La Guerre du Nord[12]
[Le Cercueil du Kraken]
Le couvercle du cercueil grinça en s'ouvrant, émettant un son semblable au gémissement d'un agonisant. De l'intérieur, une brume d'un noir d'encre et une odeur de mer putride se répandirent.
Et au sein de ces ténèbres... des chaînes spectrales translucides, teintées de violet, ainsi que des bras visqueux et informes en jaillirent.
« Ceci... C'est de la magie noire ! » s'écria un seigneur en reculant, horrifié.
Sous les ordres de Cassian, les bras spectraux se jetèrent sur le commandant Varek, encore scellé dans la glace. Les lianes glacées fondirent pour laisser place à ce nouveau pouvoir.
Avant même que Varek n'ait eu la chance de hurler, il fut soulevé dans les airs par ces bras fantomatiques et entraîné vers les ténèbres insondables du cercueil.
« NON ! PITIÉ ! MAÎTRE, PROTÈGE-MOI ! » hurla Varek, son masque tombant totalement.
Il n'était plus ce père innocent, mais un adepte suppliant son maître.
Les chaînes l'entraînèrent dans le cercueil.
BAM !
Le couvercle du cercueil se referma brutalement sur Varek. Les runes gravées sur la paroi se mirent à luire, et des cris étouffés, terrifiants, s'échappèrent de l'intérieur. Puis, le silence.
Le baron Thorne tomba à genoux. « Qu'est-ce que... Qu'est-ce que tu lui as fait ? » murmura-t-il, incapable de croire ce qu'il voyait. « L'as-tu... dévoré ? »
Cassian posa sa main sur le cercueil. Son visage affichait une expression froide, dénuée d'émotion.
« Contentez-vous de regarder, Baron », dit Cassian.
Pendant que tout cela se déroulait, Cryomara restait assise au bout de la table, les jambes croisées, faisant doucement tournoyer son verre de café tout en observant la scène.
Il n'y avait ni surprise ni peur sur son visage. Seulement une expression de confiance absolue et inébranlable envers Cassian et ses méthodes, accompagnée d'une légère pointe de satisfaction.
« Montre-leur, héritier de Kaiser », pensa Cryomara. « Montre-leur à quel point la vérité peut être hideuse. »
Le cercueil commença à trembler. Les lueurs violettes s'intensifièrent.
Soudain, le couvercle s'ouvrit à nouveau.
Mais la personne qui en sortit... n'était plus le Varek d'il y a quelques instants.
Son corps était le même, certes. Mais son esprit... son esprit était désormais sous le contrôle de Cassian. Varek sortit comme une marionnette.
Ses yeux étaient devenus totalement noirs. Son visage portait le vide de celui qui a perdu toute volonté.
Cassian se tourna vers sa marionnette.
« Dis-leur, Varek », ordonna Cassian. « Qui a déposé ta femme et tes enfants sur l'autel cette nuit-là ? Et qui a ouvert les portes de la frontière à l'Aube d’Obsidienne ? »
La bouche de Varek s'ouvrit, et sa voix s'échappa sur un ton mécanique, dénué de toute émotion.
« C'est moi... Ma loyauté va au Suprême Luin... J'ai sacrifié ma famille... »
Chaque seigneur, chaque général dans la salle sentit son sang se glacer à l'écoute de ces aveux.
Le baron Thorne se couvrit le visage de ses mains. L'ami en qui il avait confiance était un monstre.
Cassian tourna son regard glacial vers les autres personnes présentes.
« Voici votre preuve », dit-il. « D'autres questions ? »
Le silence qui recouvrait la Salle Glaciale était plus lourd que le chaos d'il y a quelques instants. L'horreur les avait enveloppés comme un linceul.
Les seigneurs tremblants autour de la table, le général Hareth et même le sceptique baron Thorne ne pouvaient détacher leurs yeux de l'effroyable spectacle qui se tenait au milieu de la pièce.
Le commandant Varek, autrefois respecté... regardait désormais son maître avec des yeux sans âme, telle une marionnette.
Ses pupilles étaient totalement noires, sa bouche légèrement entrouverte, et ses bras pendaient mollement le long de son corps.
Il n'était plus Varek ; il était une extension de l'esprit de Cassian, un porte-parole fait de chair et d'os.
Cassian, les mains dans les poches, tourna lentement autour de Varek. Le bruit sourd de ses chaussures sur le sol de marbre était le seul rythme dans la pièce.
Cryomara se pencha légèrement en avant sur son trône, observant cet interrogatoire avec attention. Elle sentait que Cassian ne se contentait pas d'exposer un traître, mais qu'il traquait une vérité bien plus vaste.
« Bien... » dit Cassian, tranchant le silence comme un couteau. Sa voix était calme, mais on pouvait y déceler une menace sous-jacente. « Poursuivons notre interrogatoire. Puisque tu es si "franc", tu vas tout nous dire. »
Cassian s'arrêta juste devant Varek et plongea son regard dans ces yeux vides et noirs.
