[Effet de folie : 100 %]
[Statut : Mort]
Mon âme était pareille à une pierre, sombrant vers les abysses les plus profonds de l'océan.
Il n'y avait autour de moi ni lumière ni son.
Rien qu'une obscurité absolue et une pression écrasante qui engloutissait mon être tout entier.
J'avais perdu toute notion de temps et d'espace. J'ignorais si une seconde s'était écoulée, ou un siècle.
Je ne voulais plus penser.
Les souvenirs qui s'échappaient des décombres de mon esprit étaient comme des braises brûlant mon âme. Je continuais simplement à sombrer dans cette noirceur, vers le cœur de ce néant.
Et alors, au milieu de ce vide infini, deux lignes de texte froides et lumineuses apparurent juste devant mon âme.
[ Vous êtes mort. ]
[ Souhaitez-vous utiliser la capacité « Flamme de Renaissance » ? ]
[ Oui / Non ]
Je ne voulais pas répondre.
Il n'y avait pas la moindre raison de retourner dans ce monde. La courte existence que j'avais menée n'était qu'un cycle sans fin de souffrances.
Ce bref passage dans le Duché d'Inferna...
Le sourire obstiné mais sincère d'Iris, l'attitude exaspérante mais protectrice d'Aron...
Ils étaient comme de faibles flammes de bougie vacillant dans un recoin de mon esprit.
Mais même ces souvenirs n'étaient pas assez puissants pour me convaincre de retourner dans ce monde cruel.
Y avait-il vraiment quelque chose de bon dans le fait de vivre ?
Pour moi, non.
Alors que j'étais prêt à sombrer encore plus profondément dans cet abandon, des murmures familiers commencèrent à dériver aux confins de ma conscience.
La Couronne de la Folie, dont l'existence prenait racine dans les recoins les plus sombres de mon âme, ne voulait pas me laisser en paix, pas même dans cet oubli paisible.
"[Es-tu heureux ainsi ?]"
Le murmure s'enroula autour de mon âme telle une vigne venimeuse.
« [Combien de temps comptes-tu encore te cacher dans cette obscurité comme un lâche ?] »
Sa voix se fit plus insolente, adoptant un ton plus moqueur.
« [Ne souhaites-tu pas te venger de ceux qui ont volé ton bonheur, ta vie ? Cet homme aux cheveux blancs... Ne te souviens-tu pas de ce visage arrogant qui t'a écrasé comme un insecte, qui a méprisé ton existence même ? Ce moment où il t'a regardé avec pitié ? Il te suffit de revenir à la vie.] »
Le visage triste, mais profondément condescendant de l'homme aux cheveux blancs se matérialisa dans mon esprit. La douleur pleine de grâce dans ses yeux ressemblait à la déception d'un dieu face à une création ratée.
La rage attisa les braises que je croyais réduites en cendres.
« [Allez, Cassian. Tu peux détruire tous ceux qui t'ont envié le droit de vivre. Tu peux faire s'effondrer sur leurs têtes cet ordre ridicule qu'ils ont bâti, ce "destin immuable" qu'ils tentent de protéger. Cela semble tentant, n'est-ce pas ? Je sais que tu le veux ! Je peux sentir ce feu brûler au plus profond de toi !] »
Les murmures étaient incessants.
Chaque mot était une goutte de carburant alimentant la haine dans mon âme. Pendant longtemps, peut-être des éons, je fus soumis à ces murmures. Et lentement, ces paroles empoisonnées commencèrent à prendre tout leur sens.
C'est vrai...
Pourquoi devrais-je être le seul à souffrir ?
Pourquoi n'avais-je pas le droit de vivre ? Qui en a décidé ainsi ?
Le destin ? Les dieux ? Ou un autre réincarné plus fort que moi ?
Qui qu’ils fussent, quel droit avaient-ils de décider de ma fin ?
Un torrent de haine pure et de rage irrépressible inonda mon âme. À cet instant, la seule chose que je désirais était de retourner dans ce monde pour devenir le chaos incarné. Briser ce destin maudit et immuable, et jeter au visage de ses auteurs une nouvelle fin, écrite dans le sang et la cendre.
Je fixai le texte qui vacillait devant mes yeux.
Un sourire dément s'étira sur mon visage — ou plutôt, sur le visage de mon âme.
[ Souhaitez-vous utiliser la capacité « Flamme de Renaissance » ? ]
[ Oui / Non ]
Avant même que je puisse faire un choix, la haine pure et la rage destructrice qui jaillissaient des profondeurs de mon âme avaient déjà pris la décision.
Ma volonté se soumit aux ténèbres elles-mêmes.
[ Oui ]
Instantanément, je ressentis une décharge de puissance qui fit trembler tout mon être. Les ténèbres furent déchirées, et mon âme fut aspirée dans un vortex.
Avant que ma conscience ne s'éteigne, le texte froid et mécanique du système s'imprima dans mon esprit.
[ Votre corps est en cours de régénération... ]
[ La Bénédiction de Lilith a été acquise. ]
[ La Bénédiction de Serene a été acquise. ]
[ La Bénédiction de Kaiser a été acquise. ]
[ Couronne de l'Éternité / Couronne de la Folie a été acquise. ]
[ Certaines capacités ont été endommagées ! ]
[ Le système vous notifiera lorsque vos capacités seront rétablies. ]
Lorsque j'ouvris les yeux, je fis face à un plafond de bois pourri, noirci par endroits.
L'air était lourd et empestait le moisi.
Pendant un long moment, je restai simplement à fixer le plafond, sans même chercher à comprendre où je me trouvais. Mon corps semblait las, mais je ne ressentais aucune douleur.
