« De quoi ai-je peur ? »
Arckon répéta ces mots dans son esprit.
Pendant un instant, son cerveau sembla se vider, comme si la question elle-même avait déverrouillé quelque chose en lui.
De quoi ai-je peur ?
Il était le fils raté de la famille Darkheart, celui que son père n'avait jamais pris la peine de reconnaître et que sa mère avait oublié dès la naissance de son frère cadet.
Il n'avait pas grand talent.
Il était entré à l'académie en étant déjà préparé à mourir... alors pourquoi...
... pourquoi la simple pensée d'Eric me terrifie-t-elle ?
Eric n'était qu'un première année comme les autres.
Un rang légèrement supérieur au sien, mais un étudiant tout de même.
Pourtant, il possédait quelque chose qu'Arckon n'avait pas. Le frère aîné d'Eric était en deuxième année, et à cause de cela, certains première année traitaient Eric comme s'il appartenait à la royauté.
Tandis que d'autres le craignaient.
Arckon avait choisi de le craindre aussi.
« Je ne sais pas. » répondit-il honnêtement au garçon, Rael.
Quand Eric lui avait ordonné de se déshabiller et d'aller chercher des sous-vêtements bleus, son premier instinct avait été de se soumettre... il n'avait jamais pensé à se défendre.
Parce que c'est ce que font les faibles, n'est-ce pas ?
Ils se soumettent face au pouvoir.
Mais quand Rael lui avait demandé ce qui l'effrayait... il n'avait tout simplement pas pu comprendre la réponse.
Pourquoi ai-je peur ?
—
« Je ne sais pas. »
C'est quoi cette réponse de merde ?
Pourtant, je ne pris pas la peine de discuter. La nuit tombait déjà et je n'avais aucune intention de perdre mon temps à bavarder avec un type à poil alors que j'aurais pu vérifier mes compétences.
J'avais songé à lui donner un peu de motivation, mais honnêtement, ce gars était trop loin pour qu'un discours encourageant puisse changer quoi que ce soit.
Alors, j'ai fait l'impasse sur la compassion et je suis allé droit au but.
« Tu as un bracelet de mana qui mène au dortoir ? »
Si je pouvais rejoindre les dortoirs maintenant, je pourrais peut-être grappiller un peu de sommeil avant les cours.
Une demande simple, non ?
Je l'ai même posée avec un sourire.
La plupart des gens auraient tué quelqu'un pour avoir essayé de les déshabiller, et moi, je lui pardonnais gracieusement. Au lieu d'être reconnaissant, le bâtard tressaillit.
Vous y croyez, vous ?
Certes, je l'avais frappé quelques fois avec ce même sourire, mais là, j'essayais d'aider.
Un peu de gratitude ne l'aurait pas tué.
J'imagine que la bienveillance est morte depuis un bail, et honnêtement, je ne pouvais plus en vouloir au monde pour ça.
« N-non ? » bégaya Arckon. « Eric m'a tout pris avant de me jeter ici. »
Eric ? Probablement son harceleur.
Jamais entendu parler de lui... c'était donc très certainement un figurant.
« Alors, comment étais-tu censé revenir si tu avais trouvé ta cible ? » demandai-je, honnêtement curieux.
Je veux dire, ces harceleurs ne s'attendaient pas sérieusement à ce qu'il se dirige seul dans ce labyrinthe, si ?
Ou peut-être que c'était le but : l'envoyer là-dedans, le laisser se perdre et appeler ça du harcèlement.
« Eric m'a donné son Emblème de Localisation. Il pouvait me ramener jusqu'à lui. » répondit Arckon, la voix plus assurée maintenant.
Tsk.
Belle utilité.
Devrais-je traquer cet idiot d'Eric et lui piquer son bracelet ?
Je doutais qu'il soit quelqu'un d'exceptionnel.
Les deuxième année avaient l'interdiction formelle de s'en prendre aux première année durant la première semaine, donc au pire, j'aurais affaire à une poignée de morveux grande gueule de mon niveau.
Rien qui ne vaille la peine de perdre le sommeil.
Néanmoins... trop d'efforts.
Je veux dire, je préférerais m'étaler sur mon joli banc et passer en revue mes compétences ainsi que le nouveau défaut que j'avais apparemment éveillé.
Mais hélas, le destin étant toujours aussi capricieux, il n'avait aucune intention de me laisser profiter du moindre moment de paix.
« Qu'est-ce que tu fous, hein, le rat ? »
Arckon se figea alors qu'une voix arrogante résonnait derrière moi.
Je me retournai lentement... et trouvai six étudiants plantés là.
Cinq d'entre eux étaient de rang E inférieur et le dernier, celui qui se tenait au milieu, était confortablement installé dans le rang E moyen.
C'était probablement le chef du groupe : Eric.
Mais honnêtement, mon regard ne s'attarda sur aucun d'entre eux. Il se fixa directement sur les bracelets de mana à leurs poignets, chacun brillant faiblement sous la lumière de la lune.
Ah. Eh bien.
Cette rencontre n'est peut-être pas si mauvaise après tout.
Ça ne m'aurait pas dérangé d'attendre, mais si ces messieurs étaient assez aimables pour venir jusqu'ici et faire don de leurs précieux bracelets, qui étais-je pour refuser ?
Et il n'y avait aucune chance qu'ils prévoient de me laisser partir en paix ou de me remettre leurs bracelets.
Pas avec les sourires qu'ils arboraient.
Quant à leurs rangs, eh bien, pas une seule seconde je n'ai envisagé la possibilité de perdre. J'avais bien assez d'avantages pour gagner confortablement, surtout en tenant compte des auras que j'avais stockées.
Alors, je décidai d'afficher mon propre sourire.
« Très bien, » dis-je en souriant, « lequel d'entre vous, les bâtards, a un fétichisme pour les sous-vêtements bleus ? Parce que j'ai une perche rouillée très similaire ici... » je sortis le seul cadeau que ma sœur m'avait offert, « ... et je pense qu'elle meurt d'envie d'embrasser passionnément ce pervers. »
Les harceleurs se figèrent, les yeux rivés sur moi.
À mes côtés, Arckon bougea nerveusement.
Mais je m'en fichais.
« J'ai été assez trimballé pour aujourd'hui, » dis-je avec légèreté. « Alors, j'espère que vous ne m'en voudrez pas pour ce qui va suivre. »
—
Pendant ce temps, dans le complexe résidentiel des étudiants de première année, devant l'une des villas des dortoirs, un ours cramoisi était assis tranquillement, ressemblant davantage à un chat errant qu'à la bête qu'il était réellement.
Sa fourrure luisait sous la lumière tamisée.
Bearlo attendait là depuis une demi-journée.
C'était la villa de son suzerain.
Et tant que son suzerain ne serait pas revenu, il ne pourrait pas entrer.
La porte ne répondait qu'à la signature de mana de son maître.
Alors, il attendait, patient et fidèle comme toujours.
Dans sa patte, il tenait un bracelet de mana donné par cet étrange professeur, qui lui avait dit que son suzerain reviendrait bientôt.
Bearlo ne l'avait pas remis en question.
La jeune demoiselle Viola lui avait proposé de rester dans sa villa, disant qu'il y avait beaucoup de chambres et qu'il pourrait s'y reposer en attendant l'arrivée de son suzerain, mais Bearlo n'en voulait pas.
Il restait simplement assis là, silencieux, sans bouger. Ses yeux cramoisis fixés sur la rue, attendant l'arrivée de son suzerain.
« Quand reviendrez-vous, mon suzerain ? »