« J'espère que vous ne verrez pas d'inconvénient à ce qui va suivre, braves gens. »
Je parlai en posant sur mon épaule l'artefact en forme de perche rouillée, celui-là même que ma très chère sœur m'avait offert avec tant d'amour débordant.
Les six idiots qui venaient de faire leur apparition me fixèrent, choqués.
Normalement, je ne suis pas vraiment quelqu'un de violent, mais...
J'avais besoin de quelque chose venant de ces bâtards.
Le bracelet de mana.
Je veux dire, certes, je m'étais mentalement préparé à passer la nuit ici, mais voir ces imbéciles traîner avec le bracelet entre les mains m'irritait au plus haut point.
Pendant que j'errais dans ce maudit labyrinthe, eux jouaient à « cherche l'objet » avec un type à poil.
Et leur type à poil avait essayé de s'en prendre à moi... ce qui était non seulement impardonnable, mais potentiellement blasphématoire si l'on considérait mon inévitable ascension vers la divinité.
Alors, le moins qu'ils puissent faire, c'était d'offrir tout ce qu'ils possédaient en guise de donation.
Plus important encore, j'étais presque certain que ce maudit Bearlo était toujours assis devant le dortoir, tel un chat domestique cramoisi surdimensionné.
Connaissant le bonhomme, il était probablement resté là tout ce temps, garé dans la rue, fidèle jusqu'à l'absurde.
Et comme les verrous de mana de l'académie ne répondaient qu'à la signature d'un étudiant, il n'y avait aucun moyen pour lui d'entrer.
Pauvre bâtard.
N'empêche... c'est assez drôle quand on y pense.
Je ne m'étais pas soucié de lui plus tôt, n'ayant aucun moyen de retourner aux dortoirs de toute façon, mais maintenant qu'une voie s'était ouverte... il était hors de question que je l'ignore.
« Qui es-tu ? » demanda le garçon à la tête du groupe, d'une voix prudente, sentant probablement que j'étais de son rang.
« Je suis la vengeance », répondis-je en essayant de faire cool, mais naturellement, ces idiots n'avaient aucun sens de l'humour.
Leurs expressions se crispèrent comme si j'avais personnellement insulté leurs ancêtres. Pourtant, quelque chose dans leur réaction fit sonner l'alarme dans ma tête.
Le Roi Démon ne m'a-t-il pas littéralement annoncé comme son successeur lors d'une diffusion en direct devant tout le Royaume des Démons ?
Alors pourquoi diable ces abrutis ne me reconnaissent-ils pas ?
Soit ils sont trop stupides, soit il y a autre chose ?
Je savais que j'étais un peu paranoïaque, mais après tout ce qui s'était passé ces dernières minutes... la paranoïa semblait être une question de survie élémentaire.
Puis, la raison me vint enfin.
Ah. C'était probablement la salive de crapaud.
Me faire avaler par ce maudit crapaud avait ruiné mon apparence. Mes cheveux étaient trempés, collés à mon front, et mes vêtements me donnaient plus l'air d'un mendiant que du successeur du Roi Démon.
Donc, dans ce sens, ça se tenait.
Bien sûr qu'ils ne pouvaient pas me reconnaître.
Mais comment diable ce bâtard d'Arckon a-t-il pu me reconnaître ?
Eh bien, je pourrais trouver la réponse plus tard. Pour l'instant, je devais m'occuper des bâtards juste devant moi.
« Espèce de sale bâtard », cracha le chef en se ruant vers moi, le mana crépitant autour de lui.
Ça, ça m'a vraiment mis en colère.
Comment cet idiot ose-t-il me traiter de moche ?
« Espèce d'enculé, même dans cet état, je suis plus beau que ce que ton plus bel ancêtre pourrait jamais rêver d'être. »
Je répliquai en esquivant le coup de poing visant mon visage.
À ce stade, j'étais convaincu que ce bâtard était juste jaloux.
Son poing fendit l'air et, avant même qu'il ne réalise qu'il avait raté son coup, je fis pivoter ma fidèle perche rouillée depuis ma position accroupie, en pensant à quel point ma chère sœur Lyra serait fière de savoir que j'utilisais son cadeau à si bon escient.
Mais l'objet de confiance, la perche à laquelle j'avais si dramatiquement confié ma vengeance, me trahit au moment parfait.
Elle ne bougea pas. Pas d'un pouce.
J'étais certain de l'avoir balancée. J'avais ressenti le mouvement, l'intention, tout... pourtant, ce truc refusait de bouger.
Je fixai la perche, fulminant contre ce traître qui m'avait poignardé dans le dos à un moment aussi crucial. Elle n'offrit aucune explication à sa trahison, naturellement, puisque c'était une perche, mais quand même... Ça fait mal.
Juste à ce moment-là, mon instinct hurla et je fis un bond en arrière, évitant de justesse l'épée qui trancha l'air là où se trouvait mon corps une seconde plus tôt.
Le bâtard de chef, Eric, avait dégainé sa lame et m'avait attaqué pendant que j'étais encore occupé à maudire ma perche.
Pourtant, même en atterrissant quelques pas plus loin, je ne pris pas la peine de regarder ce bâtard.
