Chapitre 300
Chapitre 300 - Week-end de course | Vendredi | Dernière manche, retour à Brands Hatch IV
Traduction: Moonkissed
{BOX, BOX, BOX, BOX !}
Hauger fut rappelé aux stands.
{BOX, BOX, BOX, BOX !}
Doohan reçut le même ordre.
{BOX, BOX, BOX, BOX !}
Fatih fut lui aussi rappelé alors qu’ils sortaient de Stirling’s Bend, juste avant la dernière ligne droite menant au dernier virage.
{Compris}, répondirent les deux autres pilotes.
{Laissez-moi encore trois tours et je rentrerai}, répondit Fatih, refusant quant à lui de suivre immédiatement l’instruction.
Il accéléra et s’éloigna du groupe, qui ralentissait à l’approche du dernier virage, afin de se lancer dans un tour rapide, tandis que les deux autres rentraient dans la voie des stands comme demandé.
« On dirait que nous allons enfin pouvoir le voir se dégourdir les jambes pour la première fois. Justin, fais-nous vivre ce tour », lança Brad.
La retransmission revint sur Fatih, qui se trouvait déjà sur la Brabham Straight et accélérait de plus en plus.
Dès qu’il franchit la ligne de départ-arrivée, il passa la sixième vitesse tout en déplaçant sa voiture vers la gauche de la piste, alors que le tracé montait progressivement jusqu’au premier virage.
Il relâcha immédiatement l’accélérateur et freina au moment précis où le cône situé sur le côté droit de la piste arriva à hauteur de sa voiture. Il braqua ensuite et rétrograda en cinquième au moment où il atteignit le point de corde.
La piste plongeait brutalement après le virage.
Fatih laissa donc sa voiture dériver largement vers l’extérieur.
Lorsque celle-ci attaqua agressivement les vibreurs de gauche, de violentes vibrations parcoururent le châssis.
Fatih retira aussitôt sa main gauche du volant.
Il la laissa simplement flotter dans les airs jusqu’à ce que les quatre roues retrouvent complètement l’asphalte.
Il reposa sa main sur le volant juste à temps pour atteindre le panneau des cinquante mètres.
Une nouvelle fois, il leva le pied et freina, cette fois jusqu’à atteindre près de soixante-dix pour cent de la puissance de freinage. Il rétrograda en troisième tout en inscrivant la voiture dans l’épingle, restant à l’intérieur pendant pratiquement toute la durée du virage.
Ce ne fut qu’à la sortie qu’il laissa la voiture s’élargir vers l’extérieur pour déboucher sur la très courte ligne droite suivante.
Toujours à l’accélération alors que Graham Hill Bend approchait, il passa la quatrième, leva brièvement le pied puis appliqua environ vingt pour cent de freinage.
Dès que la voiture commença à pivoter, il remit les gaz.
Il sortit large du virage, conservant autant d’élan que possible en débouchant sur la Cooper Straight.
Il passa la cinquième environ cent mètres avant la zone de freinage.
Lorsqu’il atteignit le panneau des cinquante mètres, il freina et rétrograda en quatrième tout en plongeant dans le gauche de Surtees, un virage où la piste remontait progressivement avant de déboucher sur la longue ligne droite.
........
Jack Doohan et Dennis Hauger étaient déjà revenus au garage après que leurs mécaniciens eurent poussé leurs voitures à l’intérieur.
Tous deux observaient désormais les données en direct du tour rapide de Fatih.
Il avait déjà signé le meilleur temps dans le premier secteur et accumulé plusieurs mini-secteurs violets dans le deuxième.
À présent, il fonçait vers la longue ligne droite.
Et surtout, le virage dans lequel ils avaient tous les deux commis une erreur approchait.
Ils voulaient voir comment Fatih allait le négocier.
Fatih continua à monter les rapports jusqu’à atteindre la cinquième au moment où il arrivait au sommet de la montée et passait sous le pont.
Puis, dès que la piste commença à redescendre, il passa immédiatement la sixième.
Sa vitesse continua d’augmenter.
220 km/h.
Il relâcha alors l’accélérateur et commença immédiatement à inscrire la voiture dans le virage.
