Chapitre 282
Chapitre 282 - Week-end de course | Samedi | Qualifications
Traduction: Moonkissed
« Tu penses qu’il roule avec peu de carburant pour pouvoir attaquer au maximum ? » demanda Brad tandis que la retransmission se concentrait sur Fatih, qui zigzaguait de gauche à droite dans la ligne droite de Wellington afin de faire monter ses pneus en température autant que possible, prêt à entamer son premier tour lancé de la séance de qualifications.
« Je veux dire, ce serait plus avantageux pour lui. Ça lui permettrait de réduire au maximum l’usure des pneus », répondit Justin.
« Alors pourquoi son rythme habituel en qualifications est-il toujours aussi proche de celui qu’il affiche pendant les essais libres ? Il l’a fait quatre fois maintenant, alors je commence à me demander s’il roule vraiment avec peu de carburant pendant les qualifications. »
« Ce serait complètement idiot de sa part de ne pas le faire. Il transporterait du poids supplémentaire pour absolument rien. »
« Donc, tu es en train de dire qu’il se retient ? »
« Je n’en sais rien, mais on va avoir notre réponse maintenant. Il vient déjà de sortir de Luffield en troisième, passe immédiatement la quatrième et approche du dernier virage avant le début de son tour », expliqua Justin au moment où la retransmission passa à la caméra embarquée au-dessus de Fatih.
On pouvait désormais voir ses mouvements de volant ainsi que les données affichées sur son tableau de bord.
« Fais-nous vivre le tour, et sois aussi précis que possible, pour le bien des autres pilotes et des téléspectateurs », plaisanta Brad alors que Fatih passait la cinquième avant d’aborder Woodcote à fond, coupant tellement le virage que seuls ses pneus gauches restèrent sur la piste.
« C’est intelligent. Ça lui permet de conserver un maximum d’élan sans dépasser les limites de piste. Il entre maintenant dans la ligne droite de départ-arrivée, s’écarte et reste sur la gauche de la piste, une trajectoire également utilisée en MotoGP. Juste avant de franchir la ligne, il passe la sixième, et le tour commence. Son regard est entièrement fixé sur les repères de freinage et, au panneau des soixante-quinze mètres, il relâche l’accélérateur, donne simplement une légère pression sur le frein, rétrograde en cinquième avant de tourner le volant avec aussi peu d’amplitude et autant de douceur que possi… »
......
Au milieu de toute l’agitation extérieure, le monde de Fatih était plongé dans un silence absolu.
Il était entièrement absorbé par son tour lancé.
Il tourna très peu le volant, avec des gestes fluides, tout en écoutant le bruit de ses pneus avant et en ressentant leurs réactions.
Avant même d’atteindre le milieu du virage, il recommença à accélérer, puis écrasa complètement l’accélérateur à la sortie. La monoplace s’écarta jusqu’au bord extérieur de la piste, utilisant toute la largeur disponible afin de conserver autant d’élan que possible.
La voiture fonça ensuite vers les célèbres virages de Maggots et Becketts.
Fatih passa Maggots en sixième avant de freiner brutalement et de rétrograder jusqu’en troisième, puis de prendre à droite conformément au tracé National de Silverstone.
Cette configuration supprimait ainsi deux des célèbres virages de l’enchaînement habituel, les pilotes n’ayant à négocier qu’un seul virage dans la séquence des virages deux, trois et quatre.
Il déboucha alors dans la ligne droite de Wellington et recommença à monter les rapports tandis que la ligne droite disparaissait derrière lui et que l’enchaînement de Brooklands et Luffield se rapprochait à toute vitesse.
Juste avant le panneau des cinquante mètres, alors qu’il était encore en sixième, il commença déjà à tourner avant d’appliquer un premier freinage puissant, à environ soixante-dix pour cent de la force maximale, tout en rétrogradant simultanément en cinquième.
Il relâcha presque immédiatement la majeure partie de la pression sur les freins, mais continua à freiner progressivement en entrée de virage après être passé en quatrième, maintenant cette légère pression jusqu’au point de corde tout en gardant la voiture légèrement au large.
Alors qu’il relâchait progressivement les freins et approchait du point de corde, il y eut un bref instant où il ne touchait ni au frein ni à l’accélérateur.
La monoplace commença à glisser légèrement.
Fatih attendait précisément cet instant.
Il remit immédiatement les gaz tandis que son volant, jusque-là braqué vers la gauche, s’ouvrait légèrement.
Le mouvement rattrapa l’arrière de la voiture au moment même où celui-ci commençait à décrocher.