« Quel est le but de l'Aube d’Obsidienne ? Franchir les frontières, détruire des châteaux... Nous savons déjà que ce ne sont que des moyens pour arriver à une fin. Quel est leur objectif ultime ? »
Les lèvres de Varek bougèrent comme si l'on tirait sur les fils d'une marionnette. La voix était la sienne, mais l'intonation était mécanique.
« Ils veulent les fragments des dieux déchus... »
Cette phrase ne signifiait rien pour les seigneurs présents. « Dieux déchus ? Qu'est-ce que cela veut dire ? » chuchotèrent-ils. Cependant, pour Cassian... cette phrase eut l'effet d'un coup de foudre dans son esprit.
Ses yeux se plissèrent un instant. Des fragments de dieux déchus...
Son regard dériva involontairement vers les profondeurs du château, vers l'Épée de Mordret.
Cette épée était en réalité un fragment de Zevstyle.
Son esprit commença à travailler rapidement ; les pièces du puzzle s'assemblaient.
Mais... pensa Cassian. Pourquoi collectent-ils des parties de ces dieux ?
Ses pensées retournèrent vers le passé, vers cette attaque sanglante contre le Duché d’Inferna.
À l'époque, fidèle à l'histoire du jeu, il avait pensé que le but de l'attaque était de briser l'influence militaire d'Inferna sur l'Empire et de voler des artefacts de valeur.
C'était le scénario du jeu. Pouvoir politique, supériorité militaire... Des motivations de méchant classiques.
Mais maintenant... tout prenait une nouvelle perspective.
Était-ce ce qu'ils cherchaient aussi à Inferna ? Obtenir un fragment de dieu ?
Cassian fouilla dans sa mémoire. Dans le « lore » du jeu, il n'y avait pas une seule ligne concernant un dieu déchu dans le passé d'Inferna.
Mais l'histoire du jeu avait été brisée d'innombrables fois dans cette nouvelle réalité.
Zevstyle... était une entité qui n'était même pas mentionnée dans les fichiers du jeu. Et Kaiser... Il était aussi la part inconnue de l'équation.
C'est alors que, dans le recoin le plus sombre de son esprit, une entité restée silencieuse depuis longtemps lui rappela sa présence.
Ou plutôt, Cassian s'en souvint.
Cet objet maudit qui se trouvait quelque part dans son âme.
« La Couronne de la Folie. »
Les yeux de Cassian s'écarquillèrent soudain. Cette expression froide et calculatrice sur son visage fit place à une illumination pure.
« À moins que... » murmura-t-il pour lui-même.
Il se souvint des restes de Nerath. Ces pierres violettes... Chacune portait la volonté de Nerath. Elles avaient leur propre conscience ; elles murmuraient, elles manipulaient.
Et la Couronne de la Folie... Elle était vivante aussi. Elle possédait sa propre conscience. Elle avait parlé à Cassian, négocié avec lui, l'avait même menacé.
Un objet magique ordinaire, aussi puissant soit-il, ne pouvait posséder une volonté.
Toutes les informations s'assemblèrent d'un coup.
La Couronne de la Folie était également un fragment de dieu.
Mais une question lancinante lui vint à l'esprit : quel dieu ?
Cela ne pouvait être Zevstyle ; son aura était différente, plus chaotique et prédatrice. Cela ne pouvait être Nerath non plus ; son énergie était davantage axée sur le « vide ».
Il restait deux dieux déchus mentionnés vaguement dans l'histoire du jeu, leurs noms perdus dans les légendes.
Mais les caractéristiques de la Couronne ne correspondaient pas à leur mythologie.
Comme Zevstyle... Comme Kaiser... pensa Cassian, un frisson le parcourant. C'est aussi une variable qui ne figurait pas dans l'histoire du jeu, ajoutée plus tard ou cachée dans ce monde.
Cassian se méfiait du silence de la Couronne depuis longtemps.
Même dans ses pires moments, dans ces instants désespérés où il combattait seul contre Nerath, la Couronne n'avait pas prononcé un seul mot, n'avait envoyé aucun murmure. C'était comme si... elle se cachait. Ou attendait son tour.
Cassian suspendit l'interrogatoire une seconde et se concentra sur les profondeurs de son esprit, sur ce vide obscur tapi quelque part dans son âme.
[Hé... fils de pute...] appela-t-il par la pensée, sa voix résonnant dans son esprit. [Es-tu toujours là ? Je sais que tu peux m'entendre.]
...
Aucune réponse. Seulement un silence profond et troublant. Comme le silence d'un désert où même le vent ne souffle pas.
Cassian soupira. Ce silence était plus dangereux qu'une réponse.
Il se tourna de nouveau vers Varek. Il ne devait pas se laisser distraire.
« Les reliques divines sont-elles leur seul objectif ? » demanda Cassian en marchant vers Varek. « Et que feront-ils de ces fragments ? Les utiliseront-ils comme arme ? Ou concevront-ils un pouvoir pour eux-mêmes ? »
La tête de Varek tomba légèrement sur le côté, ses yeux fixés sur le plafond comme s'il observait quelque chose d'invisible.
