Dans une pièce sombre et profonde, où étaient entreposés d’innombrables trésors à bord du vaisseau de la Quatorzième flotte, quelque chose remua dans les ténèbres.
Une cape d’un noir profond se souleva soudain d’une table voisine et flotta dans la pièce obscure, ses pans frémissant malgré l’absence de vent.
Elle tournoya sur elle-même, comme si elle balayait toute la pièce du regard, puis frotta ses pans l’un contre l’autre, à la manière d’un marchand avide qui se frotte les mains.
C’était une habitude qu’elle avait prise auprès de son maître mesquin.
Elle était un peu contrariée que son maître lui ait confié une tâche aussi difficile, à elle, si délicate et si belle.
Mais toute sa colère s’évanouit dès qu’elle aperçut les trésors de toutes sortes qui l’entouraient.
Comment aurait-elle pu rester en colère alors que tous ces trésors traînaient là, sans propriétaire ?
Ses pans s’écartèrent tandis qu’elle flottait dans la pièce, engloutissant chaque trésor, chaque herbe et chaque potion de la salle du trésor.
Ce n’était pas comme si elle se souciait de son maître mesquin ou quoi que ce soit, mais elle n’avait qu’à imaginer sa réaction lorsqu’elle se présenterait devant lui avec tous ces trésors…
Son maître serait sans aucun doute surpris.
Ce n’était pas non plus qu’elle voulait se faire féliciter, mais les douces tapes de son maître ne lui déplairaient certainement pas.
Ce ne fut qu’une fois tous les trésors de la pièce sombre disparus dans son stockage spatial qu’elle s’arrêta enfin pour regarder les quelques cartes lumineuses de son maître, posées à proximité.
D’après les instructions de son maître, elle devait attendre que les cartes se mettent à briller ; dès que ce serait le cas, son maître la rappellerait.
Elle attendit donc patiemment.
De nombreuses heures s’écoulèrent avant que les cartes ne se mettent enfin à briller.
Aussitôt, elle sentit l’appel familier de son maître.
L’instant d’après, elle apparut dans une cave faiblement éclairée.
Son maître était ligoté aux côtés de la dame.
« Ils ne t’ont rien fait de bizarre, au moins ? »
Ce n’était pas comme si elle était soulagée de voir son maître sain et sauf, ni comme si l’inquiétude de celui-ci la rendait heureuse. Pourtant, elle voleta aussitôt vers lui et s’attacha à son dos, tout en lui racontant avec désinvolture combien de trésors elle avait rapportés.
Son maître fut sans aucun doute surpris.
« Oooh, je ne pensais pas qu’ils t’avaient rangée avec les trésors. » Son maître la félicita. « Mais beau travail, pour avoir récupéré tout ça. »
Elle n’était certainement pas fière ou quoi que ce soit.
Et pourtant, ses pans se mirent à frémir.
C’était sûrement à cause du vent, dans cette cellule complètement fermée.
***
[POV de Rael]
En voyant ma cape en parfait état, je souris. Et ce n’était pas la seule bonne nouvelle : ma chère cape venait de m’en annoncer une autre.
Elle avait pillé des centaines de trésors dans la zone de stockage du vaisseau spatial.
Tss.
Je ne devrais vraiment plus la traiter de traîtresse.
J’allais justement lui trouver un petit nom affectueux quand elle me gifla soudain.
« C’était pour quoi, ça ? »
Je lui lançai ça sèchement, mais la cape pointa l’un de ses pans vers mon visage. Comme elle était liée à mon âme, je comprenais ce qu’elle voulait dire.
Elle disait que j’avais un sourire de psychopathe.
« … »
Ouais, va te faire foutre aussi.
Espèce de traîtresse de merde.
Décidant de remettre cette trahison à plus tard, j’invoquai mes flammes. De magnifiques flammes rouges apparurent dans mes mains, dansant de joie et envoyant de petites étincelles vers la cape.
La cape leur répondit d’un frémissement qui avait quelque chose de moqueur.
Je me fichais de leur rivalité bon enfant et ordonnai aux flammes de brûler les chaînes anti-mana qui m’entravaient.
De toute façon, ces chaînes ne me servaient pas à grand-chose.
J’envoyai aussi quelques flammes vers Arza, qui brûlèrent ses chaînes anti-mana. Aussitôt, en réponse…
BOUM !
Toutes les Cartes de la Lune que j’avais laissées aux pirates explosèrent d’un seul coup. Une série de détonations assourdissantes secoua tout le vaisseau spatial.
J’entendis le tumulte à l’extérieur : les pirates criaient et se précipitaient vers le lieu de l’explosion.
Même les deux gardes postés devant la zone des cellules partirent en courant sans hésiter.
Mon sourire s’élargit.
Le Spandal, Pandelion, me regarda, surpris.
« Comment tu peux utiliser le mana ici ? Et c’était quoi, cette explosion ? » murmura-t-il. Ses yeux s’écarquillèrent, puis il reprit précipitamment : « Tu comptes t’évader ? Si c’est le cas, je t’en supplie, emmène-moi avec toi. »
« Et pourquoi je ferais ça ? »
« Je peux vous guider. Rockwave n’a qu’une seule entrée et une seule sortie, et les pirates contrôlent les deux. » Pandelion poursuivit à voix basse. « Alors, même si vous quittez ce vaisseau, vous ne pourrez jamais vous échapper de Rockwave. »
Il se rapprocha des barreaux.
« Mais je peux vous guider. Je peux vous aider à vous cacher. »
Bon, c’était effectivement un bon argument.
« Arza, libère-le. »
Je ne regardai même pas Pandelion.
À la place, je me tournai vers le mur derrière moi et invoquai mes Cartes des arcanes. Elles apparurent autour de moi, puis fusèrent vers les bords du mur et se glissèrent dans toutes les fissures qu’elles trouvèrent.
Derrière moi, Arza s’était déjà dirigée vers la cellule de Pandelion. Sa faux liée à l’âme apparut de nulle part, et elle l’abattit d’un seul coup.
CLANG !
Elle trancha les chaînes qui retenaient le panda.
Comme prévu, je donnai l’ordre et toutes les cartes enfouies dans le mur se mirent à briller.
« Arza, Pandelion, accrochez-vous à moi. »
Sur ces mots, j’ordonnai à toutes mes cartes d’exploser.
BOUM !
Sans le moindre délai, une explosion encore plus puissante secoua le vaisseau spatial.
Le flanc métallique du vaisseau vola en éclats sous la force de la déflagration, qui éventra le mur. Le vent qui s’engouffra nous entraîna aussitôt vers l’ouverture.
Arza s’agrippa à l’un de mes bras, tandis que Pandelion s’accrochait désespérément à l’autre.
Puis, avant même que nous ayons pu reprendre notre équilibre, le vent nous emporta tous les trois hors du vaisseau spatial.
Le vent était étrangement vivifiant tandis que nous tombions dans le ciel, vers l’atmosphère de la toute première planète extraterrestre que je voyais.
Heureusement, malgré son apparence de panda, Pandelion avait été affamé pendant tant de jours qu’il ne pesait presque rien.
Je ne pouvais pas flotter dans le ciel grâce à mon mana, mais ma cape pouvait sans aucun doute nous aider à atterrir sans finir en bouillie.
Du moins, c’est ce que je pensais.
Tandis que ces pensées tourbillonnaient dans mon esprit, mes yeux se posèrent enfin sur l’endroit vers lequel nous tombions et s’écarquillèrent aussitôt.
« C’est quoi, ce putain de bordel ? »