Chapitre 281
Chapitre 281 - Week-end de course | Vendredi | Réflexions
Traduction: Moonkissed
« La F4 ? »
Max inclina légèrement la tête, avant de comprendre de qui il s’agissait.
« Fatih ? »
« Tu le connais ? » demanda Helmut.
Il savait que le père de Max travaillait dans l’ombre pour accumuler autant d’influence que possible, notamment dans le but de contenir Fatih. Red Bull avait même dû promettre une concession concernant ce dernier afin que le renouvellement du contrat puisse aboutir.
Cependant, Helmut savait également que la plupart de ces manœuvres et décisions venaient du père de Max, qui cherchait simplement à obtenir la meilleure situation possible pour son fils.
« Ouais. On participait aux mêmes compétitions quand je faisais du karting, mais dans des catégories différentes, donc j’ai eu l’occasion de le voir courir. C’était très intéressant. Et j’ai aussi entendu parler de toute la controverse autour de lui », répondit Max tout en enfilant sa cagoule.
« Qu’est-ce que tu penses de son pilotage ? »
« Phénoménal. »
« Tu voudrais l’affronter ? »
« Il a quel âge ? »
« Quinze ans. »
« Alors il lui reste encore trois ans avant d’arriver en F1 », répondit Max au lieu de répondre directement à la question d’Helmut.
« On pourrait faire pression pour obtenir une dérogation exceptionnelle pour talent particulier, ou quelque chose dans ce genre. Il pourrait donc arriver encore plus tôt », déclara Helmut, observant attentivement la réaction de Max.
Il avait volontairement abordé ce sujet parce qu’il savait qu’il s’agissait précisément de la concession que Red Bull avait accordée au camp de Max lors des négociations contractuelles : la promesse de ne pas faire pression pour que Fatih obtienne une dérogation anticipée, ni pour que le règlement soit modifié afin de lui permettre de débuter plus tôt en Formule 1.
Tous ceux qui connaissaient l’existence de cet accord comprenaient parfaitement son objectif.
Il s’agissait de laisser davantage de temps à Max pour renforcer son influence au sein de l’équipe avant l’arrivée de Fatih, qui risquait de bouleverser l’équilibre en divisant les ressources.
Sans lobbying en faveur d’une arrivée anticipée, Fatih rejoindrait une équipe déjà solidement rangée derrière Max en tant que pilote numéro un.
Et lutter contre une structure aussi bien établie serait difficile.
Max, qui était justement en train d’enfiler son casque, s’immobilisa un instant.
« Ça pourrait marcher, mais est-ce qu’ils accepteraient vraiment que l’équipe responsable de la création de cette règle soit la première à obtenir une exemption ? »
« On peut toujours essayer », répondit Helmut avec un sourire.
Il venait d’obtenir la réponse qu’il cherchait.
Max ignorait manifestement tout des manœuvres de son père.
« Eh bien, si ça marche, tant mieux », répondit Max.
Il se détourna ensuite pour parler à l’un des mécaniciens tout en se dirigeant vers sa monoplace. La séance d’essais libres était sur le point de commencer et il était prêt à s’installer dans le cockpit.
Helmut observa Max quelques instants avant de reprendre sa tablette et de retourner à la séance de F4.
Et comme pour lui donner une impression de déjà-vu, Fatih avait déjà repris ses petites habitudes hebdomadaires.
Il enchaînait les tours suffisamment rapides pour rester tout en haut de la feuille des temps, mais à un rythme qu’il était capable de maintenir pendant toute la séance.
Cette méthode fournissait à son équipe une montagne de données fiables et continues, qu’elle pouvait ensuite utiliser pour optimiser les réglages des trois monoplaces en fonction du circuit.
Helmut laissa échapper un petit rire.
Il ignorait complètement qu’à cet instant précis, il apparaissait sur la retransmission officielle de la F1.
La caméra avait capturé son rire.
Et surtout, l’écran de sa tablette était suffisamment visible pour permettre aux spectateurs de comprendre exactement ce qu’il était en train de regarder.
......
James observait silencieusement le flux provenant de la caméra embarquée de Fatih.