Je continuais de fixer la perche.
Tsk. Traîtresse.
Je continuais de blâmer la perche, mais j'essayais sincèrement de comprendre ce qui venait de se passer.
Ce n'était pas comme si l'objet était conscient. Il ne pouvait pas décider de ne pas bouger tout seul... Alors pourquoi n'avait-il pas bougé ?
Avait-il acquis une conscience simplement en restant avec moi ?
Non. Ça semblait tiré par les cheveux, même pour ma vie.
Soudain, le déclic.
Un effet secondaire que j'avais complètement oublié.
La Carte des Arcanes m'avait peut-être accordé toutes sortes de capacités ridicules, mais elle s'accompagnait d'une condition exaspérante :
Je ne pouvais pas utiliser d'armes.
Ce qui expliquait probablement pourquoi la perche n'avait pas bougé d'un iota.
Sérieusement ? La Carte des Arcanes choisissait ce moment pour devenir jalouse ?
Incroyable.
Enfin, c'était comme ça.
Je remis la perche là où elle devait être et lançai un regard noir au garçon qui se jetait sur moi avec son épée.
Honnêtement, je n'avais plus envie de jouer.
J'étais d'humeur plus tôt, mais la trahison de la perche et les caprices de tsundere de la Carte des Arcanes avaient tout tué.
Alors, je fis ce que j'aurais dû faire dès le début.
Je pris la voie de la facilité.
Je tapotai légèrement la perche, activant l'effet de stockage d'aura, et libérai une petite partie de l'aura stockée de Morvana.
Ma cible : le garçon dont l'épée n'était plus qu'à quelques centimètres de mon cou.
Un instant plus tard, une décharge d'aura explosa autour de moi, une onde de choc violette profonde qui ondula dans l'air.
Le garçon, étant le plus proche, se figea instantanément.
—
Eric fixa le garçon devant lui, son corps tremblant au-delà de tout contrôle, son cœur battant comme s'il essayait de s'échapper de sa poitrine.
À cet instant, il ne désirait rien d'autre que de s'agenouiller.
Toute sa vie, Eric avait été traité comme quelqu'un de spécial.
Un peu de violence suffisait généralement, et les enfants de son âge, surtout les plus vulnérables, étaient instantanément terrifiés.
Il adorait ça.
La peur dans leurs yeux, la façon dont ils se recroquevillaient... c'était devenu une addiction qu'il ne cessait de poursuivre.
Et aujourd'hui, il pensait avoir trouvé sa prochaine proie.
Dès qu'il avait quitté la Forêt des Sans-Masques, il avait repéré le garçon : Arckon.
La simple aura qui l'entourait suffisait à crier la faiblesse.
Alors, après avoir rassemblé quelques nouveaux amis, il avait acculé Arckon et décidé de jouer un petit jeu... car tourmenter une proie terrifiée était bien plus grisant pour lui que de simplement les battre.
Il avait confié à Arckon une tâche impossible et l'avait dépouillé de tout ce qu'il possédait.
Mais quand la proie n'était pas revenue après un moment, Eric s'était irrité et avait décidé d'aller le chercher lui-même.
Et c'est là qu'il avait trouvé sa proie, agenouillée devant un gamin aux allures de mendiant, comme s'il était terrifié par ce garçon.
Cela n'avait fait qu'irriter Eric davantage.
Il voulait écraser le garçon pour avoir osé lui voler sa proie sur le vif... mais leurs forces semblaient trop proches pour qu'il prenne le risque de l'affronter directement.
Alors il avait ravalé son impulsion et essayé d'être poli, pour finir en risée.
C'était la goutte d'eau, alors il avait attaqué.
Il savait que le garçon serait un adversaire difficile, certes, mais quelqu'un de vainquable.
Alors... pourquoi ?
Pourquoi possédait-il une aura pareille ?
L'esprit d'Eric lui hurlait de fuir — fuir maintenant, fuir n'importe où — mais son corps refusait d'obéir.
Les yeux profonds du garçon se fixèrent sur lui, engloutissant le reste du monde, dévorant quelque chose de bien plus profond que la chair.
« M-monstre... »
C'est seulement maintenant qu'Eric comprit.
Ce n'était pas un humain.
Ce n'était pas un démon.
C'était un diable.
Un monstre.
Et quelqu'un qu'il n'aurait jamais dû croiser.
L'obscurité s'insinua sur les bords de sa vision, engloutissant le monde par vagues lentes et étouffantes.
La dernière chose qu'il vit fut le sourire calme et doux du garçon.
Puis tout devint noir.
—
[PDV de Rael]
Je regardai le soi-disant chef de ce groupe de petites brutes pathétiques s'effondrer comme une poupée désarticulée.
« Tsk. Si faible. »
Je ne ressentis pas la moindre once de sympathie en observant son corps tremblant et le pantalon trempé d'urine qu'il avait gagné tout seul.
Mes yeux se tournèrent vers Arckon, qui se tenait à une courte distance.
« Dépouille ce bâtard. »
Je ne pris même pas la peine de le regarder à nouveau, ayant déjà perdu tout intérêt.