous fait elle aussi rentrer trois voitures à la suite et bloque à son tour la voie rapide.
Je ne crois pas que toute cette séquence soit une meilleure option que de rester en piste pendant un seul tour supplémentaire, puis de profiter de tous les avantages une fois celui-ci terminé, lorsque la voie des stands sera vide et qu’il n’y aura plus personne pour provoquer ce chaos.
C’est la meilleure option.
Peu importe combien de temps je perds pendant ce tour, puisque presque tous les autres pilotes risquent de se retrouver dans une situation encore pire que la mienne », expliqua Fatih.
Il enchaîna les arguments les uns après les autres, détaillant précisément pourquoi il refusait l’idée de rentrer immédiatement aux stands.
« ..... »
Tous ceux présents dans la pièce le regardèrent en silence.
À voir leurs expressions, on aurait dit que Fatih venait de leur expliquer qu’il comptait traverser un champ sous le feu ennemi avec la certitude qu’il pourrait éviter toutes les balles, plutôt que de choisir l’option la plus sûre.
Fatih remarqua leurs regards.
Il ajouta simplement :
« De toute façon, c’est la décision que je prendrai une fois sur la piste. »
Le message était parfaitement clair.
Qu’ils soient d’accord avec lui ou non…
il comptait le faire.