La monoplace se stabilisa tout en accélérant à la sortie de Brooklands, Fatih ayant utilisé le survirage lui-même pour faire pivoter la voiture dans le virage.
Il était désormais à fond sur l’accélérateur et avait déjà passé la quatrième lorsque le long virage à droite de Luffield arriva.
Il plongea très tôt vers l’intérieur, visant un point de corde situé juste après l’endroit où l’astroturf vert rejoignait le vibreur.
Simultanément, il relâcha l’accélérateur, appliqua un freinage très léger et rétrograda en troisième.
Il veilla à maintenir une pression extrêmement douce sur les freins.
Un freinage plus appuyé aurait provoqué trop de survirage et lui aurait fait perdre du temps.
Il attendit que la monoplace pivote suffisamment pour apercevoir la sortie.
À cet instant précis, il écrasa brutalement l’accélérateur.
À fond.
La voiture s’écarta largement à la sortie du virage et Fatih repassa la quatrième dans la courte ligne droite.
Il aborda immédiatement Woodcote à fond tout en passant la cinquième et, exactement comme lors de son tour de préparation, coupa le virage jusqu’à l’extrême limite.
Seuls les pneus du côté gauche restèrent sur les marqueurs délimitant la piste.
Il laissa ensuite la voiture s’écarter largement dans la ligne droite de départ-arrivée.
Il attendit l’instant parfait.
Puis passa la sixième quelques mètres seulement avant de franchir la ligne.
........
« POUR TOUS CEUX QUI L’ONT DÉJÀ VU À L’ŒUVRE, CE N’EST MÊME PLUS UNE SURPRISE ! POUR LA CINQUIÈME FOIS CONSÉCUTIVE, IL SIGNE LE TEMPS DE LA POLE POSITION !
IL PREND LA TÊTE DU CLASSEMENT AVEC UN 56,751 ! UN DIXIÈME ENTIER PLUS RAPIDE QUE SON MEILLEUR TEMPS LORS DES DEUX SÉANCES D’ESSAIS LIBRES, ET IL DONNE L’IMPRESSION QUE C’ÉTAIT FACILE !
ET IL EST DÉJÀ REPARTI À L’ATTAQUE POUR SON PROCHAIN TOUR DE QUALIFICATIONS, QUI SERA TRÈS PROBABLEMENT SON DERNIER DE LA SÉANCE !
ÇA POUSSE VRAIMENT À SE POSER LA QUESTION : EST-CE JUSTE QU’UN PILOTE POSSÉDANT DE TELLES CAPACITÉS SOIT OBLIGÉ D’ATTENDRE D’ATTEINDRE L’ÂGE MINIMUM AVANT DE COURIR DANS UNE CATÉGORIE QU’IL A FINI PAR DOMINER ? OU DEVRAIT-ON ACCORDER DES DÉROGATIONS AUX PILOTES LES PLUS TALENTUEUX AFIN QU’ILS PUISSENT ACQUÉRIR AUTANT D’EXPÉRIENCE QUE POSSIBLE ?! »
Justin n’avait pas pu s’empêcher de hurler à pleins poumons devant le tour de qualification auquel il venait d’avoir la chance d’assister.
« Alors ? Comment était ce tour ? » demanda Brad à Justin, qui semblait encore complètement transporté par ce qu’il venait de voir.
« Parfait au millimètre près. Tout. »
Il prononça ces mots avec une telle sincérité que même quelqu’un se contentant d’écouter la retransmission aurait pu le sentir.
Justin avait même fermé les yeux en repensant au tour, comme s’il était en train de décrire son premier amour.
Mais visiblement, cette description ne lui suffisait pas.
« Quand il fallait contrôler fermement la voiture, il l’a fait. Quand il fallait la laisser suivre naturellement son mouvement, il l’a laissée faire. Où couper, où rétrograder, où monter un rapport, où lever le pied, où freiner, où maintenir le freinage jusqu’au point de corde… Tout semblait parfait. »
Il secoua légèrement la tête, toujours émerveillé.
« J’ai vraiment envie de lui ouvrir le crâne et de regarder ce qu’il y a à l’intérieur pour comprendre quel genre de cerveau peut produire des tours aussi hallucinants et aussi parfaits, semaine après semaine… »
Justin continua ainsi à couvrir Fatih de compliments, avec l’enthousiasme d’un homme décrivant la femme la plus séduisante du monde.
Brad, lui, se contentait de le fixer, les yeux grands ouverts.
Il se demandait sérieusement ce que ses oreilles étaient en train d’entendre.