« Il m’est interdit de révéler ma véritable identité, mais sache que j’ai autrefois été une guerrière redoutable de mon peuple. Une personne vénérée par la population. En échange de tout le pouvoir que je détenais, mon défaut était de changer de corps et de personnalité chaque fois que j’épuisais mes forces. »
La femme, Pandelion, poursuivit sur le même ton.
« C’est étrange. Toutes mes personnalités font partie de moi, et tout cela me semble naturel, mais leurs souvenirs me sont étrangers. Chaque fois que j’abuse de mes pouvoirs, je deviens l’une d’elles. Mais cette apparence que tu vois en ce moment est ma véritable apparence. »
Elle marqua une légère pause.
« Je m’appelle Zuka Pandelion. »
« Et comme tu l’as peut-être deviné, Pandelion est mon nom de famille, que mon autre personnalité n’utilise que lorsqu’elle fait confiance à quelqu’un. »
Elle était sacrément bavarde, comparée à la personnalité silencieuse qu’elle m’avait montrée auparavant, mais ça ne me dérangeait pas vraiment : j’obtenais enfin des réponses.
J’avais déjà deviné qu’il s’agissait d’une sorte de défaut, mais c’était encore plus tordu que je ne l’avais imaginé.
Seraphina avait un défaut assez similaire : deux personnalités vivaient dans le même corps, mais elles partageaient leurs souvenirs.
Et puis, il y avait cette princesse dragon qui devenait un homme pendant la journée, tout en conservant la même personnalité durant sa transformation.
Mais cette femme semblait cumuler les caractéristiques des deux, sans même garder les souvenirs de ses différentes personnalités.
… Ouais, ça doit être rude.
Enfin, ça ne me regardait pas.
« Tu vois, avant que Pandelion ne se transforme en toi, il m’a promis de m’aider à entrer sur Rockwave, de me guider et de m’aider à trouver un moyen de m’échapper. »
Zuka plissa les yeux.
Puis, sans prévenir, elle s’approcha de moi, ses énormes seins pressés contre mon corps tandis qu’elle se penchait pour me renifler.
Putain… Elle devrait s’appeler Bazooka, pas Zuka.
Du coin de l’œil, je jetai un regard à Arza pour voir si elle affichait une expression bizarre. Après tout, sa façon d’agir avec moi la plupart du temps donnait l’impression qu’elle était amoureuse de moi.
Pour une raison quelconque, son expression ne changea pas d’un poil.
Ça me surprit plus que la transformation du panda, mais, en même temps, elle montrait rarement ses émotions.
« Qu’est-ce que tu fais ? »
Je chassai ces pensées inutiles et m’écartai. Les cartes que j’avais invoquées au cas où elle m’attaquerait disparurent lorsque je compris qu’elle ne semblait pas avoir l’intention de s’en prendre à moi.
« Tu as une odeur… familière, d’une certaine façon ?! Mais impossible de me rappeler où je t’ai déjà vu. » Elle recula encore, sans cesser de me dévisager bizarrement.
« C’est peut-être à cause de Pandelion ? »
Je répondis aussitôt, parce que je n’étais absolument jamais venu ici. Et je n’avais jamais rencontré cette femme non plus.
« C’est possible. »
« Bref, tu vas nous aider à nous évader ou pas ? » demandai-je, droit au but. « C’est ce que Pandelion m’avait promis en échange de mon aide pour le faire évader. »
« Je ne suis pas certaine que ce soit vraiment ce qu’il t’a promis, et même si c’est le cas, c’était un accord entre vous deux. Ça ne me concerne pas. »
Elle poursuivit d’un ton calme.
« Tu peux me suivre jusqu’à Rockwave, mais… je ne te dois rien de plus. Si tu veux que je t’aide à t’évader, donne-moi une bonne raison. »
… Quelle garce.
Elle essayait de m’arnaquer, pas vrai ?
Et le pire, c’est que même si je le savais, je n’avais pas vraiment le choix. Je ne pouvais quand même pas la ramener auprès de ces Murgins et leur demander de la capturer à nouveau parce qu’elle refusait d’honorer la promesse de quelqu’un d’autre.
J’aurais dû me méfier de cet ours à la con et exiger un contrat.
« On t’emmènera avec nous si on réussit à s’évader. D’après ce que j’ai compris de ta personnalité précédente, les pirates ont coupé toutes les communications et les liaisons avec l’espace extérieur. Alors, si on s’échappe, tu pourras prévenir l’organisation des Espèces Souveraines Alliées, et ils viendront vous aider sans attendre. »
À mes mots, son expression devint songeuse. Elle se caressa le menton à plusieurs reprises, mais avant qu’elle puisse répondre, je repris :
« On pourra discuter des détails plus tard, mais est-ce qu’on peut déjà partir d’ici ? Ce n’est pas l’idéal de rester comme ça à découvert, surtout après que j’ai écrasé l’un des vaisseaux pirates. Ils vont sûrement se mettre à notre recherche. »
La tuer, aussi tentante que soit cette idée pour le moment, ne m’apporterait pas autant que de la garder en vie.
Au moins, elle pouvait nous conduire dans un endroit sûr et elle semblait clairement être ennemie de ces pirates.
« Oui, tu as raison. » Zuka hocha la tête, tirée de ses pensées. « Suivez-moi. »
Je fis signe à Arza et suivis Zuka, Arza sur mes talons.
Zuka avançait d’un pas vif, sa robe flottant au vent. Ses oreilles de panda frémissaient au moindre souffle d’air.
Nous arrivâmes bientôt près de la fissure que Pandelion nous avait indiquée. Elle était dissimulée entre deux rochers, si bien qu’on la distinguait à peine, même de près.
Zuka s’arrêta devant et me tendit la main.
« Prends-moi la main. »
Elle parla sans se retourner.
« Je sais marcher sans te tenir la main, tu sais. »
Je répondis aussitôt.
« Ce n’est pas pour ça que je te le demande. »
Elle jeta un regard par-dessus son épaule.
« La fissure a l’air banale, mais elle est magique. Une fois qu’on l’a franchie, on se retrouve dans un immense labyrinthe de mana. À moins de connaître le bon chemin, impossible de savoir où l’on va atterrir sur Rockwave. »
Elle poursuivit sur le même ton calme.
« Tu pourrais très bien te retrouver téléporté directement au quartier général de ces pirates. Tout seul. » Elle tendit un peu plus la main. « Si tu ne veux pas que ça arrive, prends-moi la main et dis à ta partenaire de te tenir la tienne. »
Je plissai légèrement les yeux.
Je ne lui faisais pas entièrement confiance, mais je ne voulais pas prendre de risques. Je lui pris la main, et Arza prit la mienne.
Sans le moindre avertissement, Zuka bondit dans la fissure, nous entraînant Arza et moi à sa suite.
Et au moment où nous la franchîmes…
Un immense monde de mana se déploya sous mes yeux.
Mais avant même que je puisse comprendre ce que je voyais, une voix incroyablement ancienne résonna directement dans ma tête.
« Alors… te voilà enfin, hein, jeune Farceur ? »
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