Chapitre 296
Chapitre 296 - Milton Keynes
Traduction: Moonkissed
Sa routine resta globalement la même : se réveiller, aller courir, se laver et se préparer pour l’école avant que sa mère ou sa grand-mère ne l’y conduise ; étudier, déjeuner, puis étudier encore.
Une fois les cours terminés, il attendait que sa mère ou celle de Seraphina vienne les chercher pour les emmener à la piste de karting, qu’ils étaient d’ailleurs en train d’acquérir. Ils l’avaient réservée si souvent que beaucoup de gens la considéraient déjà comme une piste privée, tant elle était régulièrement fermée au public.
Ensuite, il rentrait chez lui, faisait ses exercices, suivait sa séance de physiothérapie, se lavait, puis passait un peu de temps avec sa mère et sa grand-mère dans le salon avant d’aller se coucher.
Enfin, il commençait son entraînement avec Apollo.
Puis il recommençait.
Encore et encore.
Cette routine se poursuivit jusqu’au jeudi de la deuxième semaine. Ce jour-là, dès la fin des cours, Fatih partit directement pour Milton Keynes avec Alex, tandis que Seraphina se rendit seule à la piste pour s’entraîner.
Fatih devait passer plusieurs tests avant qu’une décision définitive ne soit prise concernant son aptitude à participer ou non à la prochaine course.
Entre-temps, la situation entre Alex et lui avait changé.
Alex avait enfin terminé de régler toutes ses obligations auprès de Red Bull et avait officiellement rejoint l’équipe personnelle de Fatih, même si, dans les faits, ses tâches restaient en grande partie similaires.
Il occupait désormais à la fois le rôle d’assistant personnel et de préparateur physique de Fatih.
Il était donc responsable de son entraînement physique, de ses massages, de son hydratation et de son alimentation, tout en servant d’intermédiaire dans les deux sens entre Fatih et l’équipe mise en place pour le soutenir.
Il s’occupait également de la logistique de son équipement, du respect des règles de l’AMA, l’Agence mondiale antidopage, ainsi que de diverses tâches similaires.
Cependant, Alex ne gérait pas tout cela seul.
L’équipe créée autour de Fatih comprenait également un secrétariat chargé de la majeure partie du travail administratif et logistique : préparation de ses nouvelles combinaisons de course, de ses casques, organisation des déplacements et bien d’autres choses encore.
Alex intervenait surtout dans les dernières étapes de ces différentes tâches.
Son salaire avait également été revu à la hausse par rapport à ce que Red Bull lui versait auparavant, mais cette augmentation s’accompagnait de responsabilités plus importantes.
Et c’était précisément quelque chose qui l’enthousiasmait.
Comme la mère de Fatih avait organisé toute la transition en coopération avec Red Bull, celle-ci s’était déroulée sans le moindre accroc.
Alex continuerait donc à accomplir pratiquement les mêmes tâches qu’auparavant.
La principale différence était simple :
celui qui lui versait son salaire et dont l’avis comptait désormais n’était plus Red Bull.
C’était Rümeysa.
........
« PARS ! »
Dès qu’il entendit cet ordre, Fatih, solidement sanglé dans le cockpit, détacha immédiatement son harnais, déconnecta sa radio et retira le volant.
Il posa celui-ci sur le côté, s’extirpa de la monoplace, puis remit finalement le volant sur son support.
« Douze secondes », annonça l’homme qui avait donné le signal de départ en regardant le chronomètre dans sa main.
Il ajouta :
« Il faut encore gagner deux secondes avant que tu puisses recevoir ton autorisation. »
Fatih étira sa main tout en l’écoutant.
Puis il retira de nouveau le volant et se réinstalla dans le cockpit.
Il devait continuer à s’entraîner jusqu’à réussir à sortir de la voiture en moins de dix secondes.
L’assistant de l’équipe l’aida à tout remettre en place afin qu’ils puissent recommencer le test.
« PARS ! »
...
« Qu’indiquent les résultats de ses examens ? » demanda Helmut.
Il observait l’entraînement en direct grâce aux caméras de surveillance.