« La porte s'ouvrira... » dit Varek, sa voix remplie d'une crainte révérencieuse, comme quelqu'un récitant un hymne. « Et les mondes fusionneront. Pour cela... nous avons besoin des fragments de dieux comme carburant pour briser les verrous. »
« Porte ? »
« Mondes ? »
Les murmures dans la salle s'intensifièrent. Le baron Thorne regarda le général Hareth. « De quoi cet homme divague-t-il ? Quelle porte ? »
Tout le monde était confus. Ce qu'ils entendaient dépassait largement les stratégies de guerre et les disputes territoriales qu'ils pouvaient concevoir. Cela ressemblait aux divagations d'un fou.
Mais pas pour Cassian.
« Quelle porte ? » demanda Cassian, l'urgence dans sa voix grandissant. « Et qu'entends-tu par "mondes" ? »
Varek baissa ses yeux vides vers Cassian. Un sourire étrange et paisible apparut sur son visage.
« Je ne sais pas... » dit-il. « Je ne suis qu'un messager. Mais le Suprême Luin... dit que lorsque ce jour viendra, nous ne ferons plus qu'un avec nos dieux. Nous deviendrons une partie de leur existence. Il n'y aura plus de douleur. Plus de tristesse. Le chagrin, la faim, la guerre... rien de tout cela n'existera. Seulement... la paix éternelle et l'éternité. »
Les yeux de Cassian s'écarquillèrent de haine et de panique en entendant ces mots. Il serra les poings si fort que ses ongles s'enfoncèrent dans ses paumes.
Il savait très bien de quoi cet homme, ou plutôt Luin, parlait.
C'était ce terrible et inévitable scénario de « Bad End » dans l'histoire du jeu. Cette apocalypse que les joueurs ne pouvaient jamais totalement empêcher, seulement retarder.
La fusion du Royaume des Mortels et du Royaume des Dieux.
« Unité », « Paix », « Éternité »... Ce n'étaient que de beaux mensonges.
La vérité était bien plus simple et bien plus sauvage.
Quand cette porte s'ouvrirait, les Dieux descendraient dans le royaume mortel. Mais pas pour sauver les humains, pas pour les élever au ciel.
Pour se nourrir.
Humains, elfes, nains... tous. Ils n'étaient que du « bétail » pour les Dieux.
Cassian se souvint des fins du jeu. Le moment où ces entités massives déchiraient le ciel. Le moment où les humains couraient vers eux avec joie en criant « Nos Dieux sont venus ! »... Et puis ce moment d'« Unité ».
Les Dieux dévoraient les humains. Non pas physiquement, mais spirituellement ; ils les consommaient existentiellement. Ils aspiraient leurs sources de mana, leurs énergies vitales.
Pourquoi ils condamnaient ces races—qu'ils avaient créées, laissé se développer et permis de bâtir des civilisations—à une telle fin était le plus grand mystère du jeu.
Peut-être était-ce comme un fermier nourrissant et élevant ses agneaux. Leur donnant des pâturages, les protégeant des loups (détruisant d'autres menaces), leur permettant d'aimer et de se multiplier. Parce que quand le temps de la récolte arrivait, leur viande devait être plus délicieuse, leur énergie plus dense.
La réponse à cela n'a jamais été donnée dans le jeu. Les développeurs avaient fait faillite, et la suite n'est jamais venue. Cette situation est restée un point d'interrogation permanent et un terrible mystère dans l'esprit des joueurs.
Luin le sait-il ? pensa Cassian, pris de nausées. Ou n'est-il qu'un autre imbécile tombé dans le piège de la promesse de l'« éternité » ?
« Paix... » répéta Cassian, sa voix glaciale.
La Guerre du Nord[12]
Il s'approcha de Varek et posa une main sur son épaule. Il savait que Varek ne le comprendrait pas, mais il ressentait le besoin de le dire quand même.
« Ce que tu appelles la paix, Varek », dit Cassian d'une voix que tout le monde dans la salle pouvait entendre, « est un abattoir. Et vous, les imbéciles, vous adorez le boucher qui tient le couteau. »
Il leva la tête et regarda Cryomara. Le sourire moqueur sur le visage de la Bête Mystique avait disparu. Elle avait compris aussi.
Les seigneurs dans la salle virent cette terreur pure dans les yeux de Cassian. Et pour la première fois, ils comprirent que ce qu'ils devaient vraiment craindre n'était ni la faim ni le froid.
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Bonjour à tous,
J'ai commencé à travailler sur un nouveau roman.
Son thème et sa structure narrative sont complètement différents de mon actuel.
Si vous aimez les cadres académiques, une touche de yandere, un personnage principal étrange et une protagoniste féminine unique, celui-ci pourrait vous plaire.
[F-Rank Beast: The Heroine’s Useless Partner]
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