C'était comme si je m'étais réveillé d'un long sommeil.
En tournant légèrement la tête, je fus surpris par les barreaux de fer rouillés qui apparurent dans mon champ de vision.
J'étais dans une cage.
Je me redressai lentement pour m'asseoir. Le spectacle était désolant.
J'étais enfermé dans une cage à l'intérieur d'une charrette étroite qui tanguait. Autour de moi se trouvaient d'autres personnes, semblables à moi. Un groupe d'esclaves, pour la plupart des femmes, leurs corps couverts de bleus et de plaies, la lueur dans leurs yeux éteinte.
Certaines étaient dans la même cage que moi, tandis que d'autres étaient enchaînées à l'extérieur de la charrette, forcées de marcher pieds nus sur la route boueuse.
Ne sachant que faire, je décidai de rester assis et d'attendre.
Franchement, je n'avais envie de rien faire. La rage ardente qui habitait mon âme avait, pour l'heure, cédé la place à une indifférence glaciale.
Les marchands d'esclaves qui nous retenaient captifs n'étaient pas particulièrement puissants.
En percevant le flux de mana autour de moi, je réalisai que seuls trois d'entre eux possédaient un noyau de mana. Le plus fort était un homme musclé et corpulent, monté sur un cheval à l'avant de la charrette. Il était au niveau trois étoiles, et son aura révélait clairement qu'il n'était pas un mage, mais un guerrier s'appuyant sur la force brute.
Ils étaient neuf au total.
Les anéantir aurait été un jeu d'enfant. Mais je ne me précipiterais pas, du moins pas pour le moment.
Après un moment, l'un des gardes remarqua que j'étais réveillé et héla l'homme corpulent qui semblait être leur chef.
L'homme se contenta d'un signe de tête, sans quitter la route des yeux.
Il ne daigna même pas jeter un regard dans ma direction. À ses yeux, je n'étais rien de plus qu'un esclave sans valeur, peut-être un de ceux qui seraient bientôt morts.
Cette indifférence commença à faire fondre lentement l'apathie glacée qui m'habitait.
À la tombée de la nuit, ils firent halte dans une zone boisée et décidèrent d'établir leur campement. Ils allumèrent un grand feu, disposant leurs chevaux et leurs charrettes en cercle afin de former une ligne de défense de fortune. Les esclaves, quant à eux, furent laissés enchaînés et enfermés dans des cages, juste au-delà de la lueur des flammes, dans l'obscurité.
Les marchands s'attroupèrent autour du feu, buvant du vin et laissant échapper des éclats de rire grossiers. Ils échangeaient des banalités, s'esclaffant aux histoires obscènes des uns et des autres.
Je les observai avec une expression empreinte d'un léger mépris.
Ces créatures pathétiques n'avaient aucune idée du genre de désastre qu'elles transportaient avec elles.
Quelques heures plus tard, ils étaient complètement ivres de vin. C'est alors que leur vraie nature se révéla. Leurs yeux se tournèrent vers les esclaves sans défense tapies dans l'obscurité.
Quelques-uns d'entre eux se relevèrent et titubèrent vers eux. Ils saisirent quelques femmes par les cheveux et les traînèrent jusqu'à la lumière du feu.
Les cris de détresse des femmes furent étouffés par les rires lubriques des hommes.
Leurs intentions étaient on ne peut plus claires.
L'un d'eux, un sourire ignoble aux lèvres, s'approcha de ma cage. Lorsque nos regards se croisèrent, il se heurta au mépris pur qui émanait de mes yeux.
Il ne sembla pas beaucoup apprécier cela.
« Comment oses-tu me regarder ainsi, petit vaurien ? » grogna-t-il, la voix alourdie par l'alcool.
Il pointa un doigt vers moi.
« Peut-être devrais-je commencer par toi ce soir, hein ? Tu as un visage bien trop joli pour un garçon. Le patron n'y verra pas d'inconvénient. »
Il tendit la main vers moi à travers les barreaux rouillés.
Ses ongles sales, ses doigts crasseux étaient sur le point d'effleurer mon visage quand...
Quelque chose qu'il n'aurait jamais imaginé se produisit.
Un instant de silence.
Le rictus sur le visage de l'homme se figea. Ses yeux s'écarquillèrent d'incrédulité.
Il fixa son bras tendu.
Sa main... n'était plus là.
Elle avait été tranchée d'une coupe parfaite, juste là où son bras s'arrêtait, un peu au-dessus du poignet. Le sang jaillissant peignit l'air de rouge un court instant, éclaboussant les barreaux de la cage et mon visage.
Lorsque la douleur atteignit son cerveau une seconde après le choc, il poussa un cri perçant à vous glacer le sang.
« AAAAAARGH ! MON BRAS ! »
Quant à moi, ressentant un plaisir étrange à la chaleur du sang sur mon visage, je me mis à rire.
Ce n'était pas un rire joyeux.
C'était le son dément d'un monstre ayant perdu la raison, un être qui trouvait du plaisir dans la douleur.
Tout le monde au camp se figea, observant la scène. La musique s'était tue, les rires s'étaient éteints.
Seuls les cris d'agonie de l'homme et mon rire psychopathe déchiraient le silence de la forêt.
À la lueur vacillante du feu, le sang éclaboussant mon visage et mes cheveux argentés, mes yeux rouges brillaient comme des braises.
Mon apparence, en cet instant, ne différait en rien de celle d'un démon assoiffé de sang, tout droit sorti d'un cauchemar.
Note de l'auteur 🧣 :
Salut tout le monde, j'adorerais savoir ce que vous avez pensé de ce chapitre et du nouveau Cassian !