Il n’avait même pas besoin de consulter la carte du circuit pour surveiller la position des autres pilotes.
Fatih n’avait aucune intention de ralentir, sauf lorsqu’il rentrerait dans la voie des stands.
Il n’était donc pas nécessaire de l’avertir qu’un autre pilote arrivait derrière lui.
Tout simplement parce que personne n’allait le rattraper.
En parallèle, James repensait à la deuxième discussion qu’il avait eue avec Norman, l’ingénieur chargé des réglages.
Norman était venu lui demander, avec une pointe de sarcasme dans la voix, s’il considérait toujours ce qu’ils observaient comme de simples « signes », ou s’il en avait enfin suffisamment vu pour tirer une véritable conclusion.
Depuis la première course disputée par Fatih après son retour de suspension, Norman avait remarqué quelque chose.
Fatih accomplissait désormais lui-même une grande partie du travail, y compris lorsqu’il s’agissait de déterminer précisément les modifications à apporter aux réglages de la voiture.
Norman s’était demandé si ce comportement venait d’un manque de confiance envers l’équipe.
Après tout, celle-ci avait laissé passer un problème suffisamment important pour provoquer sa suspension pendant douze courses.
À l’époque, James avait répondu qu’il voyait effectivement certains signes allant dans cette direction, mais qu’il n’était pas encore suffisamment certain pour tirer une conclusion définitive.
Depuis, suffisamment de séances s’étaient écoulées.
Et James en était désormais convaincu.
C’était une combinaison des deux.
Une conclusion à laquelle étaient également parvenus les responsables de l’équipe, qui avaient chargé quelqu’un d’étudier la situation après le rapport de James.
Malgré cela, ils avaient décidé de ne pas intervenir.
Leur raisonnement était simple.
Ce manque de confiance envers l’équipe poussait Fatih à développer extrêmement rapidement sa compréhension de la monoplace.
Et c’était précisément une habitude qu’Helmut voulait qu’il acquière.
Il avait donc demandé à l’équipe de continuer à l’encourager dans cette direction.
Plus Fatih comprendrait profondément la voiture et son fonctionnement, plus il serait capable de communiquer efficacement avec ses ingénieurs à l’avenir.
La décision était logique.
Mais James restait inquiet.
Parce que la partie « manque de confiance » de l’équation ressemblait à une bombe à retardement.
Tôt ou tard, les décisions personnelles de Fatih risquaient d’entrer en conflit avec celles de l’équipe.
Et que se passerait-il à ce moment-là ?
Fatih pourrait imposer sa décision.
Si elle se révélait mauvaise, elle pourrait lui exploser au visage.
Mais si elle fonctionnait, cela ne ferait que renforcer sa conviction qu’il avait raison de faire davantage confiance à son propre jugement qu’à celui de l’équipe.
À l’inverse, l’équipe pourrait décider de lui imposer sa propre décision.
Et là encore, aucune issue ne serait véritablement positive.
Si l’équipe avait raison, leur relation risquerait malgré tout de se détériorer parce qu’elle lui aurait forcé la main.
Et si l’équipe avait tort alors que l’idée initiale de Fatih était la bonne…
Son manque de confiance ne ferait que s’aggraver.
Aucun de ces scénarios n’était souhaitable.
Après tout, pour exploiter tout le potentiel d’une monoplace, un pilote et son équipe devaient travailler dans la même direction.
Lorsqu’ils commençaient à s’opposer, une grande partie des performances potentielles restait inévitablement inexploitée.
« Haaaaaah… »
James poussa un long soupir en pensant à tout cela.
Pendant ce temps, le pilote responsable de toutes ses inquiétudes venait tranquillement de boucler un nouveau très bon tour, totalement inconscient des réflexions qu’il provoquait dans le garage.
« Bon… c’est quelque chose auquel on peut se préparer à l’avance. »
James se donna une légère tape sur le front, puis passa sa main sur son visage avant de reporter toute son attention sur l’écran.
Pour l’instant, il allait se concentrer entièrement sur le présent.
Il aurait tout le temps de s’inquiéter du reste plus tard.