Sans toucher au frein.
Sans même rétrograder dans un premier temps.
Ce ne fut qu’au moment où la voiture commença à pivoter en direction du point de corde qu’il descendit en cinquième, toujours sans approcher son pied de la pédale de frein.
Puis il fit quelque chose qui pouvait sembler contre-productif.
Il remit les gaz.
La voiture effleura le point de corde avant de dériver largement vers l’extérieur à la sortie.
Sa vitesse minimale durant toute cette séquence avait été de 185 km/h.
Une vitesse difficilement imaginable pour un pilote abordant ce virage pour la première fois, sans même avoir progressivement construit sa confiance au fil de la séance jusqu’à tenter une telle vitesse vers la fin des essais libres.
........
Pendant que les pilotes et les membres de l’équipe se concentraient sur le chrono et la télémétrie de Fatih, le Dr Ernst observait quelque chose de complètement différent.
Ses mains.
Plus précisément, sa main gauche.
Chaque fois que Fatih retirait sa main gauche du volant lorsqu’il attaquait agressivement un vibreur, laissant sa main droite supporter seule les contraintes et contrôler la voiture, Ernst prenait des notes.
Son visage ne laissait transparaître aucune émotion quant aux conclusions qu’il pouvait tirer.
Il se contentait d’observer.
Et d’écrire tout ce qu’il remarquait.
........
« Toujours aussi régulier ! Il possède déjà deux secondes d’avance sur tous les autres chronos réalisés pendant cette séance d’essais libres.
Certes, les tours actuels des autres pilotes restent encore essentiellement des tours de mise en jambes, et nous nous attendons à les voir gagner plus d’une seconde, peut-être même deux, avant la fin de cette première séance.
Mais pour le moment, c’est Fatih qui montre à tout le monde ce qu’il est possible de faire et fixe la référence qu’ils vont devoir tenter d’atteindre !
Il sort maintenant du dernier virage, monte un rapport tout en essayant de conserver le maximum de vitesse et raccourcit sa trajectoire jusqu’à la ligne de départ-arrivée...
1:25.348 !
IL VIENT DE CREUSER UN ÉCART DE DEUX SECONDES ET DEMIE !
LE DÉFI EST LANCÉ !
Et il ralentit maintenant !
On dirait qu’il compte rentrer aux stands après avoir signé un tour rapide suffisamment représentatif pour donner une référence aux autres pilotes.
Mais ce chrono permettra également à son équipe d’analyser ses données et d’aider ses coéquipiers à rapidement adapter leur rythme, afin qu’ils puissent ensuite reprendre l’exercice qu’ils tentaient d’effectuer depuis le début de la séance. »
« Nous découvrons ici la réflexion stratégique d’un pilote dont nous avons fini par oublier qu’il pouvait avoir besoin de stratégie, simplement parce qu’il se retrouve presque toujours devant tout le monde à dominer les courses.
Mais les problèmes qu’il a rencontrés lors des précédents week-ends changent complètement la situation.
Cette fois, être simplement le plus rapide ne suffit plus.
On attend davantage de lui.
Et on attend également davantage de ses coéquipiers.
Cela va complètement modifier la manière dont Fatih et son équipe aborderont ce week-end.
Mais il existe un autre problème.
Les exercices qu’ils doivent effectuer les obligent à dévoiler leurs cartes à leurs adversaires.
Et lorsque vous montrez votre stratégie à votre ennemi, vous devez vous attendre à ce qu’il trouve une parade ou qu’il copie simplement votre méthode afin d’annuler l’avantage que vous espériez obtenir.
Alors, quelle décision Jewiss et JHR Developments vont-ils prendre ?
Les deux équipes disposent actuellement de trois pilotes qu’elles peuvent mobiliser afin d’obtenir le meilleur résultat possible pour leur candidat au titre.
À partir de maintenant, la lutte ne dépendra donc plus uniquement des capacités individuelles des pilotes.
Elle dépendra également de tout ce que leurs coéquipiers, leurs ingénieurs et leurs équipes seront capables d’apporter.
Ce n’est plus seulement une bataille entre pilotes.
C’est désormais une bataille entre équipes. »