À ses côtés se trouvait le docteur Ernst Staud, le médecin qui avait été chargé de superviser la préparation physique de Fatih lors de sa transition vers la monoplace.
Afin de tenir Red Bull informé de son état, Alex continuait à transmettre à l’équipe les résultats des différents examens de Fatih chaque fois qu’ils en effectuaient.
« Il a récupéré environ soixante-dix pour cent des capacités de sa main gauche. Je ne vois donc aucun problème majeur à ce qu’il participe », expliqua Ernst en observant lui aussi les images.
« Cependant, il aura probablement plus de difficultés à atteindre son niveau de performance habituel, puisque sa main droite devra compenser les déficiences de la gauche. »
« Alors ça devrait aller pour lui », répondit Helmut comme s’il s’agissait d’une évidence.
Il s’adossa à son siège et continua d’observer l’écran.
« Il y a quand même quelque chose qui m’inquiète », reprit le médecin avec une certaine hésitation.
« Quoi ? »
Helmut posa la question après que le silence se fut prolongé un peu trop longtemps à son goût.
« Même s’il est physiquement capable de gérer la situation, savoir s’il peut en faire autant mentalement est une autre question », expliqua Ernst avec prudence.
« Il a déjà subi des accidents bien plus graves en karting et il est revenu sans le moindre problème. Quelle est la différence cette fois ? » demanda Helmut en se tournant vers lui.
« Après son précédent accident, trois mois se sont écoulés entre sa blessure et son retour en karting. Il a donc eu le temps d’assimiler ce qui s’était passé et de gérer un éventuel traumatisme.
Cette fois, il n’a eu que deux semaines.
Et si vous ajoutez à cela la pression liée au championnat qu’il tente de remporter, ce n’est pas vraiment une combinaison idéale pour éviter les séquelles psychologiques », expliqua clairement le docteur Ernst.
« ... »
Helmut prit quelques instants pour réfléchir à ses paroles.
« Quels seraient les effets s’il était effectivement traumatisé ? »
« Il pourrait craindre qu’un accident similaire se reproduise et commencer à hésiter lorsqu’il doit attaquer ou lorsqu’il roule près d’autres pilotes, entre autres possibilités. Tout dépend de la manière dont il a assimilé l’accident.
Si le championnat est sa principale préoccupation, cela pourrait également provoquer l’effet inverse. Il pourrait attaquer excessivement pour tenter de récupérer autant de points que possible, dépasser les capacités de la voiture, perdre le contrôle et avoir un nouvel accident, ce qui ne ferait qu’aggraver le problème.
S’il présente réellement ce genre de symptômes, je conseillerais de le retirer immédiatement de la compétition dès qu’ils seront détectés. Sinon, vous risquez de perdre pendant longtemps le Fatih que vous connaissez.
Une saison ne vaut pas l’avenir d’un pilote. »
TAP ! TAP ! TAP !
Helmut tapota rythmiquement la table du bout des doigts tandis qu’il réfléchissait à ce qu’il venait d’entendre.
Finalement, il déclara :
« Tu accompagneras l’équipe et tu le surveilleras pour détecter le moindre signe de traumatisme ou d’hésitation. Je te donne l’autorité de le retirer de la compétition dès que tu trouves des éléments suffisamment convaincants pour confirmer tes soupçons. Et si ça arrive, appelle-moi immédiatement. »
Son ton était parfaitement sérieux.
Il n’avait aucune intention de perdre Fatih avant même d’avoir eu l’occasion de le voir courir en Formule 1.
S’il fallait sacrifier une saison de F4 pour protéger son avenir, alors cette saison pouvait parfaitement être sacrifiée.
« Je le ferai », répondit le docteur Ernst.
Puis il désigna l’écran.
« Il a réussi. »
Helmut regarda les images.
Fatih célébra brièvement sa réussite avant de retourner presque immédiatement vers la monoplace pour s’installer à nouveau dans le cockpit et continuer à s’entraîner.
Helmut l’observa pendant quelques secondes.
« Je ne pense pas qu’il soit traumatisé », murmura-t-il suffisamment bas pour que même le docteur Ernst ne puisse pas l’entendre.